Gyrin

miles quondam

 

par Jean-Paul Desgoutte

 

 

édition©arpublique 2018

Montbrun bocage

 

 

1

Girin d'Amplepuis

Girin de Lorgue, seigneur de La Goutte d'Amplepuis, n'est encore qu'un damoiseau lorsqu'il s'engage, en 1276, au côté de son cousin germain, Humbert de Beaujeu [1], dans l'expédition de secours dépêchée en Navarre par le roi Philippe III le Hardi, à l'annonce des troubles survenus dans le petit royaume [2]. Il n'est pas cependant dépourvu de toute expérience des affaires publiques puisqu'il vient de contribuer, comme officier du roi, à la réduction du différend chronique opposant les bourgeois, l'archevêque et les chanoines comtes de Lyon [3].
L'expédition de remise en ordre vise à calmer les ambitions territoriales des voisins aragonais et castillan sur la Navarre mais également à confirmer la mainmise du roi de France sur le Languedoc, après la mort d'Alphonse et de Jeanne de Toulouse [4], voire la rébellion de Roger Bernard de Foix [5]. Elle permet enfin d'organiser –et d'expérimenter– un régime de gestion transitoire de la Navarre déléguée à une série de gouverneurs [6] sous la mainmise directe du roi.

C'est dans cette perspective que Girin se voit confier successivement les charges de châtelain d'Estella (1277-80) puis de gouverneur [7] du petit royaume (1280-83) dans le moment où, après s'être lié (de sympathie ? [8]) avec le comte d'Astarac, feudataire du royaume de Navarre [9], qui s'est joint à la troupe, il en épouse la fille Anglésie, dont le prénom exotique pourrait bien cacher quelque filiation originale... [10]

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Notes :

1. Ils sont l'un et l'autre petit-fils de Guichard IV de Beaujeu et de Sybille de Hainaut (à qui Girin emprunte ses armes, agrémentées d'un lambel à trois branches, de même que Guichard IV avait emprunté à sa belle-mère, Marguerite de Flandres, l'écusson de la famille comtale rehaussé d'un lambel à cinq branches) et neveux d'Agnès de Beaujeu, la première épouse de feu Thibaut Ier de Navarre, le Chansonnier. Girin est également le neveu de Humbert V de Beaujeu, connétable de Louis IX, et celui du comte Renaud de Forez (dont le fils Guy VI fera de lui son exécuteur testamentaire). Il est encore le cousin de Guillaume de Beaujeu, grand maître de l'ordre du Temple (1273-91) et le neveu de Nicolas de Lorgue, grand maître à venir des Hospitaliers de Saint-Jean (1277-84), dont le rôle n'est pas peu important dans les tractations qui vont se multiplier quant à l'avenir de la Palestine, à l'approche du clash de Saint-Jean d'Acre. La famille de Beaujeu est, au demeurant, fortement liée –dès leur origine– au devenir des ordres militaires et le destin de Girin épousera à sa façon celui des moines soldats bientôt sacrifiés aux nouveaux arrangements entre banquiers, légistes et caciques opportunistes.

2. Cf. Philippe III et la Navarre, Xavier Hélary, op. cit. et Béatrice Leroy, La Navarre des princes étrangers, Pulim, Limoges, 2013.

3. Nommé en 1273 (cf. Steyert) viguier de la ville de Lyon par Philippe III, il apporte l'attention intéressée de la monarchie aux échanges et négociations entre l'archevêque, le chapitre de Saint-Jean et les bourgeois (cf. Menestrier, op. cit.) –orchestrés en coulisse par le comte Philippe de Savoie...

4. La disparition soudaine du couple (août 1271) laisse apparaître, comme en transparence, l'existence possible d'une fille cadette de Raymond IX et de Marguerite de Lusignan dont la naissance aurait été gardée secrète pour laisser au comte de Toulouse une chance encore d'engendrer un héritier mâle... ( cf. Puylaurens, pp.172-173 et sq). Cette enfant se laisserait deviner derrière le choix par la volonté complice et ironique du défunt couple ! (cf. Gaël Chenard, op.cit) de Philippa de Lomagne, ultime héritière de la vicomté éponyme, cousine de Jeanne de Toulouse et Séguine de Lomagne, comme légataire de toutes les possessions des comtes de Toulouse –à la barbe, bien sûr, des Capétiens !

5. Qui a pu rêver à l'ouverture de la succession des comtes de Toulouse et en interprétant librement le testament du couple de rassembler autour de sa personne –à l'instar de ce qu'avait tenté, trente ans plus tôt, Hughes de Lusignan une alternative (occitane) à la mainmise royale capétienne sur le Languedoc... L'humiliation qui s'ensuivra, pour lui et son épouse Marguerite de Moncade (cousine de Séguine de Lomagne et de Philippa, citée plus haut), ne sera pas sans effet sur son comportement à venir vis à vis du monarque et de ses officiers (voir infra).

6. Cf. Hélary et Leroy, bib.

7. Il se verra ensuite confier successivement la fonction de sénéchal de Beaucaire (1284) puis de Carcassonne (1287) avant de disparaître, brutalement écarté par Philippe le bel, à la demande expresse... du comte de Foix (voire de ses conseillers-légistes qu'on retrouvera bientôt à la manoeuvre dans les affaires du royaume ! cf. infra).

8. L'intérêt bien compris des parties a pu favoriser le rapprochement –avec la bénédiction intéressée du roi de France, ravi de tout ce qui pouvait favoriser l'ancrage du Languedoc à sa couronne voire d'apaiser les remous consécutifs à l'annulation autoritaire et précipitée du testament de Jeanne de Toulouse ! L'origine familiale présumée toulousaine (voir infra) de l'épouse du comte d'Astarac et mère d'Anglésie ne peut que conforter l'assentiment royal même si (ou justement parce que...) elle place Girin en porte à faux vis à vis du comte de Foix !

9. Dont hommage au roi Thibaut II, le 3 décembre 1265 (cf. Mulsant et Archives générales de Navarre, Espagne). Le premier hommage, en mars 1254, du tout jeune et nouveau comte, Bernard IV d'Astarac, a réactivé, au demeurant, une suzeraineté datant de Guy Geoffroy... Il est en effet adressé au roi Henri III d'Angleterre (Guinaudeau, op.cit. p.145). Le comte Bernard IV est alors dans sa douzième année, de même, sans doute, que sa supposée future épouse (mère à venir d'Anglésie) demi-nièce du roi d'Angleterre, et demi-soeur cadette (présumée) de Jeanne de Toulouse, qui aurait été recueillie et élevée à ses côtés, par sa propre mère, Séguine de Lomagne, veuve de Centulle Ier... (voir supra). "Le 13 novembre 1244, Séguine et son fils Centulle placèrent leur état sous la suzeraineté de Raymond de Toulouse" (Guinaudeau, p. 859). Ce pourrait être également la date choisie par Raymond de Toulouse et Marguerite de Lusignan pour confier à Séguine la garde de leur enfant inespérée et le soin d'en faire sa bru... L'abbé Cazauran mentionne dans la chapelle de Berdoues, nécropole des comtes d'Astarac " ... un tombeau sculpté et orné sur lequel on apercevait la statue d'une comtesse d'Astarac [...qui ne peut être que celui de l'épouse de Bernard IV !] qui était sans doute de la maison de Toulouse. Il présentait deux armoiries, l'une des comtes de Toulouse, à la croix pommetée, l'autre des comtes d'Astarac. " (Cazauran, 1905, p. 247).

10. La mère d'Anglésie, épouse du comte Bernard IV d'Astarac –lui-même fils de Séguine de Lomagne et de Centulle Ier d'Astarac, l'ultime défenseur, à Marmande, du comté de Toulouse contre l'armée du roi Louis VIII– serait ainsi la (demi-)sœur cadette de Jeanne de Toulouse, une enfant née discrètement (son père espérait un garcon à qui confier l'héritage !) de l'ultime mariage (le 15 octobre 1241) de Raymond IX de Toulouse et de Marguerite de Lusignan –elle-même fille d'Isabelle d'Angoulême, ex-reine d'Angleterre. Le projet de coup de force sur le royaume, conçu par Hughes de Lusignan, ayant échoué, le mariage précité fut annulé afin que les deux contractants pussent retrouver leur liberté... (cf. infra et CHRONIQUE de Puylaurens).

 


 

 

Montbrun

 

 

2

Anglésie de Montagut

 

 

C'est ainsi que Girin et –singulièrement– son épouse Anglésie se sont trouvés au cœur des tractations qui se sont multipliées parmi la foule composite des prétendants à l'héritage [11] (symbolique ou non [12]) du comté de Toulouse : héritiers des sbires de la croisade papale [13], proches du roi de France (et/ou de Charles d'Anjou) ou encore familiers du comte de Foix (voire du roi d'Aragon et nouveau roi de Sicile) ou des familles d'Armagnac, de Lusignan et d'Angleterre...
Jeanne de Toulouse, en effet, a confié –
dans le testament qu'elle a rédigé de concert avec son époux Alphonse, peu avant leur départ pour Tunis, cf. Gaël Chenard, op. cit.)– la totalité de son héritage (qui rassemblera également les biens de son époux, décédé quelques jours avant elle, lui-même héritier de son beau-père le comte !) à Philippa de Lomagne, la (jeune) fille de sa cousine germaine Marie d'Anduze qui est également cousine de Séguine de Lomagne (veuve de Centulle Ier d'Astarac et nourrice supposée de la demi-soeur de Jeanne !).

Le legs sera contesté par Philippe III qui fera procéder, suivant les bons offices de Simon de Brie (futur pape Martin IV [14]) à l'annulation, au plus vite, d'un document qui de fait ouvre l'héritage aux prétentions de la famille d'Armagnac, feudataire du roi d'Angleterre voire aux ambitions du comte de Foix qui usera de tous les prétextes pour s'immiscer dans la succession, suscitant ainsi tout un enchaînement de conflits, prémisses à la guerre de Guyenne, elle-même annonciatrice de la guerre de Cent ans !

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Notes :

11. La bataille de Muret (1213) a vu, pour la dernière fois, se rassembler, pour leur malheur, les barons occitans, comtes de Foix et de Comminges, venus, en compagnie du roi d'Aragon, soutenir le comte de Toulouse (et son jeune fils) contre Simon de Montfort, chef de croisade du pape Innocent III. Tous cousins, ils ont été les hérauts de la Reconquista, désormais inéluctable après la récente victoire de Las Navas de Tolosa, mais leur prochain et lamentable fiasco militaire va sonner le glas de l'épopée occitane !

12. Anglésie, quant à elle, serait trois fois l'héritière, à travers les familles de Lusignan, de Saint-Gilles et d'Aquitaine, d'Almodis de la Marche souche quasi mythique de la grande cousinade occitane qui inspirera à Jean d'Arras la figure matriarcale de Mélusine, la fée généreuse et quelque peu castratrice, bienfaitrice et funeste... (cf. Martin Aurell, Les noces du comte, et la préface au Roman de Florimont d'Aymon de Varennes, par Jean-Paul Desgoutte, bib.).

13. La famille de Lévies (Saint Nom) tient en ce lieu une place toute particulière en ce qu'elle va organiser son ascension sociale, en symbiose avec la famille de Foix, sur les dépouilles des comtés de Toulouse et de Carcassonne ! (voir infra). Elle l'achèvera au demeurant à l'aubaine des dépouilles des seigneuries de Beaujeu et de Forez, dans le sillage des comtes de Savoie (voir infra et Il pleut, bib.).

14. Simon de Brie, prélat dévoué à la famille royale, précurseur de la caste des légistes, sera également chargé d'instruire la demande de canonisation de Louis IX. Élu pape sous le nom de Martin IV (1281-85), il procèdera à l'excommunication du roi Pierre III d'Aragon, préambule à la mobilisation par Philippe le hardi de la désatreuse croisade d'Aragon ...

 

 
 

3

Sénéchal de Beaucaire

 

Girin et son épouse quittent la Navarre, en 1284, pour Beaucaire où Girin, nommé sénéchal, contribue à l'aménagement du territoire du Vivarais [15] en voie d'annexion par la couronne de France. Ils confient alors la gestion de leur fief de Montbrun, apanage d'Anglésie, à Etienne de Montagut, chevalier, neveu d'Anglésie ainsi qu'à Etienne d'Amplepuis, chanoine de Mâcon, frère de Girin.

Montbrun est un bourg commerçant [16] au carrefour des zones d'influence de Toulouse, Foix et Comminges, qui s'est développé sur le mode florissant des bastides ou villes nouvelles : il ne manque pas d'exciter convoitises, revendications et jalousies [17]. La petite bourgeoisie locale, toute neuve, profite sans doute de la vague française pour affirmer son indépendance ce qui n'est pas sans agacer les caciques féodaux [18]. Les tensions récurrentes qui se développent alors entre Girin et le comte de Foix se nourrissent pour beaucoup de cet état de fait [18] et conduiront le roi, lui-même, à prendre le parti du comte contre son sénéchal ! Les coups de main répétés des sbires du comte sur la bastide de Montbrun révèlent autant la difficulté du monde féodal local à s'urbaniser que la résistance du monde occitan à subir le joug des Capétiens.

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Le château de Montbrun

 


 

 

Sentence arbitrale de Bertrand Jordani Chevalier et Guillaume Arnaud de Castelverdun sur les differens qui estoient entre Roger Bernard Comte de Foix et vicomte de Castelbon d'une part et Estienne de Amploputeo et Estienne de Montaigu neveu de Girinus de Amploputeo, chevalier faisant pour ledit Girinus et pour Englesie sa femme d'autre part, touchant le fief du chasteau de Montbrun et autres lieux. Nonis July 1285.

 

" Il est porté à la connaissance de tous, présents et à venir, qu'en l'année 1285, aux nones de juillet, en présence des témoins soussignés, nous Roger Bernard, comte de Foix par la grâce de Dieu [...] d'une part, Etienne d'Amplepuis, chanoine de Mâcon et Etienne de Montagut, frère et neveu de noble Girin d'Amplepuis, et chevalier [lieu tenant] pour le même seigneur Girin et Dame Anglésie son épouse, et d'autres personnes, nous sommes rassemblés [pour évoquer] entre autres questions controversées, soit des rancoeurs que nous, comte, aurions pu manifester contre les susdits, Girin et Anglésie, soit des rancoeurs que ces derniers pourraient nourrir contre nous, susdit comte, pour des méfaits qu'ils ont subis, jusqu'à ce jour, à propos, tout particulièrement, du ou des fiefs attachés au château de Montbrun et autres lieux sur lesquels nous leur demanderons, quant à nous, de reconnaître notre suzeraineté alors qu'eux-mêmes nous réclament, un dédommagement des dommages infligés par nous et nos gens dans ledit château à l'époque de la seigneurie du chevalier Bernard de Montagut vingt livres tournois, qui seront payables par nous susdit comte, aux dits conjoints, pour eux et leurs héritiers, à perpétuité, à verser annuellement, en réparation, selon les termes d'un arbitrage unanime et concordant. [19]"

 

 

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Notes :

15. Dont la fondation de Villeneuve de Berg, en paréage avec l'abbaye de Mazan et, peut-être, la fortification du bourg (éponyme ?) de la Garde-Guérin (cf. Fouillant, bib). Girin, par ses attaches familiales, lyonnaises et dauphinoises, est au premier rang des conflits qui agitent alors les provinces du Vivarais, du Valentinois et du Viennois, dans le mouvement propre engagé par la succession des comtes de Toulouse : "Il reçut en 1285, à Paris, l'engagement des gentilshommes qui se portèrent caution de la paix conclue entre le duc de Bourgogne et Humbert de la Tour au sujet de la succession du dauphin du Viennois." (cf. Bonnassieux, Histoire de Bourgogne, bib.).

16. Dont le marché a été concédé, en 1190, par le comte de Foix à Bernard (III) d'Astarac (AD 09 - E6 21-183). Girin quant à lui, a octroyé, en janvier 1280, au nom de son épouse Anglésie de Montagut, dame de La Penne et Montbrun, une charte de coutumes aux habitants de la bastide (AD du Gers, Auch, n° 13300 bis, nouveau fonds).

17. À l'instar de Saint Gauzens, fondé en 1270 par le vicomte de Lautrec, dont le franc succès (cf. note 19) suscitera l'agacement de Philippe le bel. Le roi en effet confiera en 1287 à ses officiers Simon Briseteste (le bien nommé ?) et Jean de Burlas, le soin de siphonner la ville neuve du vicomte de Lautrec en fondant au plus près une bastide concurrente ! (cf. Recueil des historiens des Gaules... op.cit.)

18. Les escarmouches entre les hommes du comte de Foix et ceux des sénéchaux de Toulouse et/ou Carcassonne se multiplient, sur fond de revendications des bourgeoisies nouvelles et d'abolition locale de la servitude.

19. La disparition brutale de Girin pourrait bien être lié à la convoitise généralisée que suscite alors le développement rapide des villes nouvelles. Les concurrences entre bastides recouvrent et renforcent les jalousies multiples qui parsèment le Languedoc dépecé à l'issue de la croisade contre les Cathares.

20. " Noverint universi proesentes pariter et futuri, quod anno Domini millesimo ducentesimo octuagesimo quinto, nonis July in proesentia et testimonio testium subscriptorium ad hoc specialiter vocatorum et rogatorum nos Rogerius Bernardi Dei gratia Comes fuxensis ac vicecomes Castriboni pro nobis et successoribus nostris pro parte una et nos Stephanus de Amploputeo matisconensis canonicus frater ac Stephanus dictus Montagut nepos nobilis viri domini Gyrin de Amploputeo militis pro ipso domino Girino ac Domina Englesia eius uxore tanquam comunitoe personoe ex altera de omnibus questionibus controversiis seu rancuriis quas nos dictus Comes haberemus habere seu facere possemus contra dictos Dominum Girinum ac dominam Anglesiam eius uxorem vel ipsi contra nos dictum comitem haberant habere seu facere possent usque in hodiernum diem et specialiter super feudo feudis castri de Montebruno et quorumdam aliorum locorum de quo seu quibus petebamus a proefatis coniugibus nobis recognitionem fieri et ipsi a nobis superdampnis illatis per nos vel gentem nostram in proedicto Castro tempore quondam, Domini Bernardi de Monteacuto militis, et etiam viginti libras turonenses, quas a nobis dicto Comite proefati conjuges petebant seu petunt sibi et suis heredibus perpetuo annuatim in redditibus assignari, com promittim unanimiter et concorditer. " (BNF, Manuscrits, Collection Doat, Languedoc, vol.174)

 


 

 

 

4

Carcassonne

 

 

La débandade de la croisade d'Aragon, suivie de la mort en 1285 du roi Philippe le hardi, conduit le jeune Philippe le bel au trône du royaume de France (1286). L'effondrement des projets grandioses de Charles d'Anjou en Méditerranée, la mort du prince et l'abandon des derniers comptoirs sur la côte de Palestine mettront bientôt un point final à l'aventure des croisades voire de l'âge féodal et de la chevalerie [22] ! À l'ère des moines soldats va bientôt succéder le monde des banquiers et des légistes.

Girin rejoint Carcassonne [23], en mai 1287, à la demande du nouveau roi. La guerre est finie, mais le feu couve encore et tous s'agitent dans les coulisses !

" Guérin ou Garin d'Amplepuis passa au mois de May de l'an 1287 de la charge de sénéchal de Beaucaire à celle de sénéchal de Carcassonne ; [...] Guérin d'Amplepuis manda, le 26 de Décembre de l'an 1287 à Gui de Lévies seigneur de Mirepoix, Jean de Montfort, seigneur de Castres, Guillaume et Pierre de Voisins damoiseaux, [etc.] que n'y ayant ni paix ni trève entre le roi & ses ennemis d'Aragon, ils eussent à se rendre en chevaux & en armes à Carcassonne le dimanche après la Circonsision, pour faire leur résidence dans cette ville, comme ils y étaient obligés, pendant tout le tems que le roi le jugeroit propos ; avec ordre de garnir leurs maisons de toutes les provisions nécessaires de guerre & de bouche, & de veiller à la garde de leurs châteaux : il écrivit en même tems à Pierre évêque d'Agde, à Aymeri vicomte de Narbonne, à l'abbé de S. Paul, & aux gouverneurs des places fortes de la sénéchaussée. [...] On établit aussi une garnison sur la côte du diocèse de Béziers pour s'opposer à le descente des Aragonais ; & Guillaume de Termes, à la tête de divers autres gentilshommes & des habitants de Quarante, se servit en 1288 de cette garnison, pour forcer les chanoines réguliers de l'abbaye de Quarante à élire, malgré eux, pour abbé, Ermengaud ouvrier (operarius) du monastère. " Dom Vic et Dom Vayssette, Histoire du Languedoc, année 1287.

" Le roi par de nouvelles lettres du 29 de janvier de l'an 1288 ordonna aus sénéchaux de Beaucaire & de Carcassonne & tous ses autres sénéchaux de publier dans leurs sénéchaussées, qu'il n'y avait aucune trève entre lui & Alfonse d'Aragon, avec défense à tous ses sujets d'avoir aucun commerce avec ceux de ce prince & ordre de saisir tous leurs biens qu'il avoit confisqués. " Ibidem


 

Le jeune roi cependant, conscient sans doute de l'échec persistant des aventures méditerranéennes de ses prédécesseurs, tournera bientôt ses regards en direction de l'Aquitaine et de l'outre Manche, voire des Flandres et de l'Empire. Il se laissera alors convaincre, par ses nouveaux conseillers (Flote[24] et Nogaret[25] voire Lévies et Marigny...), de faire de Roger Bernard, comte de Foix, le relais providentiel de sa nouvelle politique occitane en lui apportant son soutien dans la compétition que ce dernier entretient avec la famille d'Armagnac, pour le contrôle de l'Occitanie.

 

Notes :

21. Guillaume de Beaujeu, grand maître du Temple évoqué plus haut, lèguera à la postérité une image épique du dernier combat des croisés, à Saint-Jean d'Acre... (cf. P.-V. Claverie, L'ordre du Temple en Terre Sainte et à Chypre au XIIIe siècle ", 2005).

22. Après un court séjour (1286) en Navarre où il retrouve, un temps, sa fonction de gouverneur, voire de beau-père consort du roi Philippe comme bailli de la reine... (cf. LEROY, p.46).

23. Pierre Flote, d'une famille chevaleresque du Trièves proche des comtes du Valentinois, ancien conseiller du Dauphin, participe -au côté de Girin d'Amplepuis- à la conclusion de la paix (1285) entre le comte de Savoie et Humbert de la Tour du Pin. Puis il se joint au staff des légistes occitans qui œuvreront bientôt pour le bénéfice commun du comte de Foix et du roi de France...

24. Nogaret, légiste de Montpellier, participe activement au rattachement de la ville au royaume de France par l'entremise de l'évêque de Maguelonne à qui succédera Pierre de Lévis.

 


 

5

Le comte de Foix est contumace...

 

C'est alors, pendant l'hiver (1287-1288), que se produit une nouvelle et violente altercation entre le comte de Foix et le sénéchal de Carcassonne qui l'accuse d'abus de pouvoir (excessis) envers des serviteurs et commis de la sénéchaussée et de "violences physiques ayant conduit l'un d'entre eux, au moins, à la mort... "[25].

La cour de justice de la sénéchaussée convoque le comte qui refuse sous divers prétextes d'obtempérer à la demande du sénéchal et se voit de ce fait déclaré contumace... Le comte de Foix (vexé?) charge son procureur de contester la procédure engagée contre lui par le sénéchal de Carcassonne...[26]

 

 

 

Articles contenans les griefs que Bernard procureur du Comte de Foix présente devant sa Majesté sur ce que Garin sénéchal de Carcassonne avoit condamné ledit Comte comme contumax pour certains excès qu'on prétendait avoir esté commis par ledit Comte contre les officiers de sa Majesté (BNF, Manuscrits, Collection Doat, Languedoc, vol.174)

 

 

 

" À sa royale Majesté, le procureur du comte de Foix fait savoir que le sénéchal de Carcassonne, tant par l'effet d'une commission présentée audit comte par l'entremise des nobles officiers du Duc de Bourgogne, connétable de France, ici lieu tenant pour notre maître le Roi, que par le moyen de la justice ordinaire, a fait citer par lettres ledit comte de Foix, à comparaître personnellement, un jour donné, devant le tribunal de Carcassonne pour répondre de certains abus que ce même Comte aurait commis, en personne ou par l'entremise de ses sbires, sur des officiers ou des commis de la Cour du Roi et sur d'autres personnes, aussi bien dans la sénéchaussée de Toulouse que dans celle de Carcassonne ou en d'autres lieux. Aucune autre déclaration cependant, ni spécification, n'étant faite à propos de ces dits abus, le comte, au jour fixé, envoya ses propres procurateurs pour le représenter à la cour du sénéchal.
Lesquels procurateurs ont demandé, au nom du comte, que soient précisés et spécifiés les abus commis et qu'une déclaration écrite en soit faite afin qu'ils puissent la porter au comte pour que, ensemble, ils puissent en prendre connaissance et en délibérer afin de juger de la qualité des dits abus et de savoir si le comte est tenu d'en répondre ; lesdits procurateurs ajoutant, que le comte ne saurait être cité à comparaître personnellement, ni même être tenu sous la menace d'une citation personnelle alors que, quelque graves que ces abus pussent être, personne ne saurait dire qui en est personnellement responsable..."
[...] " Mais le sénéchal, en dépit de tout cela, a demandé qu'avant toute poursuite de la procédure, le comte soit réputé contumace et, contre toute justice, mis en accusation. C'est ainsi que le même sénéchal a fait citer ledit comte, par lettres, pour qu'un certain jour il comparaisse personnellement à Carcassonne pour port illicite d'armes et invasion armée violente et agressive, expulsion et molestation du dénommé Nado, au cours desquelles un serviteur de sa Majesté le Roi, dit-on, fut blessé et mourut de ses blessures, et pour la mort de ce dernier, serviteur de maître Arnaud de Marchefaba, près Perpignan, lequel Arnaud est toujours présent en ce lieu au service du Roi. Du fait que ces actes étaient réputés avoir été commis ou perpétrés par ses gens ou sur son ordre, ledit comte, se voyant mis en question, mais affligé d'un mal qui l'empêchait de bouger ni de monter à cheval sans danger pour sa personne, envoya ses émissaires à la cour pour s'excuser de son empêchement auprès dudit sénéchal. Lequels proposèrent au sénéchal de constituer une cour spéciale, ad hoc, dite d'excuse, et se dirent disposés à prêter serment devant cette instance et à obtenir des serviteurs et caméristes dudit comte qu'ils fassent de même. Le sénéchal refusa de reconnaître et de recevoir aussi bien les serments que les témoins et tout ce que les procurateurs requéraient, affirmant que tout cela ne saurait lui suffire pour établir une excuse et qu'il enverrait quelques uns de ses gens à Foix où le comte se trouvait malade, pour lui rendre visite et prendre connaissance de sa maladie afin de le déclarer, le cas échéant, contumace avant de procéder à toute instruction de l'affaire mentionnée plus haut.

C'est ainsi que le sénéchal fit citer, par lettres, pour la troisième fois, le comte à comparaître en personne auprès de sa cour, à Carcassonne pour répondre des excès spécifiés plus haut et faire ce que de droit ; ledit comte, comme il n'était pas encore guéri de sa maladie, envoya ses procurateurs le jour venu pour l'excuser de son absence auprès de la cour du sénéchal et proposer à ce dernier la réunion d'une cour d'excuse qui entendît le témoignage des caméristes du comte et des médecins chargés de le soigner et d'autres encore qui pouvaient apporter leur témoignage. Ils se présentèrent aussitôt au sénéchal, sans se voir éconduits, et requirent au nom du comte qu'il veuille bien se rendre ou envoyer quelqu'un de son choix, auprès du comte malade pour recevoir son témoignage sur la responsabilité de ses émissaires quant aux violences commises et son serment quant à sa propre responsabilité. Ils affirmèrent que, le comte n'étant pas en mesure de se rendre auprès de la cour du sénéchal, à Carcassonne, le jour fixé, en raison de sa maladie, il était disposé à répondre, prêter serment et faire ce qu'il devait, devant le sénéchal ou quelque émissaire commis par lui à se rendre à Foix, puisque lui-même n'était pas en mesure de se rendre à Carcassonne, comme il a été dit. Non obstant, et contre toute justice, le sénéchal déclara le Comte contumace et invita ses procurateurs à en justifier le comportement avant qu'il soit procédé à l'instruction du reste de l'affaire."[...]
" Bernard procureur du Comte de Foix, supplie sa Majesté royale, quant aux procès engagés contre ledit Comte par le seigneur Garin, sénéchal de Carcassonne, et transmisà la Curie selon l'usage par le sénéchal lui-même, qu'il y soit joint le dossier qu'apporte le même procurateur, et que ce dernier soit pris en compte dans l'instruction. En outre et quant aux arguments proposés à la Cour par le sénéchal lui-même, il soit adjoint les excuses du même comte quant aux excès dénoncés, qu'il désavoue complètement et dont il nie être la source, demandant à être entendu, pour sa défense et la manifestation de la vérité, en la personne de son procurateur dont il se porte garant, s'il s'offre en son nom de s'amender, voire s'il commet ou omet quelquechose de contingent lors de l'instruction, sous réserve de ses légitimes droits de défense. Il supplie qu'à titre conservatoire, il soit retiré audit sénéchal de Carcassonne, toute autorité quant à l'instruction d'aucune procédure, en quoi que ce soit, contre ledit Comte."

 

 

 

Extrait et collationné sur une copie [sans date] escrite en parchemin trouvée au chasteau de Foix en la caisse trente cinquième, par l'ordre et en la présence de messire Jean de Doat [...] le 5 janvier 1668. (BNF, Manuscrits, Collection Doat, Languedoc, vol. 174) [27]

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Notes :

25. Les voies de fait perpétrées par les hommes de main des seigneurs locaux sont l'expression d'une habitude féodale bien établie, en Languedoc tout particulièrement. Une affaire analogue avait conduit Philippe III à s'emparer du château de Foix en 1272 et à faire prisonniers le comte et son épouse. Mais l'issue de ce nouvel affrontement en sera, signe des temps, bien différente !

26. L'action du procureur du comte (qu'on imagine issu de l'école de Montpellier) obtiendra une écoute attentive au sein de la curie royale et provoquera bientôt la mise à l'écart puis l'élimination discrète du sénéchal de Carcassonne... La forme qu'a prise ce nouveau conflit entre le sénéchal du roi et le comte Roger Bernard est, peut-être, paradoxalement, exemplaire d'un moment où le pouvoir des légistes tend à se substituer à l'autorité féodale et l'argument juridique à battre en brèche l'autorité seigneuriale -à moins que l'intérêt supposé de l'état n'ait conduit le roi de France à préférer l'amitié du comte de Foix à la fidélité de son sénéchal ?


27. "REGIE MAIESTATI significat procurator comitis Fuxensis, quod cum senescallus Carcassonne tam ex commissione sibi facta a viris magnificis dominis duce Burgondie, & constabulario Francie, locum domini nostri regis in illis partibus tenentibus, quam ordinaria sua jurisdictione citari fecisset per suas litteras dictum comitem Fuxensem ut certa die coram eo personaliter compareret apud Carcassonam super quibusdam excessibus, quos dicebat ipsum comitem per se, vel per alios comisisse in officiales, seu curiales Domini Regis, et in alios tam in senescallia Tholose, quam Carcassonne, quam etiam alibi, prout ad audienciam curie domini regis dicebat pervenisse, responsurus et facturus ut esset rationis, nulla tamen alia declaratione seu specificatione facta de dictis excessibus, dictus comes ad dictam diem procuratores suos idoneos misit coram dicto senescallo. Qui procuratorio nomine ipsius Comitis petierunt predictos excessus sibi declarari, et specificari, et declaratione facta, copiam sibi fieri et tradi, ut possent tam ipsi quam dictus comes deliberare, an ipse comes per se, vel per procuratores, iuxta qualitatem dictorum excessuum deberet, seu teneretur respondere super predictis dicentes etiam dicti procuratores dictum comitem non debuisse citari, ut personaliter compareret, nec ipsum teneri iuxta tenorem dicte citationis personaliter comparere." […]

" Regiae Maiestati supplicat Bernardus procurator Comitis Fuxensis, ut de processibus habitis contra eumdem comitem per Dominum Garinum, senescallum Carcassonne, missis ad curiam, ut dicitur, per senescallum eumdem, habita collatione cum processibus quos attulit idem procurator, cognoscatur summarie, in super et de rationibus propositis coram senescallo eodem. Excusationes etiam ipsius comitis super excessibus denuntiatis, quos totaliter deavoat et suo nomine vel eo ratum habente factos negat, petit audiri et ad eorum probationem admitti. Ad cautellam quoque et evidentiam subjectionis devotissime offert se gagiaturum emendam nomine procuratorio, si commiserit aut omiserit aliquid de contingentibus in premissis, salvis tamen suis legitimis defensionibus. Et interim supplicat mandari dicto senescallo Carcassonne, quod occasione premissorum nullatenus contra dictum comitem in aliquo procedat."
"
Collection Doat, Languedoc, vol. 174.

 


 

6.

In memoriam...

 

Sceau de Girin, 1275

 

Le roi, par opportunisme politique[28] (naïveté ou pusillanimité ?) obtempère à la requête du procureur du comte de Foix : il démet son sénéchal, l'abandonnant ainsi à la merci du cacique. Le comte engage aussitôt l'expulsion manu militari de l'ancien sénéchal de son fief de Montbrun [29] –non sans jeter sur son coup de force le voile d'une série d'actes notariés (voir infra) au statut interlope, censés masquer, peut-être, les conséquences funestes de ce triste épisode de l'histoire du comté...

 

 

Homage faict par le Chastelain de Merigol

du Chasteau de Merigol au Comte de Foix

4 AUGUSTI 1288

 

"Nous, Galaubias de Panassaco chevalier, seigneur de Panassaco, Chambellan et conseiller de notre maître le Roi de France et sénéchal de Toulouse et d'Albi, faisons connaître [à qui de droit] par le présent acte, que nous avons vu, tenu en mains et lu intégralement le document [de référence, ci-dessous] qui affirme que Peroninus de Savinhaco, châtelain de Montisbruni, a reconnu, au nom de Gayrin d'Amplepuis et de Dame Anglésie son épouse, que le châtelain de Camaret a pris possession, sans étendard, au nom du seigneur Comte de Foix, de la seigneurie de Merigol et proclamé FOIX, trois fois, selon l'usage." Extrait le 24 novembre 1440. [30]

" À tous il est signifié que Peregrinus de Savinhaco, châtelain de Montbrun pour le seigneur Girin d'Amplepuis et Dame Anglésie de Montagut son épouse, a livré, en présence du notaire et des témoins soussignés, [à] Raymond de Bolcenaco, châtelain de Camaret pour le comte de Foix, le castrum de Merigol, de la même forme et façon que Girin avait reconnu, à Montbrun, que ledit Raymond de Bolcenaco avait occupé, sans hommage ni étendard, ledit château de Merigol et qu'il avait proclamé trois fois FOIX avant d'investir ladite seigneurie, sans étendard. Et cela fut fait à Mérigol de la même façon [qu'à Montbrun] le quatrième jour du mois d'août de l'an mil deux cents quatre vingt huit, etc. ] [31]

Sont témoins Dominique Caprioli prêtre, Bartholomée Munerusi Notaire, Bernard de Montagut fils de Raymond, Arnaud de Solerio, Arnaud Bernardi de Tonnio et Johannes de Monte, notaire public de Montbrun qui a conservé ce document dans son registre, mais sa mort soudaine l'a empêché de parachever son travail. C'est pourquoi moi, Bernard de Pereno, notaire public de Camaret selon l'ordre et sous l'autorité qui m'a été attribuée oralement par maître Stéphane de Mercatali, lieu tenant de maître Pierre de Bociaco, juge ordinaire du comté de Foix, j'ai rédigé cet acte pour le rendre public après l'avoir signé. "[32]

[Afin de parachever notre office, nous Sénéchal de Toulouse, ci-dessus mentionné, avons apposé le sceau authentique de la sénéchaussée, ce vingt quatre novembre de l'année mille quatre cent quarante...] Collatio facta est cum dicto originali instrumento ; Signé : De Ruppé

"Le trentième jour d'octobre mil six cent soixante cinq la présente copie a été dûment collationnée [...] à partir du document signé de Rupé escrit en parchemin qui est au trésor des archives du roy inventorié en l'inventaire de Béarn au titre de Foix en Castelbon et au chapitre des hommages, par moi secrétaire de sa majesté en la chambre du comptoir de Navarre. " [33]

 

Voici enfin le document [original ?] tel qu'il a été répertorié et retranscrit par Jean de Doat : [34]

 

 

 

" Acte duquel appert que Peroninus Chatelain de Monbrun pour Gairin de Amploputeo et Englesie sa femme rendit a Raimond de Bolcenaco Chatelain de Camarota pour le Comte de Foix le Château de Merigol sur la requisition qu'il lui en fit de la part du vicomte, lequel apres en avoir chasse ceux qui estoient dedans fist proclamer ces mots " FOIX FOIX per Mosseigner Comte de Foix ".

 

7 AUGUSTI 1288

" Il est porté à la connaissance de tous que Péronin, châtelain de Montbrun pour Girin d'Amplepuis et son épouse Anglésie de Montagut, a été requis de la part des dits époux par Etienne de Montagut neveu du dit Girin de rendre le château de Mérigol à Raymond de Bolcenaco, châtelain de Camarata pour le comte de Foix, aux conditions convenues entre le Comte de Foix et le couple de Montbrun. C'est ainsi qu'au nom de Raymond, ledit Johannes Mimer de Dalmas, lieutenant, fit expulser tous les habitants du lieu en déclamant à haute voix Foix Foix per Mossenher le Comte de Foix Roger Bernard ! Cela eut lieu le mercredi (7) des nones d'août de l'an mille deux cent quatre-vingt huit.
Témoins : Petrus de uno Castello, Ramundus de Montfa, Petrus de Landar, Guillelmus de Forban, Marcus Colombi, Petrus Andrea et Magister Bartholomeus Mimerii. Le notaire public Dalmas Lary reçut cet acte et l'enregistra dans son protocole, mais comme il mourut, il ne put le rédiger selon la norme et moi Andreas de Pansaco, notaire public du comte de Foix, j'ai extrait la matière du protocole cité et rédigé et signé ledit acte. "
[35]


 

 

 

 

On voit bien comment cet acte notarié procède par un enchaînement de procurations et de faux semblants qui visent, très certainement, à masquer l'appropriation violente, par les sbires du comte de Foix, de la bastide de Montbrun et la disparition consécutive de Girin. C'est là une pure répétition, au demeurant, du coup de force qui vient de se produire à Saint Gauzens, bastide florissante du vicomte de Lautrec, investie par Simon Briseteste et Jean de Burlas sur ordre du roi. Jean de Burlas est le prédécesseur de Girin et Simon Briseteste son successeur à la sénéchaussée de Carcassonne...

 

 

*

 

 

 

Girin, désavoué, démis, expulsé, disparaît corps et biens dans le courant de l'année 1288 [36], sans qu'il subsiste aucune trace ni commentaire [37] relatifs à cet événement [38].

Sa veuve se remarie [39] (en 1290 selon Thibaut Lasnier, op. cit.) apportant son douaire [qu'elle s'est vu restituer, semble-t-il, par le comte de Foix ! (voir infra)] à Thibaut de Lévis, frère de Pierre, héritier de Gui (compagnon de Simon de Montfort), beau-frère à venir de Constance de Foix (la fille du comte) dont la sœur Mathé épousera, plus tard, le neveu d'Anglésie, Bernard (V) d'Astarac... ! [40]

___________

Homage fait par Anglesie de Montegu Dame de Montbrun a Roger Bernard Comte de foix des Chateaux de Montbrun, de Merigo, de Toarcio et autres Lieux

Du 3 decembre 1291.
" Il est porté à la connaissance de tout un chacun que noble Englésie de Montagut, Dame de Montbrun, s'est constituée et reconnue, en présence de l'illustre Maître Roger Bernard, Comte de Foix par la grâce de Dieu, devoir audit Comte et à ses prédécesseurs, l'honneur des châteaux de Montbrun de Mérigol et de Toarcio, avec toutes leurs dépendances... "

" De même pour les terres et territoires [...] et autres lieux attribués au même seigneur et à ses prédécesseurs qui sont mentionnés dans le document confectionné par la main de Bernard Proeconny notaire public de Saverdun où cela fut dicté, soit par quelque autre notaire. "

" De même et en troisième lieu pour les habitats et territoires indivis de Albiaco avec leurs dépendances de La Pereira, de Lafila, de Pinero, de Binnolas et autres lieux mentionnés dans le document de la vente, rédigé en son temps par le seigneur Raymond de Triaco, chevalier et par Raymond son fils, à l'intention du Seigneur Girin d'Amplepuis, chevalier, époux de Dame Anglésie, seigneur de ladite terre, document rédigé sur la dictée par Bernard de Luperia, notaire de Mont Esquin.

Ledit Comte et Dame Anglésie affirment expréssement qu'ils ne sauraient, ni eux ni leurs successeurs, céder à quiconque les biens mentionnés plus haut. "

"Ladite dame Anglésie a reconnu et accepté de rendre hommage, les mains jointes et par un baiser; au seigneur comte et à ses successeurs, et aussi de rendre, à sa demande, audit comte –de bon gré ou de mauvaise grâce– les dits lieux, et le pouvoir qui leur est attaché, et de se montrer une digne vassale à son égard ou vis à vis des ses successeurs, fidèles et messagers ;

Ainsi de même ledit seigneur comte s'engage-t-il, le cas échéant, à lui rendre lesdits lieux, incontinent, de bonne foi –sauf cas de dommage et blessure, eux-mêmes reconnus et concédés– à ladite dame. Anglésie fit hommage au audit comte, spontanément, en joignant ses mains et en lui donnant un baîser, pour les châteaux et autres lieux mentionnés et promit de les rendre audit comte à sa demande etc. " [41]

" Sunt testes : Dominus Raymondus forti de Bellapodio, Dominus Ysarnus Jordani de Insula, Dominus Ogo de Palacio, Dominus Bernardus Rogerii de Nogareda, Milites, Magister Raymondus de Roergue, Magister Guillermus de Cayssoneriis, Clericos Bernardus de Durbanno, Raymondus de Tereiaco Domicellos et Raymundus Bernardi publicus notarius Montisbruni qui hanc cartam scripsit. "

Rédigé le troisième jour d'octobre 1291 en présence des témoins... etc. par Raymond Bernard, notaire public de Montbrun.
Extrait collationné de la grosse escrite en parchemin trouvée aux archives du château de Foix. (BNF, Manuscrits, Collection Doat, Languedoc, 1287-1292).

_______________________

Le nouveau couple donne naissance à trois enfants qui, à la mort de leur père, en 1309, tombent sous la tutelle de leur oncle Pierre de Lévis, évêque de Maguelonne [42] (1306-1309). Ce dernier prend alors en charge les fiefs de Montbrun et La Penne, apanage de sa belle-sœur, et, par la même occasion, les meubles (nobiliaires) de Girin, feu le premier époux d'Anglésie ! [43]

Anglésie, veuve pour la deuxième fois en 1309, se fâche semble-t-il avec le (nouveau) comte de Foix –et peut-être avec son propre beau-frère, l'auto-proclamé baron de La Penne ? Elle dénonce en 1315 la prétendue seigneurie du comte de Foix quant au fief de Montbrun qu'elle affirme tenir (depuis un siècle) ... du roi de France. [44]

 

 

 


Notes :

28. C'est le moment d'une métamorphose de la politique royale sous l'influence des légistes et d'une affirmation nouvelle des velléitiés princières du comte de Foix sur l'Occitanie. Le staff des juristes montpelliérains (Flote, Nogaret, etc.) élargi à quelques princes d'église opportunistes (Pierre de Lévies, Bertrand de Got) va bientôt profiter de l'immaturité et/ou de l'inconsistance du nouveau monarque pour instaurer, à leur profit, une ère nouvelle aux conséquences redoutables...

29. Qui entraîne la disparition, soudaine, conjointe et définitive, des deux frères, Girin et Etienne d'Amplepuis.

30. " Galaubias de Panassaco miles Dominus de Panassaco Cambellanus et consiliarius domini nostri Francioe Regis eiusque Senescallus Tholosanus et Albiensis, universis proesentes litteras inspecturis salutem notum facimus et tenore proesentium attestamur quod nos vidimus tenuimus et de verso ad versum perlegi fecimus quodam instrumentum publicum in quo continetur quod Peronninus de Savinhaco Castellanus Montisbruni pro domino Gayrino de Amploputeo et Domina Anglesia de Monte acuto ejus uxore recognovit Castellano de Camarata nomine Domini Comitis Fuxi quod ipse poneret senheriam, sine vexillum in Castro de Merigol et clamaret ter Foix, cujus tenor talis est. " [...]

31. " Notum sit cunctis quod Peregrinus de Savinhaco Castellanus Montis Bruni pro Domino Gayrino de Amploputeo et Dominoe Anglesioe de Monte acuto, uxoris suoe, in proesentia mei notarii et testium infrascriptorum, recognovit Ramundo de Bolcenaco Castellano Camaratoe pro domino Comite Fuxi Castrum de Merigol sub tali forma et conditione sicut dominus Gayrinus recognoverat Montem Brunum quod dictus Ramundus de Bolcenaco poneret sine poni faceret, senheriam sine vexillum, domini Comitis in Castro de Merigol et quod clamaret ter Foix et postea quod ejiceret dictam senheriam, sine vexillum, a dicto Castro, ibidem quod fuit factum et completum, hoc fuit factum apud Merigol quarta de introitus mensis augusti anno domino millesimo ducenti anno octuagesimo octavo regnante Philippo Rege francorum, hugone tholosano episcopo etc. " .

32. " Sunt testes Dominicus Caprioli sacerdos Bartholomeus Munerii Notarius, Bernardo de Monte acuto filius quondam Ramundi de Monte acuto, Ramondus arnaldi de Solerio, Arnaldus Bernardi de Tonnio et Johannes de Monte publicus quondam Notarius de Montebruno qui cartam istam recepit et in suo prothocollo registravit sed cum morte preventus cartam istam conficere nec perficere posset, Ego Bernardus de Pereno, Notarius publicus Camarata qui de authoritate et licentia mihi attributa oratorie per discretum virum magistrum Stephanum de Mereatali locum tenetem domini petri de Bociaco judicis ordinarii Comitatus fuxi hanc cartam scripsi et in formam publicam redexi et signum meum apposui. "

33. " In Cuiurevisionis et perfectionis fidem et testimonium Nos Senescallus Tholosanus antedictus sigillum authenticum dictoe Senescallioe huic proecessi transcripto seu vidimus in pendenti duximus apponendum actum et datum Tholosa die vigesima quarta mensis novembre anno domini millesimo quadrivigentesimo quadragesimo... "

34. On note que la date de la remise du château varie d'un document à l'autre (4 ou 7 août ?) ainsi que les noms des témoins et notaires et le récit des circonstances de l'événement...

35. NOVERINT UNIVERSI QUOD cum Perroninus Castellanus de Montebruno pro Domino Guirino de Amploputeo et Domina Englesia eius uxore requisivisset ex parte dictorum coniugum a Stephano de Monteacuto nepote dicti Domini Guirini Castrum de Merigot et idem Stephanus sibi reddisset nomine quo supra dominus Raimundus de Bolcenaco pro Domino Comite Fuxi Castellanus de Camarata requisivit ex parte dicti domini Comitis dictum Perroninu ut redderet sibi dictum castrum de Merigot qui Peronninus nomine quo supra pro dictis conjugibus tradidit eidem Domino Castellano de Camarata nomine quo supra recipienti proedictum castrum de Merigot iuxta conditiones quae sunt inter Dominum Comitem et dictos conjuges de Castro Montisbruni, et ibidem dictus dominus Raimundus nomine quo supra attendens in dicto castro in tribus locis in supremo dicto Castro expulsis omnibus quae intus permanere solebant per Johannem Mimer de Dalmassano ejus tenentem locum in Dalmasanesis fecit proeconisare publice.
Tertio in quo libet loco dictorum trium locorum clamando alta voce : Foix Foix per Mossenher le Comte de Foix Roger Bernard ! Notarius publicus Dalmas Lary qui cartam istam recipit et in suo protocollo registravit sed cum morte sibi proveniente in formam publicum redigere non potuit, Ego Andreas de Pansaco notarius publicus comitatus Fuxi de materia seu protocollo dicti notarii hans cartam abstraxi et in forma publicam redegi, signoque meo signavi.

36. Ainsi que son frère Etienne (voir supra) dont la disparition est enregistrée dans l'obituaire de Saint-Vincent de Mâcon à la date du 20 janvier 1289 (cf. Fouillant).

37. Gabriel Fouillant, biographe de Girin d'Amplepuis (cf. bib. 1998), décrira la postérité de Girin, sans mentionner nulle part... l'existence de son épouse Anglésie –dont il n'a manifestement pas eu connaissance ! Les trois (jeunes) enfants, Alice, Etienne et Princesse d'Amplepuis, nés du mariage d'Anglésie avec Girin, ont (sans doute) été rapatriés dans leur famille paternelle, à Amplepuis –ou à Souternon. Alice, l'aînée, épousera, plus tard, Péronin de Foudras [une famille alliée des Lorgue] puis, veuve, Guillaume de Saint-Jean de Panissières [feudataire du comte de Forez] –à qui elle transmettra la seigneurie paternelle de la Goutte d'Amplepuis ; Princesse, la cadette, épousera Raymond d'Aspet d'Espello [proche de la famille de Comminges !] ; Etienne enfin, dit Glayron, serait mort sans enfants...

 

Souternon

&

La Goutte

 

 

fiefs de Girin

(Gravure de Guillaume de Revel)

 

38. À vrai dire, il existe peut-être encore un souvenir du sénéchal disparu, parmi les restes humains découverts, en 1946, dans la crypte de l'église Saint-Jean Baptiste de Montbrun, mise au jour et sommairement inventoriée, puis refermée et abandonnée, à l'injonction de la DRAC. Une demande d'exploration archéologique exhaustive, déposée en 2018 auprès des autorités compétentes, est restée jusqu'à ce jour sans réponse...

39. L'opportunité de ce mariage pourrait bien procéder d'une négociation (plus ou moins sereine) relative à la restitution du douaire et au classement des dommages afférents au coup de force précédemment évoqué. Tout se passe comme si quelque conseil ad hoc avait décidé, avec l'accord (au moins tacite) du roi d'effacer purement et simplement toute trace de la mémoire du sénéchal de Carcassonne, afin de favoriser les tractations et projets à venir entre le comte et le royaume... On note cependant que l'hommage d'Anglésie de Montagut au comte de Foix, en date du 3 décembre 1291, qui intervient alors que son (demi-)frère Centulle III est devenu comte d'Astarac (au mois de novembre de la même année, à la mort de leur père, Bernard IV) fait une mention -certes sybilline !- de Girin d'Amplepuis, " son [ex] époux "... !

40. Les Archives de la famille de Lévis décrivent l'union et la postérité d'Anglésie (avec Thibaut de Lévis-Montbrun) sans faire mention de son premier mariage ni a fortiori des circonstances de son veuvage et du destin de sa première famille : "Thibaud de Lévis devint baron de Montbrun par son mariage avec Anglésie de Montagu, fille héritière de Bernard de Montagu. Le Ier octobre 1294, Bernard de Montagu étant décédé [en novembre 1291], les deux époux rendaient l'hommage, au roi, de la châtellenie de Prat ; au mois d'avril 1301, ils accomplissaient la même formalité envers le comte de Foix, Roger Bernard III pour le château de Montbrun. [...] En 1315, le 31 juillet, devenue veuve, Anglésie de Montagu protesta contre les hommages rendus au comte de Foix et les désavoua en affirmant que Montbrun relevait du comte de Toulouse dont ses aïeux s'étaient reconnus vassaux depuis cent ans." Inventaire historique et généalogique des documents de la branche Lévis-Léran devenue Lévis-Mirepoix, pp. 6 et sq.

41. "Noverint universi proesentes pariter et futuri quod nobilis Domina Englesia de Montacuto, Domina Montisbruni constituta in proesentia Illustris Domini Rogerii Bernardi Dei gratia Comitis Fuxi, in Castro Montis bruni sponte sua recognovit se tenere et tenere debere ab eodem domino Comite, et antecessores suos tenuisset in feuda honorata et tenere debuisse ab ante cessoribus eiusdem domini Comitis Castrum Montisbruni et Castrum de Merigot cum omnibus pertinentiis eorumdem Castrorum et medietatem Castri et Toarcio cum omnibus juribus et pertinentiis suis.
Item et villas, seu villaria sine casalia, et territoria de Fornols, des Tibas, de Cernetas, et Casales dels aloes, quod est apud savaracum, et Casales dels cuhiis, quod est prope villam des Serris. Item, et Villa, seu territoria de Arguanno, et de auhs, et villa de Monteguanha et alia loca recognita eidem Domino cogniti et suis antecessoribus, qui continentur in instrumento confecto per manum Bernardi Proeconny publici notarii Savarduni, ut ibi fuit dictum, vel per alium notarium quem cumque
."

"Item et tertiam partem pro indiviso Castellarii et territorii pro indiviso de albiaco cum suis pertinentiis, et casales seu Casalagia -sirve loca vocata de La Pereira, de lafila, de Pinero, de binnolas et de aliis Locis contentis in instrumento eiusdem venditionis olim facto per dominum Raymundum de Triaco, militem quondam ; et Raymundum filium ejus domino Guirino de Amploputeo Militi quondam terrae Marito Dominae Anglesiae praedictae, quod instrumentum scripsit Bernardus de Luperia Notarius Montis Esquini ut ibi dictum fuit quamquidem venditionem dictoe terrae partis de albiaco, et Casalium, ac casaliagiorum, et locorum proedictorum cum suis juribus, et pertinentiis ; idem dominus Comes sponte ratificavit, approbavit expresse eidem Dominae Anglesiae cum hoc publico instrumento retento eidem domino Comiti pro se et suis successoribus, quod praedicta Domina Anglesia vel eius successores non possint, aut debeant transferre loca praedicta in potentiorem personam sua voluntate ipsius, nec ibi bastire, nec populationem ipsius pro quibus praedictis castris, et locis et feodis."

"Dicta Domina Anglesia recognovit, et, concessit se teneri, et debere teneri facere homagium manibus iunctis, et cum osculo dicto Domino Comiti, et suis successoribus et etiam quod ipsa tenetur irata vel percata reddere eidem domino Comiti ad eum requisitionem dicta loca, et potestatem eorumdem et sibi esse pro proedictis fidelis et legatis vassalisa et militissa :
Ita tamen quod dictus dominus comes incontinenti ea reddere, et restituere teneatur eidem Dominae Anglesiae et suis absque dampno, et Lesione eiusdem bona fide quibus ita recognitis, et concesssis dicta Domina Anglesia Sponte sua junctis manibus, et com oscuro fecit homagium dicto domino Comiti presenti et recipienti pro praedictis Castris et Locis omnibus et singulis, et promisit firma stipulatione quod redderet irata et percata eidem domine Comiti ad suam requisitionem dicta Castra, et loca incontinenti tamen recuperenda in sempniter ab eadem, et quod semper erit sibi pro praedictis fidelem et legatem vassalissam et militissam quibus recognitionibus et homagiis ita factis et promissis per dictam dominam Englesiam praefato domino Comiti idem Dominus Comes promisit similiter viceversa ratione praemissorum esse bonus dominus et Legatis Dominae Anglesiae supradictae et successoribus ejusdem fuit etiam ac cognitum et concessum et statutum interdictum Dominum Comitem et dictam Dominam Comitem et dictam Dominam Englesiam quod de promissis fiant consimiles recognitiones et homagia semper inmutatione Domini et Vassalli. "
[...]

42. Sa nomination comme évêque de Maguelonne (janvier 1306) est l'une des toutes premières bulles du pape Clément V (voir infra). L'évéché vient d'être rattaché au royaume par l'entremise efficace de Guillaume de Nogaret qui prendra bientôt la place de Pierre Flote, comme conseiller du roi, tandis que Pierre de Lévis, après avoir inauguré la politique royale d'extorsion et d'expulsion des Juifs de la ville de Montpellier, se verra nommé évêque de Cambrai -où il poursuivra son activité de médiateur entre la papauté, le royaume et l'Empire, dans la succession (en 1309) de Philippe de Marigny -évêque, maître d'œuvre du procès des Templiers et demi-frère d'Enguerrand, bras droit de Philippe le bel.

43. Pierre de Lévis transmettra lesdits meubles héraldiques, empruntés délicatement au premier mari de sa belle-sœur, à son frère cadet, Philippe Ier de Lévis, seigneur de Florensac, qui en fera, par osmose, l'étendard de l'opulente famille des seigneurs de la Foi !

 

Meubles héraldiques de Pierre de Lévis, évêque de Cambrai, 1309.

44. "Anglésie de Montagut fit son testament dans les premiers mois de 1335 et mourut peu de temps après. La lettre de mandement de l'ouverture de l'acte est datée de Mazères, du 28 octobre de la même année (Fonds Lévis-Montbrun, liasse A1, n°I). Elle fit plusieurs legs pieux, entre autres au couvent des Frères Mineurs de Mirepoix." Inventaire historique et généalogique des documents de la branche Lévis-Léran devenue Lévis-Mirepoix et Archives de Léran, Mazères.


 

 

Pour clore ce conte moral qui aurait plu (peut-être ?) à Éric Rohmer notons que le comte de Talleyrand, Hélie VII, à la mort de son épouse Philippa de Lomagne (dont on a noté plus haut la place centrale qu'elle occupe dans toute l'affaire !), épouse Brunissende de Foix, fille du comte Roger Bernard non sans céder l'héritage qu'il tient de sa défunte compagne, au roi de France, Philippe le Bel. Ce dernier en remet alors le bénéfice à Arnaud Garsie de Got, frère de Bertrand, à l'occasion de l'intronisation de ce dernier comme Pape. [45]

_________

45. Arnaud Garsie de Got, dès lors vicomte de Lomagne, ferme la boucle (vertueuse ?) en léguant ladite seigneurie à Béatrice de Lautrec (sa bru), épouse à venir de Philippe Ier de Lévis le frère de Pierre évoqué plus haut.

 

 

 

 

Eglise Saint Jean-Baptiste de Montbrun


Post scriptum

En 1946, il est procédé à l'ouverture et à l'inventaire sommaire d'une crypte située au pied du mur de la paroi nord de l'église Saint-Jean Baptiste de Montbrun.

Divers ossements y sont observés et photographiés avant que le lieu ne soit scellé de nouveau...


 

 

Bibliographie

 


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Gaël Chenard, Testaments d'Alphonse de Poitiers et Jeanne de Toulouse, Bibliothèque de l'École des chartes, 2009, pp. 375-390.
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