Jean-Paul DESGOUTTE

IL PLEUT

 

Histoire de la fin du (beau) temps

DEUXIÈME PARTIE

 

 

Promenade généalogique ascensationnelle

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DEUXIÈME PARTIE

LE POIDS DE LA TERRE

 

 

 

 

 

Honoré Desgoutte, grand-père de Paul, est né le 6 janvier 1845 à Saint-Germain-sur-l'Arbresle, département du Rhône, dans la vaste ferme familiale aux pierres dorées, lieudit de La Charrière. Sa mère, Jeanne-Marie Durand, qui a donné naissance à 6 garçons, décède alors qu'il est âgé de 11 ans.
A l'âge de 20 ans Honoré est embauché comme garçon boulanger, mitron, par Jean-Baptiste Favetto et sa femme Marie Plumet, demeurant à Vaise où le couple de jeunes mariés –le 6 juin 1865– vient d'acquérir la boulangerie de la place du Marché.

 

 

 

 

 

 

Marie Plumet, née le 20 février 1845 à Bibost, est la fille d'Anselme Plumet, propriétaire de l'Hôtel de la Bombarde, rue du même nom, au chevet de la cathédrale Saint-Jean à Lyon. Marie Plumet donne naissance, le 4 mai 1866, à un garçon, prénommé Martin ; mais le 14 septembre de la même année, son époux Jean-Baptiste Favetto décède ; puis leur enfant meurt à son tour, le 26 novembre 1867.

 

Le 26 septembre 1867, Honoré Desgoutte épouse, à Lyon, Marie Plumet, veuve de Jean-Baptiste Favetto. Au mariage assistent deux des frères d'Honoré :

 

– Jean-Claude, 32 ans musicien au premier de ligne, qui épousera en 1872 Benoîte Bourgeois et s'installera charcutier. Sa fille Marie sera l'épouse de Claude-Marie Rousseau, futur fabricant de choucroute en conserve ;

– Claude-Laurent, 26 ans, qui est également charcutier rue de la Charité à Lyon.

Jean-François, le fils cadet, tiendra lui aussi une charcuterie au 22, Grande Rue de la Croix Rousse…

 

 

 


 

Marie Plumet, entourée de ses fils, Benoît et Claudius

devant la boulangerie familiale, place du Marché, à Vaise.




L'hôtel de La Bombarde est tenu par Anselme et Philippe Plumet, fils d'Antoine (°1767), maréchal ferrant de Bibost. Il est le point de rencontre et le lieu de ressourcement des exploitants du canton de l'Arbresle, nombreux à avoir ouvert un commerce à Lyon depuis la construction du chemin de fer et l'ouverture de la gare Saint-Paul, en janvier 1876. On y mange, on y boit du Beaujolais en joyeuse compagnie ; on y festoie lors d'interminables parties de boules, dans la cour de l'auberge.

 

 

CHRONIQUE DES BOULES

" Le boulodrome de la Bombarde, tenu par les frères Plumet, était situé –c'est tout indiqué– rue de la Bombarde. Était-ce bien un boulodrome que cette unique piste que l'on créait de toutes pièces le soir de chaque journée, piste qui était criblée de déclivités, aspérités, creux ou bosses de toute sorte, comme elle était du reste pavée d'une foule de cailloux roulés ou de pavés minuscules ?
N'importe, bien qu'il n'y eût qu'une seule piste, l'établissement n'en était pas moins le rendez vous de tous les boulistes du quartier, de tous les adeptes du sport boules du 5è arrondissement car les établissements ad hoc se dénombraient alors par deux ou trois, au plus.
Le système de combat en quadrette était complètement laissé de côté et les matchs de provocation s'effectuaient six contre six, huit contre huit, voire même dix contre dix. Et les vingt-quatre, trente-deux ou quarante boules des lutteurs s'acheminaient toutes ou presque toutes sur le bébé, ou plutôt suivaient à la queue leu leu, car les pointeurs cherchaient tous à l'envi à prendre le haut de la rigole où était placé le guignolet, de sorte que le passage, le canal, était bien vite obstrué. Et alors, disions-nous ci-dessus, les boules suivantes s'échelonnaient l'une derrière l'autre."

 

 

La cour de l'hôtel


" Par exemple on buvait ferme au jeu de la Bombarde. Les parties de provocation où les points d'honneur s'effectuaient en neuf points. Il arrivait parfois que la partie était gagnée en une seule jetée de but, les vaincus payaient chopine et le tour était joué.
Le jeu de la Bombarde eut, au nombre de ses habitués, d'excellents lutteurs tels que Pin frères, Plumet, Vallin, Blanc, Gerlier, Varbaud, Picino, Perréon, Besson, Martinand, Germain, Denis, Renard, Rey, Chevassu, etc. Le tir dans ce boulodrome, sur ce terrain de manœuvre, était très productif, les carreaux ou palets pleuvaient drus comme grêle. Il est vrai d'ajouter que le jeu était plutôt court que long, car c'était un brûlot de vingt-quatre mètres au plus. Et dame, à ces jeux courts, les canonniers ne rataient que très rarement une quelconque position.
Ces parties étaient suivies avec un réel intérêt par d'enthousiastes et zélés admirateurs qui ne ménageaient pas leurs bravos, leurs applaudissements aux gladiateurs qui guerroyaient avec opiniâtreté et talent, tous ardents à combattre, tous désireux de faire capituler leurs adversaires en les faisant passer sous les humiliantes fourches caudines de la Fanny, tout en les élevant au grade peu envié d'officier payeur. Car non seulement l'honneur était engagé mais aussi le porte-monnaie étant donné que les perdants offraient à souper aux gagnants. Les batailles quotidiennes y faisaient le charme des dilletanti qui aimaient à y assister car si les canonniers multipliaient les carreaux ou les briques, les pointeurs ne restaient pas en retard faisant assaut de bressans, muscats, nourrissons, biberons Robert, tétons et suçons, et ce n'est pas de la gnognotte ! "
Le Progrès illustré, décembre 1900.

 

 

Paysage des bords de Saône

Charles Montlevault, peintre de l'École lyonnaise (1835-97), habitué de La Bombarde, payait ses ardoises de ses tableaux.

 

 


Anselme Plumet, né en 1809, a trois fils, Benoît, Claude et Louis qui sont grainetiers, à la même adresse. Marie a deux sœurs, Catherine mariée à Antoine Damarin, et Jeanne-Marie, mariée à Michel Ronchet, dont la fille, mariée à Pierre Ducottet, sera la grand-mère de Jacques Mazuel, époux à venir de Madeleine Reynaud, sœur d'Alberte, femme de Paul Desgoutte…
Anselme enfin a un frère, Philippe, né en 1815, charron puis cafetier à Bibost, dont la fille Claudine sera la femme de Pierre Bonniol, restaurateur à Balaruc (voir supra), issu de l'arrière-pays de Sète, et dont la petite-fille Marie-Louise épousera Claudius…

 
 

 


Marie Delorme et Philippe Plumet
parents de Claudine et grands parents de Marie-Louise Bonniol

 
 

 

Philippe et Anselme Plumet épousent, à Savigny et Bibost, Marguerite Bellon et Marie Delorme, qui sont les arrière-petites-filles de deux familles huguenotes de la vallée du Valgaudemar.
François Sarrazin-la-grange, ancêtre de Marie Delorme, est né à Aspres-les-Corps , à l'embouchure de la vallée du Valgaudemar, en 1642, alors même que Jacques Bellon, ancêtre de Marguerite, se marie à Saint-Maurice en Valgaudemar, village voisin, en 1683. Corps et Aspres sont des postes frontière entre la province du Dauphiné et l'ancien royaume de Provence. Ils marquent également la frontière linguistique entre le francoprovençal et l'occitan ainsi que la frontière religieuse entre la vallée du Champsaur, fief du Connétable de Lesdiguières, de tradition réformée, et le Dauphiné catholique. Les 6 et 7 septembre 1596 eut lieu au château d'Aspres-lez-Corps une assemblée des Réformés du Dauphiné et de Provence qui demanda au Roi de reconnaître des droits à la communauté protestante. Il en advint peu après la promulgation de l'Édit de Nantes.

 

 

L'église de Saint-Maurice en Valgaudemar (11-12ème)

 

 

L'un et l'autre auront à connaître les persécutions menées contre les Protestants, sous Louis XIV, puis –à la suite de la révocation de l'édit de Nantes (1685) la campagne militaire d'extermination des Vaudois installés dans les vallées des Hautes Alpes.
Ces événements ont pu inciter certains membres de la famille Bellon à quitter le refuge protestant du Valgaudemar pour rejoindre l'arrière pays lyonnais, alors même que la famille Sarrazin était quant à elle conduite à abjurer collectivement sa foi.

 

 

 

On trouve parmi les habitants d'Aspres-les-Corps qui, le 25 septembre 1685, abjurent la religion prétendue réformée, en plus des six membres de la famille Sarrazin, quinze membres de la famille Calvat dont sera issue 150 ans plus tard Mélanie Calvat, la jeune bergère de La Salette…
Cette abjuration collective forcée ne saurait manquer d'avoir eu une influence sur le destin des rejetons desdites familles. On note que l'arrière-grand-père de Mélanie –Pierre Calvat dit le Huguenot– a donné une fille, Anne Calvat, –hors mariage– à une veuve du village. Anne Calvat sera, elle aussi, en 1793, fille-mère du père à venir de Mélanie...
Les Huguenots, maltraités, mal aimés, accusés de tous les vices et chargés de tous les péchés ont souvent vécu, à Corps comme ailleurs, en marge de la population "bien-pensante". De ce point de vue, on s'étonnera –ou non, c'est selon !– que Mélanie, Cosette parpaillote, se soit vu confier, par la Vierge Marie, la responsabilité de tancer vertement le troupeau mécréant (cf. Autobiographie de Mélanie, par Léon Bloy ; Arfuyen éd., Paris, 1992).

 

Un autre descendant de la famille Sarrazin a laissé un souvenir vivace dans la vallée du Drac et dans la presqu'île lyonnaise. Jean Joseph Sarrazin, né à Prapic le 6 octobre 1833, et mort à Lyon (où il a longtemps vécu, rue Sala) le 30 avril 1914, fut poète de rue, animateur de fêtes et commémorations diverses, activités qu'il partageait avec son métier de vendeur d'olives ambulant. Ce double commerce, insolite, lui valut le surnom de "poète aux olives". Figure locale très appréciée, Jean Sarrazin est de toutes les fêtes de bienfaisance, et particulièrement de l’annuel Bal des Etudiants pour lequel il a l’habitude de composer un sonnet qui, imprimé et élégamment orné du dessin d’un artiste, est vendu au profit des pauvres. Voici celui qu’il offrit pour le Bal de 1886 :

LA JEUNESSE

Je suis ce que les dieux ont créé de plus beau !
Et mon règne s’étend sur l’homme et la nature ;
L’innocence, l’amour, le plaisir, l’aventure
Forment ma cour; leur ciel pour astre a mon flambeau.
Le Printemps, ravissant la nature au tombeau,
La pare de ma grâce et de ma gaité pure ;
La femme veut mes traits, l’amour prend ma ceinture,
Et s’en fait, le malin ! un décevant bandeau…

La Vague est mon séjour… l’Illusion ma vie…
Des pâles Voluptés je suis toujours suivie,
Et partout sous mes pas je fais surgir des fleurs.

En moi les dévoûments trouvent aussi leurs heures…
Par ce bal, je vais – même en de pauvres demeures,
Demain mettre la joie à la place des pleurs.

[cf. extrait de www.cynthia3000.editions]


 

 

À vrai dire le mouvement de population qui relie l'arrière pays lyonnais aux contreforts de l'Oisans a des sources lointaines puisque l'église de Saint-Maurice en Valgaudemar, de construction romane, fut édifiée par les moines de Cluny.

 

 

 

La route qui relie Vienne à l'Italie, via Grenoble, Corps et Briançon a constitué l'épine dorsale de l'antique Dauphiné [la famille d'Albon du Viennois revendique, dès son origine, son enracinement dans le Champsaur, cf. infra] de même que celle qui conduit de Lyon à Turin, par la Maurienne, a favorisé l'épanouissement de la maison de Savoie, à la même époque et dans des conditions analogues. Les éléphants d'Hannibal, quant à eux, auraient emprunté la vallée du Drac jusqu'au lac des Estaris où se serait déroulé un sévère affrontement avec les Allobroges du coin, à l'endroit même (Orcières-Prapic) où Mayeul, abbé de Cluny, s'est vu kidnapper (973) par les Sarrazins !

 

 


Ces familles participent de toute évidence, consciemment ou non, du courant d'échange qui a rattaché depuis l'antiquité, la vallée du Rhône (et la province narbonnaise) à l'Italie du nord et dont l'exode vaudois (renforcé de l'exode cathare), au treizième siècle, est un exemple spectaculaire.

Leur cheminement parallèle, d'un coin perdu des Alpes à un coin perdu du Lyonnais, révèle sans doute la ligne de force d'une mémoire familiale et religieuse, qui a conduit deux payses à épouser deux frères et à donner naissance à deux cousines qui marieront leurs propres enfants... [La génération suivante verra les filles de Claudius, Juliette et Marguerite marier leurs filles Rosette et Marie-Claude aux frères Boidin, Jacques et André].

*

En juillet 1895, Honoré et Marie quittent le 11, grande rue, à Vaise, pour s'installer au 23, chemin Saint-Simon, dans la maison qu'ils viennent d'acquérir de Benoît de Varax dont la famille est originaire d'Amplepuis (cf. Paul de Varax, 1896, Histoire d'Amplepuis, op. cit.)

 

 

 

Saint-Germain-sur-l'Arbresle

La famille DESGOUTTE, laboureurs et vignerons, a vécu près de trois siècles au lieu dit La Charrière de Saint-Germain-sur-l'Arbresle. Antoine de la Goutte, originaire de Saint-Forgeux s'y est installé lors de son mariage avec Jeanne JOSSERAND issue d'une féconde famille locale. Il y a pris la succession de son beau-père, maître tonnelier.

 

 

La carrière de la Pierre dorée

" Située dans le sud du beaujolais viticole, la commune de Saint-Germain-sur-l'Arbresle dépendait de l'abbaye de Savigny. La vie locale y fut rythmée pendant plusieurs siècles par l'exploitation de la pierre dorée du Beaujolais. Cette activité remonterait au XIIe siècle. Les carrières d'Oncin, aussi appelées carrières de Glay, ont fourni une pierre argilo-calcaire facile à travailler, de couleur dorée, qui a servi à la construction de nombreux édifices dans la région. En 1828, on comptait plus de 150 tailleurs de pierre qui travaillaient à la fois dans les carrières et dans les vignes. L'exploitation des carrières a définitivement cessé en 1947. " (Bulletin municipal)

 


Le hameau de La Charrière

4. Jean-Claude DESGOUTTE, né le 15 février 1810, épouse le 22 août 1832, à Saint-Germain sur l'Arbresle, Jeanne-Marie DURAND, de Bully (19.11.1813-12.10.1856).

La famille DURAND est originaire des Écharmeaux, Poule et Chénelette, sur la route de Beaujeu. Elle est alliée avec les Gillet, Champrion, Thion, Corcelette, etc.

5. Claude-Louis DESGOUTTE, né en 1773, épouse en 1796 Etiennette Saulnier, de 15 ans son aînée, puis, bientôt veuf, il épouse en 1800 Pierrette BOST, fille de Laurent, vigneron.

La famille BOST est originaire de Nuelles, tout près de St-Germain où elle est alliée avec les familles Berne et Mayet. En 1789, Jean BERNE –frère aîné de Madeleine, épouse de Laurent BOST et belle-mère à venir de Claude-Louis DESGOUTTE– est élu maire et député du village à l'assemblée régionale. C'est à ce titre que le 26 juin 1791, à l'issue de la messe dominicale, il prend la tête de la procession traditionnelle de la Fête-Dieu qui se transforme bientôt en émeute, envahit le domicile du commissaire feudiste et brûle les terriers du canton…

 


 

 

"Au sortir de la messe, à la réquisition de la municipalité composée des nommés Jean Berne, Maire, Odet Mayet procureur de la Commune, Jean Ducreux et Antoine Bost, officiers municipaux, la garde nationale est détournée de la place où les conduisait le sieur Pierron, pour parcourir tambour battant le cimetière et faire enlever et radier à coup de hache et de marteau les armoiries du Seigneur qui étaient en forme de Litres autour de l'église.
Les décrets de l'assemblée nationale, notamment ceux du 21 et l'arrêté du département qui invitent les citoyens à la paix, à la tranquillité et au respect des propriétés sont enlevés et déchirés par la troupe sans aucune opposition de la municipalité.
Delà la milice se transporta, toujours à la réquisition de la municipalité dans la Cour du Curé pour faire la même opération à certains trophées d'armes étant au-dessus de la porte de la cuisine. Cette dernière opération finie, le Maire annonce à M. le Curé son intention de faire perquisition dans toute la maison. Au même instant le sieur Perron reçoit une lettre anonyme où il lui est annoncé qu'au sortir de la cure la municipalité, avec la même garde nationale qu'il commande, doit aller chez lui, brûler tous ses papiers, terriers et autres titres quelconques, peut-être même mettre sa maison au pillage, que le tocsin au moment où on lui écrit est prêt à sonner et le tambour à battre à St Germain, pour rassembler les gardes nationales et la municipalité de ce lieu, pour assister à cette exécution.
À cette nouvelle effroyable, il appelle son domestique qui se trouve au rang des soldats et sa fille domestique qui était présente, les presse d'aller de suite chez lui pour sauver le peu de papiers qu'ils pourront. Quelque précaution que prenne le Sieur Pierron et quelque secret que soit le départ de ses domestiques, il est aperçu par le nommé Jean Bourriquand Capitaine de la garde et le nommé Antoine Ducreux sous lieutenant initié dans le complot de la municipalité et chargé dit-on de veiller toutes démarches contraires à leur projet.
Aussitôt la municipalité, et celle-ci par la voix de Jean Berne, maire, s'écrie dans le langage villageois : " No zautres y ez ten, vito, vito, o va savi ne ne zamuzen pas mez ziqui, y van évada " À ces mots joints à certains signes, tous les soldats au nombre desquels étaient le nommé Jean Berne, fils du maire (de la forge), changent de mines, prennent un air rebelle et farouche, rompent les rangs, sortent avec précipitation de la cour de la cure, entraînés par la municipalité, par le capitaine Bourriquand et le nommé François Silvestre, lieutenant. Le Sieur Pierron averti, mais trop tard, coupe le pas à la troupe effrénée, leur demande avec toute la douceur imaginable, pourquoi ce désordre, cette échappade et où ils dirigeaient leurs pas précipités ils lui répondent qu'ils n'en savent rien, qu'ils suivent leur maire et leur capitaine et lieutenant.
Le S. Pierron les arrête un instant, leur faisant entrevoir les suites funestes de leur désobéissance. Il les appelle inutilement à l'ordre, les officiers municipaux et les autres chefs de la garde, opposés à tous ces raisonnemens interviennent aussitôt, élèvent la voix et crient d'un ton menaçant " allons marchons, qu'écoutez-vous là ? Suivez-moi. "
Dès lors les hommes, femmes, enfants, Gardes nationales, et municipalité, le maire et le procureur de la commune, revêtus de leurs écharnes se mettent à courir et fondent vers le domicile du S. Pierron. Le S. Pierron fait des efforts pour les devancer dans sa maison, pour la défendre ; les officiers municipaux, le capitaine Bourriquant et le lieutenant François Silvestre s'écrient " arrête, arrête ! " Enfin le capitaine Bourriquant, homme très déterminé, aidé par d'autres sujets dont l'horreur de la scène a fait oublier les noms, l'ont saisi au collet et conduit ainsi comme un criminel dans son domicile.
Déjà la cour était remplie de gens armés, avec de vigoureux efforts il parvient à se faire mettre en liberté, il pénètre au travers de la multitude qui s'était déjà emparée de l'escalier et de la porte de sa cuisine. Il arrive à cette porte, il s'en saisit, son domestique, armé d'un fusil le suit, il est désarmé.
Lorsqu'il vient à l'aider à défendre l'entrée, avec peine il détourne toutes les armes dirigées contre lui. Il appelle à grands cris la municipalité, il veut lui parler et l'engager à contenir la foule, alors il est colleté de nouveau par le nommé Bourriquand fils, capitaine, qui lui déchire sa chemise.
Cet officier inférieur le méconnaît, il veut l'arracher de sa porte. Le nommé Fontanière fils se joint au lieutenant Silvestre armé d'une épée que lui avait prêtée le S. Pierron, environ une heure auparavant, aident Fontanière à enlever au S. Pierron l'arme qu'il avait en main pour sa défense; le même sabre avec lequel il les commandait le matin et dont il ne faisait aucun usage. Le dit S. Fontaniére porte la main sur ce sabre. Il se coupe la main ou s'écorche, il crie aussitôt qu'il est blessé d'un coup de sabre, alors les menaces, les voies de fait, les colleteneurs, les débats en plus de violence agitent le S. Pierron.
Le fils Bourriquand, à l'invitation du nommé Combet, un des soldats de la garde nationale et citoyen de Nuelles, et le lieutenant Sylvestre, demandent la hache des sapeurs ; ils abandonnent la porte de la cuisine, se portent à celle du salon, l'enfoncent à coup de hache, la foule se précipite aussitôt dans les appartements, les parcourent, se portent aux archives et Etude du dit S. Pierron, celui-ci accourt pour en défendre la porte et éviter le dernier assaut, il obtient enfin l'arrivée de la municipalité qui commandait le pillage de sa maison.
Il lui représente le peu d'intérêt qu'elle a de voir brûler des titres de rentes nobles appartenantes à la nation, qui n'ont aucune perception dans leur paroisse, le danger auquel ils s'exposaient en incendiant ses propriétés, qu'ils sont chargés par les Décrets de protéger et défendre. Ne pouvant les convaincre, il demande au nom de l'humanité pour grâce dernière qu'ils lui laissent faire le choix de ses titres de propriété, contrats de rente, traités, obligations, promesses et autres titres.
Cette municipalité parût émue et se rendre et accorder cette dernière grâce. Mais à l'instant arrivent les Municipalités et Gardes nationales de St Germain accompagnés d'une infinité d'autres citoyens, femmes et enfants qui avaient été appelés par le nommé Antoine Ducreux qui est exprès allé à St Germain, ainsi qu'il l'a annoncé, où il a fait sonner la cloche et battre la caisse.
Cette troupe de St Germain arriva tambour battant, à la tête desquels étaient les sieurs Brunicat, Josserand, Mathïeu Vérand, Deglay, Ant. Pïgnard, Palurier, De Cousy, officiers municipaux, la garde nationale commandée par Pierre Marie Dubost, Benoit Chanel, Benoit Palurier et autres officiers.
Dès lors l'exécution méditée ne peut plus être différée. Les deux communautés s'unissent. L'on s'écrie " Brûlons, point de miséricorde ! " Aucune représentation n'arrête la troupe furibonde. Les municipalités se taisaient, enfin tous les titres, terriers, papiers et documens qui étaient dans son domicile, les promesses et obligations sont incendiées dans le chemin au devant de la maison, où ils ont été jetés même par le procureur de la commune de Nuelles et par les habitants de St Germain.
La troupe se met à danser autour du feu; lorsque tous les papiers sont brûlés, la majeure partie rentre dans les bâtimens, se livre au pillage, enlève les vins, les bouteilles dans les caves, les linges de toute espèce, l'argenterie, on brise son secrétaire, on en extrait les papiers qui sont aussi brûlés, les livres de comptes, baux à ferme, conventions avec les seigneurs, tout est détruit, il ne lui est pas resté la largeur d'une carte de papier. "
Archives Départementales du Rhône, 385, Procès verbal d'enquête cité par Bruno Guérard, Hughes Mayet, Lyon, Bellier, 2008.

 

 

 

Le lavoir de La Charrière

 

 

6. Claude DESGOUTTE (1736-1797) & Barthélémie MARIGNY.

7. Louis DESGOUTTE (22.10.1707) & 1734 Françoise PINAY (de Châtillon).

8. Claude DE LA GOUTTE (4 août 1663) & 11.01.1695 Marguerite GUILLON.

Marguerite GUILLON épouse, à l'âge de 17 ans, son cousin Claude DESGOUTTE –qui est, de deux ans, l'aîné de sa belle-mère, Marie Boulard.

 

 

Contrat de mariage de Claude Desgouttes et Marguerite Guillon

" Par devant le notaire royal résidant à l'Arbresle, soussigné et présent, les témoins après nommés furent présents Claude Desgouttes habitant de Saint-Germain sur l'Arbresle, fils légitime de défunt Antoine Desgouttes habitant dudit lieu et de Janne Josserand ses père et mère, époux à devenir d'une part, et Marguerite Guillon fille légitime de défunt Jean Guillon et Dame Marie Boulard, ses père et mère espouse à devenir d'autre part.
Lesquelles parties, de leurs grés et vollontés procéddant, scavoir ledit futur époux de l'authorité congé et license de Barthélémy Josserand, son cousin et ladite future épouse de celle de Jacques Chantre leurs parents et amis ici présents traitant le présent mariage ont fait et font payes et promesses de mariage donnations constitutions et augmentations […] se sont promis prendre et épouser l'un l'autre en vrai et loyal mariage et de se représenter en face de notre mère l'église quand l'une des deux parties en sera requise par l'autre affirmant
Entre les mains de maistre Sébastien*** leur prestre vicaire dudit lieu n'avoir fait chose par le passé qui puisse empêcher l'effet et accomplissement du présent mariage.
En faveur duquel s'est établi ledit futur espoux, lequel comme est majeur et maistre de ses biens, s'est constitué*** ses biens lesquels consistent en tout à la somme de trois cents livres.
De même s'est établie la dame Marie Boulard laquelle tant en son nom qu'en celui de ladite marguerite guillon sa fille future épouse et entend qu'elle et son futur époux entrent en possession et pleine jouissance dès à présent et à toujours des biens délaissés par ledit feu jean guillon son père lesquelles parties et ladite dame ont dit être de trois cents livres. […]
Fait le 28èmejour de décembre 1695 …

 

 

Anne-Marie BOULARD elle-même n'a que douze ans lorsqu'elle tombe enceinte des œuvres de Jean GUILLON...

9. Jean GUILLON, 1653-1678, épouse le 6 juin 1678 Anne-Marie BOULARD née le 28 septembre 1665.

Le père de l'enfant meurt, avant la naissance de sa fille –quelques jours également avant le décès de Jane Josserand, la belle-mère à venir du nouveau-né... Le cas de figure est romanesque –si l'intrigue est embrouillée !


 

Registre Paroissial. de Saint-Germain sur l'Arbresle

 

Anne-Marie Boulard, deux fois veuve, s'est mariée à trois reprises. Après la mort de Jean Guillon, elle a épousé André Arthaud, bientôt décédé, puis Jean-Jacques Paturle, bourgeois joaillier de Lyon, tandis que sa sœur Marthe épousait son beau-frère, Pierre Paturle. À elles deux, les sœurs Boulard ont donné naissance à trente enfants !
Marthe et Anne-Marie Boulard sont les filles de Marguerite Cluysel, femme, fille et petite-fille d'une lignée de notaires et les arrière-petites-filles d'Ancelly, fille de Thomas Dufournel (également notaire) et Anne de la Goutte.
Leur arrière grand-mère Anne d'Albon, épouse de Guillaume Cluysel est le rejeton d'une famille lyonnaise qui s'est rendue illustre, comme on le verra bientôt, pour avoir collectionné, avec talent, héritages féodaux, ressources bourgeoises et privilèges ecclésiastiques…

 

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Claude DESGOUTTE °1663

Antoine DE LA GOUTTE °1623

Jean GUILLON °1653

Jacques BOULARD °1640

Guillaume CLUYSEL

Antoine CLUYSEL

François BOURDILLON

Thomas du FOURNEL

Philibert de la GOUTTE

& Marguerite GUILLON

& Jeanne JOSSERAND

& Anne-Marie BOULARD

& Marguerite Cluysel

& Benoîte BOURDILLON

& Anne d'ALBON

& Ancelly du FOURNEL

& Anne de la GOUTTE

& Gabrielle

°1678

°1628

°1665

°1642

°1609

°1585

°1578

°1544

 

 



Registre paroissial de Saint-Germain
Baptême de Anne-Marie Boulard, le 28 septembre 1665


 

 

Saint-Forgeux

 

Les DE LA GOUTTE, selon la graphie d'usage sur les registres paroissiaux de l'époque (cf. supra : avant-propos), ont longtemps habité Saint-Forgeux [et les communes environnantes de Saint-Romain-de-Popey, Ancy et Affoux, voir infra] où vivaient également les CLUYSEL et les D'ALBON qui en avaient acquis la seigneurie en s'alliant avec la famille d'Oingt.

 

 

Chapelle de Grévilly (XIème)

 

" La commune de Saint-Forgeux (limitrophe de celle de St-Germain-sur-l'Arbresle) est située à une quarantaine de kilomètres à l'ouest de Lyon, près de Tarare. Cette commune boisée et vallonnée de 2000 hectares, s'étage entre 400 et 700 mètres d'altitude. Son nom vient de Férréol, officier romain converti par Saint-Julien et martyrisé au IV ème siècle.

Saint-Forgeux était au XIIème siècle un village fortifié dont les remparts englobaient l'église et le château. Sur l'espace réduit de Saint-Forgeux vivait une noblesse nombreuse, avide d'indépendance, ce qui ne fut pas sans poser quelques problèmes " (Bulletin municipal)

Au XIIème siècle, Saint-Forgeux dépendait de l'abbaye bénédictine de Savigny qui fut pour le Lyonnais un foyer de prospérité et de rayonnement économiques et culturels, au même titre que l'abbaye de Cluny pour la Bourgogne ou d'Aniane pour le Languedoc.

" On ne connaît pas exactement la date de la fondation de l'abbaye de Savigny, mais des textes anciens attestent qu'elle existait en l'an 817. L'abbaye s'est développée très rapidement, à l'approche de l'an 1000, grâce aux legs multiples de seigneurs et propriétaires plus soucieux d'assurer leur éternité que d'enrichir leur postérité.
C'est ainsi que l'abbaye de Savigny en vint à posséder des terres et des dépendances non seulement dans les départements du Rhône et de la Loire, mais également dans les diocèses de Genève, Lausanne, Die, Saintes… À certaines époques, elle recevait les revenus de plus de 70 paroisses. Pour la protéger, on construisit dans les alentours châteaux et maisons fortes : châteaux de Sain-Bel, de l'Arbresle, de Montrottier, forteresses de Chessy et de St-Romain-de-Popey, etc.
L'abbaye connut alors son plus haut degré de prospérité. Par une politique habile, elle s'entoura de puissants protecteurs : les comtes de Forez et les sires de Beaujeu.
Jusqu'au XIVème siècle, les abbés étaient élus par le chapitre, communauté des moines, puis la charge devint honorifique. Ainsi, la famille d'Albon, originaire de la région, fournit-elle pendant trois siècles les abbés prieurs de l'abbaye de Savigny" D'après le Bulletin municipal de la commune de Savigny.


Les anciennes familles

" Saint-Forgeux est l'un des rares villages qui ait conservé les premiers registres paroissiaux institués sur ordre de François 1er par l'édit de Villers-Cotterets de 1539. Les plus anciens actes de l'état civil de Saint-Forgeux remontent à 1542. Avec cette institution, François 1er introduisait l'une de ses améliorations dans la justice seigneuriale à l'égard des petites gens. Il chargea les prêtres de tenir un registre paroissial, où ils devaient enregistrer par l'acte de baptême, l'état civil de la personne, sans distinction de rang." […]

"À cette époque vivaient déjà à Saint-Forgeux, des familles dont certaines ont laissé leur nom à la terre qu'elles ont possédée jadis. Telles les Fayot, Ravichon, Giroud, Chambon, Malleval, toutes issues de la bourgeoisie [lyonnaise]. […] Toujours à la même époque, on remarque la famille Burricand très puissante aux XVIè et XVIIè siècles. Elle était alliée aux Dufournel, famille de robe qui donna plusieurs notaires à Saint-Forgeux, Bully et Lyon. " […]

" Fontgarnost –ou Fontgarnoud– est un hameau actuel de Saint-Forgeux, qui dépendait de l'abbaye de Savigny. Il rappelle le passage de la famille Garnoud dans ce masage qui lui emprunta son nom. […] Toutes ces familles étaient laboureurs, c'est-à-dire propriétaires des terres qu'elles cultivaient."

"En marge de la société, il y avait le gentilhomme campagnard. Issu de petite mais d'authentique noblesse, il cultivait les terres de son domaine ou exerçait la profession d'artisan rural. La famille de la Sonnerie appartenait à cette dernière société. Elle tirait son nom du domaine de la " Sonnery " près de Saint-Vérand. Nous citerons également deux autres familles chevaleresques du Lyonnais devenues de simples laboureurs, les (de) Lagoutte et les Balmont. " Jean Mirio, Saint-Forgeux et ses énigmes historiques, Lyon 1974.

 

La famille Cluysel

" Les Cluysels avaient été seigneurs de Chastellus au XIVè siècle. Ils étaient seigneurs de la Colonge à Affoux au XVè siècle, puis sieur de l'Espinglier à Saint-Forgeux, d'où est issu Antoine Cluysel notaire royal de Saint-Forgeux." Jean Mirio, ibidem.

" Pons du Cluzel, caution en 1276 d'une vente sur Mazod, fonde la lignée adonnée au métier des armes [qui] demeura si proche de ses agnats paysans, malgré cet auteur devenu chevalier, qu'elle hésita un siècle durant entre noblesse et roture, métier des armes et charge de prévôt comtal, pour sombrer finalement dans l'obscurité au début du 15è. " (Perroy, op. cit.)

" À l'époque des guerres de religion, Barthélémy Cluysel était hoste de Saint-Forgeux. L'abbé Fenouillet le cite dans son rapport qu'il fit, au sujet d'un homme de Saint Symphorien-de-Lay, qui vint se réfugier chez lui après avoir été massacré par les huguenots. " Jean Mirio, ibidem.

 

La famille d'Albon

" Elle a pour premier ancêtre assuré, André citoyen de Lyon, qui y pratiquait la banque dès 1265. Il participa en 1269 à la révolte [des bourgeois] contre les seigneurs d'Église, jura la trêve subséquente et se réconcilia avec ces derniers. " Jean-Pierre GUTTON, Les lyonnais dans l'histoire, Privat, 1985.

" Le 14 septembre 1269 Saint-Just soutint assaut sur assaut. Des bandes furieuses sorties de la ville [de Lyon] attaquèrent les villages de Cuires, Genay et Couzon qu'elles incendièrent. Ecully, dont les chanoines de Saint-Just étaient seigneurs, fut le principal théâtre de leurs cruautés : les habitants s'étaient réfugiés dans l'église avec leur pasteur ; ils y furent brûlés vifs le 29 novembre. […] Les prélats mirent la ville en interdit, le 1er décembre, et lancèrent une sentence d'excommunication contre les habitants. Les foudres au lieu d'abattre la fureur des citoyens lui donnèrent un nouvel élan. [...] En 1273, André d'Albon est accusé par les gens du chapitre de Saint-Jean d'avoir enlevé la chaîne du pont lors de la révolte contre l'Eglise. Ses fils avaient pris part en 1269 au pillage de Civrieux par les émeutiers de Lyon. Aussi est-il désigné, ainsi que Ponce, dans le méritoire [d'excommunication] fulminé contre les Lyonnais par l'évêque d'Autun, assurant l'intérim de l'archevêché. […] Enfin les deux parties convinrent de s'en remettre à l'arbitrage de Louis IX et du légat du Pape. Les excommunications et les interdits furent levés et le roi obtint que la juridiction temporelle de la ville serait remise entre les mains de ses officiers en attendant une pacification complète." Arsène Cahour, op. cit.

" Tandis que son jeune frère Ponce s'alliait par mariage à une riche famille marchande de Mâcon, André d'Albon achetait en 1282 au comte de Savoie les domaines de Pierreclos et d'École en Mâconnais et acquérait [de l'archevêché de Lyon] la seigneurie de Curis au Mont d'or, puis une part de celle de Châtillon d'Azergues, près de Lyon, dont ses deux fils devinrent par leur mariage, les autres coseigneurs. Après sa mort (vers 1290) ses trois fils jouent un rôle assez actif dans les événements qui aboutissent à la réunion de Lyon au royaume. On les voit alors arborer le titre de chevalier et affirmer, par des mariages ou par l'acquisition de seigneuries leurs ambitions aristocratiques. " Jean-Pierre GUTTON, ibidem.

La ville [de Lyon] est alors administrée par la "commune", constituée de quelques riches bourgeois commerçants qui nomment chaque année, le 21 décembre, douze consuls à sa tête. Ce sont toujours de prestigieux notables choisis parmi les familles riches de la ville. On appelle alors ce corps consulaire le "syndical". Les bourgeois que les Lyonnais se donnent pour chefs, en 1285, mènent inlassablement la lutte contre l'archevêque afin d'obtenir l'annexion à la France. Après plusieurs révoltes malheureuses, ils font appel au roi Philippe le Bel qui, en 1292, prend Lyon sous sa protection. Le 10 avril 1312, un traité, conclu entre la commune, l'archevêché et le roi, réunit définitivement Lyon au royaume de France. " Gérard LEROY, op. cit.

" Parmi les membres de cette famille [d'Albon], on distingue Guichard, l'un des députés envoyés en 1423 par le roi à Chambéry, pour traiter de la paix avec le duc de Bourgogne, Jean, dit de l'Espinasse, seigneur de Saint-André, qui servit dans l'armée du roi contre les Anglais et les Bourguignons, par lesquels il fut fait prisonnier en 1417, Henri II d'Albon, mort en 1502, qui servit Louis XI dans les guerres du comté de Bourgogne, Claude qui fut tué dans un combat livré contre le margrave de Brandebourg, au siége de Metz, en 1552, Antoine d'Albon, 1507-1574, abbé de Savigny et de l'île Barbe, puis nommé gouverneur de Lyon en 1553, à la mort du Comte de Grignan, et archevêque de Lyon de 1563 à 1573. On cite encore Bertrand d'Albon, seigneur de Saint-Forgeux, qui tint constamment le parti du roi contre la ligue dans le Lyonnais, et contribua puissamment à la réduction de Lyon en 1594. " Bregot du Lut, Biographie lyonnaise, Lyon, 1835.

Bertrand d'Albon est capitaine d'une compagnie de cinquante hommes d'armes au service de Jacques de Savoie –duc de Nemours– gouverneur de Lyon de 1563 à 1571 puis de ses successeurs François Mandelot, de 1571 à 1588, et Guillaume de Gadagne, lieutenant-général de 1588 à 1601.

 

La famille d'Albon de Saint-Forgeux (à ne pas confondre avec la famille d'Albon du Viennois, souche des Dauphins, voir infra) a entretenu, dès son émergence dans la société des notables lyonnais, une relation privilégiée avec la famille de Savoie –en la personne tout particulièrement, de Philippe Ier de Savoie qui fut archevêque de Lyon (1245-1267) avant de devenir comte (1267-1279). Ce dernier semble avoir compris très tôt quel bénéfice il pouvait retirer du mouvement de revendication qui se propageait parmi les communautés bourgesoises au début du 13ème siècle. Il s'en fit le défenseur –voire l'initiateur sur le territoire des Dombes dont il disputait les seigneuries avec ses voisins les Bâgé. Aguerri par la mésaventure survenue à l'archevêque Renaud de Forez –mis en difficulté par les bourgeois lyonnais– Philippe de Savoie, sitôt nommé archevêque, élabora et conduisit, avec la collaboration et la complicité de son ami et complice le pape Innocent IV, une stratégie d'alliance avec la bourgeoisie locale. Il mit à profit l'organisation des deux conciles convoqués à Lyon, en 1245 et 1271 pour renforcer la position de la famille de Savoie dans le jeu complexe des politiques territoriales régionales.

 

Bertrand, cadet de la famille –né vers 1530– n'avait pas vocation à devenir homme d'armes ni même l'héritier de la seigneurie familiale. Promis à l'église, il fut fait chanoine de Lyon en 1545, à la mort de son aîné René, puis clerc tonsuré le 15 juin 1561. Il aurait sans doute vécu tranquillement –parmi ses femmes et ses enfants, naturels– dans les propriétés, familiales et ecclésiastiques de l'abbaye de Savigny, sous la houlette de son grand frère Antoine (voir supra), si la mort de son aîné Claude, héritier de la seigneurie –puis celle de son père Guillaume (vers 1560)– ne l'avait porté au premier rang des candidats à la succession, en concurrence potentielle avec son neveu, Guillaume, fils de Claude, né en 1552.
À vrai dire, l'affrontement entre Bertrand et son neveu ne se manifesta –sur fond probable de querelle politique et familiale– qu'au moment du mariage de Bertrand avec Antoinette de Galles –une fiancée de sa coterie– qui s'est substitué à la libre union que ce dernier entretenait jusque là avec Jane Giroud, native de Lyon. Il est possible, au demeurant, que cette décision –de se marier avec une femme de son rang pour s'assurer une descendance opposable aux velléités de son neveu– lui ait été soufflée par son frère Antoine, vieillissant, au moment où ce dernier s'est lui-même choisi un successeur dans la personne de Pierre d'Espinac –autre neveu, fils de leur sœur Guicharde. Toujours est-il que le jour même (le 2 novembre 1572) où se donne le festin de ses justes noces avec Antoinette de Galles, Bertrand reçoit de son neveu, Guillaume, une assignation en justice pour faux et contrefaçon de l'ultime testament de son père –autre Guillaume– qui le nommait, lui Bertrand, héritier, à l'exclusion du fils de Claude !

L'affaire est finalement jugée (1580) en faveur de Bertrand mais l'alerte a été chaude –on ne badine pas, à l'époque, avec la légitimité des héritiers ! On verra plus loin que l'affaire l'aura sans doute obligé à "mettre de l'ordre" dans ses affaires familiales, en le conduisant en particulier à scinder son héritage entre son premier fils Pierre (né selon toute évidence de sa première compagne, Jane Giroud) et son second fils Claude à qui sera dévolu l'héritage de sa mère, Anne de Galles.

À la mort d'Antoine, la famille d'Albon va continuer de se déchirer entre les partisans de la ligne catholique dure qui se rassemblent bientôt dans la Ligue –dirigée à Lyon par Pierre d'Espinac, le nouvel archevêque, neveu d'Antoine et de Bertrand– et les partisans du compromis religieux qui se joindront quant à eux au parti du roi.

En 1585, aux environs de la soixantaine, Bertrand, marié, père de nombreux enfants légitimes et illégitimes dont il a reconnu et revendiqué la paternité, assume le rôle, nouveau pour lui et peu fréquent à son époque, de fils-père ! Il revendique en effet la paternité d'Anne –née de mère inconnue... On comprend bien qu'Anne n'est pas la fille d'Antoinette –l'épouse légitime du seigneur de Saint-Forgeux– mais on s'interroge (voir infra) sur ce qui a pu conduire sa mère naturelle à s'effacer ainsi de l'acte de baptême...

 

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Claude DESGOUTTE

Jean GUILLON

Jacques BOULARD

Guillaume CLUYSEL

Antoine CLUYSEL

Bertrand d'ALBON

& Marguerite GUILLON

& Anne-Marie BOULARD

& Marguerite CLUYSEL

& Benoiste BOURDILLON

& Anne d'ALBON

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"Du dimanche 19 desdits mois [février] et an [1585] a été baptisée Anne fille à noble Bertrand Dalbon. Son parrain Noble Emard de Poyzieu seigneur du Passage et gouverneur *** à la Citadelle à Lyon sa marraine Damoyselle Anne fille Mandellot " Lyon, Sainte Croix.

 

Anne d'Albon, fille de Bertrand –et arrière-grand-mère de Marguerite Guillon, épouse à venir de Claude de la Goutte, son cousin (voir supra)– est ainsi réputée avoir été baptisée à Lyon, paroisse de Sainte-Croix, le 19 février 1585, en présence du capitaine de la citadelle et de la fille du gouverneur Mandelot, parrain et marraine, mais en l'absence de la mère de l'enfant –ou, du moins, de toute mention de son identité...

Mais revenons quelque peu en arrière... Le 12 janvier 1569 naît, à Saint-Forgeux dans le Rhône, Jane de la Goutte, fille de François et Claude son épouse, et petite-fille de Louis –dont on verra bientôt le destin tragique. L'hiver de 1569 est resté célèbre, dans la mémoire des gens en raison du froid intense qui saisit alors l'ensemble du pays :

" En décembre 1568, toutes les rivières de France furent prises par les glaces. Le froid reprit ensuite en février, mars et avril. En Vendée, les rigueurs de cet hiver s'y firent sentir de Noël 1568 à la St Vincent 1569. Devant Bordeaux la mer gela et la glace y était de la hauteur d'un homme. En Provence, de nombreux figuiers et oliviers furent tués par ces gelées. Le 19 décembre, les rigueurs de l'hiver obligèrent le duc d'Anjou à abandonner le siège de Loudun... " Recueil de données statistiques relatives à la climatologie de la France ; J. Sanson, Paris, 1945.

C'est dans ces circonstances que, sur fond de guerre civile, la reine mère, Catherine de Médicis, charge ses hommes de s'emparer de Condé, retiré en Bourgogne au château de Noyers. Ce dernier, prévenu par Tavannes, s'enfuit alors vers la Vendée, en compagnie de Coligny et du jeune Henri de Navarre, pour rejoindre ses coreligionnaires, à La Rochelle.

" L'an 1569 le Roy de Navarre et le premier de Condé, l'admiraI tous trois huguenosts, passèrent par le pays de Forest et du Beaujolois avec telle cruaulté que tous les seigneurs du Forest, Beaujolois et Lyonnois se retirèrent dans la ville de Lyon ensemble tout le menu peuple, tellement qu'ils furent contraints d'abandonner leurs maisons, et là où il ne trouvaient personne, ils brûloient les maisons, et là où ils y avait femmes ou filles, ils les violaient, et là où ils alloient au fourrage et qu'ils trouvoient quelques personnages qu'ils s'enfuyoient, ils les tuoient, tellement qu'ils en tueroient 3 ou 4 de la nostre paroisse de Saint-Fourgeulx, lesquels se nommoient Louis et Léonard de la Goutte, François Savoyllon et Estienne Perrinel. " Saint-Forgeux, R.P. 1543-1629, f° 89-91.

 

Les anciens de la famille de La Goutte –Louis et Léonard, grand-père et grand-oncle de Jane– ont sans doute choisi de rester sur place, pour assister la jeune (ou future) mère –intransportable– dans ces circonstances difficiles. L'acharnement et la cruaulté que les fuyards ont mis à ravager le territoire de l'abbaye de Savigny n'étaient certes pas le fruit du hasard –ni le simple usage des guerriers de l'époque. Ces derniers se savaient en effet sur les terres d'Antoine d'Albon, prieur de l'abbaye de Savigny (1520-1574 !) et archevêque de Lyon (1564-73), dont l'oncle et prédécesseur, François de Tournon, s'était fait connaître, quelques années plus tôt, en allumant l'un des premiers bûchers des guerres de religion.

 

 

Le cardinal de Tournon fut le conseiller éminent de François 1er. C'est à ce titre qu'il est réputé avoir recommandé au monarque l'expédition militaire (1545) contre les Vaudois de Cabriès et Mérindol qui conduisit à leur massacre. Il fut ensuite archevêque de Lyon et fit brûler, le 16 mai 1553, place des Terreaux, cinq malheureux étudiants de Lausanne, prosélytes de Calvin (cf. Les Vaudois, Paul Leutrat, Editions sociales, Paris, 1966 et Histoire des protestants en France : XVIe-XXIe siècle, chez Fayard, par Patrick Cabanel).

 

 

Jane de la Goutte –née, au cœur de l'hiver dans une terre abandonnée par son seigneur à la dévastation cruelle d'une troupe de fugitifs– fait ainsi une entrée dramatique dans le mouvement qui prélude à la troisième guerre de Religion.
Puis elle grandit à Saint-Forgeux, parmi sa vaste famille ainsi que dans la compagnie probable des nombreux enfants, légitimes et illégitimes, de Bertrand d'Albon. Pierre, le fils aîné du seigneur du lieu, est en effet de six mois son cadet. L'un et l'autre auront couru ensemble les bois et les champs qui longent la Turdine jusqu'au jour où, devenue demoiselle, Jane fut accueillie comme fille de chambre par Antoinette de Galles, dame de St Forgeux, épouse de Bertrand –et belle-mère de Pierre (voir supra).

Jane aura croisé, au château, le haut et puissant seigneur des lieux qui, remarquant un beau jour que l'enfant avait grandi, pourrait l'avoir trouvée à son goût... Il serait advenu de l' "aventure" –qu'on ne saurait qualifier plus précisément, sauf à insister sur la différence d'âge– Anne, née à Lyon, le 12 février 1585, fille sans mère, mais bientôt pourvue de deux pères ...

Anne d'Albon grandira au château –auprès de sa mère (virtuelle ?) qui pourra ainsi veiller à son éducation et à son avenir. Après la mort de Bertrand (1595) et d'Antoinette de Galles (~1599), Anne épousera, en l'an 1600, Antoine Cluysel –dit le Jeune– notaire, issu d'une famille dont on a vu qu'elle était proche de la famille de la Goutte. Leur fils, Guillaume, sera lui aussi notaire ; il épousera Benoîte Bourdillon –petite-fille d'Anne de la Goutte, cousine du père de Jane. Leur fille Marguerite, enfin, sera la grand-mère de Marguerite Guillon, épouse de Claude de la Goutte, autre descendant de Léonard ... On le voit la famille de la Goutte entourera de toute part la postérité d'Anne... et de Jane –qu'on verra bientôt affirmer sa maîtrise de la situation.

 

Contrat de mariage d'Antoine Cluysel et Anne d'Albon

le 12 septembre 1600

" Nous garde du sel commun royal establi aux contrats es baillage de Mascon et seneschaussée de Lyon a tous ceux qui sont présents *** Salut scavoyr faisons Pardevant les notaires royaux signés et en présence des temoins cy après nommés personnellement establi et constitué Me Anthoine Cluysel notaire de Saint Forgeux fils d'honnête Claude Cluysel Hoste de Saint Forgeux son père ( ?) et présent pour faire et passer le contenu Au présent contrat de mariage ( ?) et conseillant espoux advenir d'une part
Et Anne fille de feu Yppollitte donné d'Albon espouse advenir d'autre part lesdites Partyes sachant bien advisées de leur bon grez et franche volonté au traicte Aimable de leur parents et amys cy présents et assemblés ont entre elle acceptant ( ?) stippullarie les tasches matrimoniales et autres choses qui s'en suivent
Premierement ont promis et juré entre les mains de Vénérable Messire Estienne Giroud Prestre curé de Saint Forgeux eulx prendre et espouser l'un l'autre en vrays espoux et espouse et pour ce faire eulx présenter en face de Sainte mère esglise ainsi que lest de bonne costume.

Pour illec recepvoyr benediction nuptialle dans le temps du et ordonné du droit et quand l'un desdits Parties estre requise parlant affirmant n'avoyr faict chose par la passé ni feront par ladvenir Qui empesche ce présent mariage ( ?) son plein et entier effet en faveur et contemplation."

 

"Duquel présent mariage sest ainsy personnellement estably et constitué Claude Cluysel
Père dudit espoux lequel en considération des bons et agréables services que faict luy ont ez Par ledit Me anthoyne Cluysel son fils et quil espère luy estre faicts a ladvenir et
Audit car ainsy faire luy plait de son bon gré et franche volonté a donné Et par donation pure simple et irrévocable faicte entre vifs et a cause du présent Mariage vallable de présent pour toujours donne cedde quitte et remet pour Toujours audit Me anthoyne Cluysel son fils présent et acceptant a son proffit et des syens Assavoyr la moytié par indivis de tous et chacuns ses biens meubles immeubles Droits ( ?) raisons et actions présent et advenir ( ?) auquel il retient Et reserve lautre moytié pour en disposer a sa dernière volonté ( ?)
[…]
En faveur contemplation du présent mariage s'est aussy personnellement estably Et constitue hault et puissant seigneur Messire Pierre d'Albon chevalier De l'ordre du Roy gentilhomme ordinaire de sa chambre seigneur de saint Forjeux et avaulges a donné et constitué donne et constitue en dot de mariage À ladite anne future espouse la somme de cent trente troys escus sol Pris lescu a soixante sols suyvant la donation d'une vache dela valeur de neuf escus.
Scavoyr cent escus ordonnez estre payés a ladite espouse par donation verbale a elle Faite par feu hault et puissant seigneur Messire Bertrand d'Albon chevalier de l'ordre Du Roy gentilhomme ordinayre de sa chambre cappitaine de cinquante hommes D'armes de ses ordonnances seigneur de saint forgeux avauges et curys et de laquelle Ledit feu seigneur de saint forgeux avait fait passer obligation par Me Mathieu Laurens a Noble Jacques de Sainte Colombe seigneur du Piney qui ( ?) despuis chargé Ledit seigneur constituant ( ?) reste par don gratuit que ledit seigneur de saint forgeux Eu fait a ladite espouse laquelle somme de cent trente troys escus et ung tiers De ladite vache dudit seigneur constituant promet et gaige payer auxdits espoux au proffit Toutefoys de ladite espousescavoyr trente troys escus et ladite vache dans le Jour de la bénédiction nuptiale dudit présent mariage ( ???) dans la prochaine Feste notre dame du mois daoust consequement en faveur dudit mariage […]

En tesmoin de quoi nous garde du scel ledit scel commung royal avons Fait mettre et apposer a ces présentes Fait au chasteau dudit saint forjeul Le vingtroysième jour de may après midi lan mil six cent presents lesdit Mre Estienne Giroud et noble francoys dalbon grand secrestain de l'esglize Collegialle saint martin de lisle barbe et frère jean dalbon aulmosnier de Labbaye royale de Savigny et Mr Mathieu Laurens secretaire Dudit seigneur de Saint Forjeul tesmoins appellez et requis qui ont signé avec lesdites Parties a la cedde des présentes et non ladite espouze pour ne scavoyr duement […]
Enquis suyvant la donation expedié au proffit dudit espoux par nous notaires Royaulx soussignés la cedde du présent contrat demeurant en la puissance de Mr Estienne Tavernier lung desdits notaires soussignés "

 

Le contrat rédigé à l'occasion du mariage d'Anne d'Albon et Anthoine Cluysel prête curieusement à l'épousée "feu Hippolyte donné d'Albon" pour père. Bien qu'inconnu des généalogies de la famille, Hippolyte serait, selon l'acte, très proche de feu Bertrand d'Albon et de son fils Pierre –héritier du nom et de la seigneurie de Saint-Forgeux– puisque le contrat mentionne qu'ils se sont l'un et l'autre établis comme donateur et tuteur de la mariée. Ce personnage, rejeton illégitime, lui aussi, de l'illustre famille, est inconnu des généalogies mais il apparaît en revanche dans les archives de l'archevêché.

"Hippolyte (donné) d'Albon, né vers 1546, obtient une dispense super defectu natalium, clerc du diocèse de Lyon, prieur de Firminy par provisions apostoliques antérieures au 29 mai 1560, date où il est pourvu d'une prébende à Saint-Jean de Lyon ; obtient le même jour l'annulation d'une pension de 100 livres due à Jean Tixier, chapelain perpétuel de Saint-Jean sur le prieuré de Firminy ; prend possession de ce prieuré le 23 juin 1560 ; établit Jacques de Saint-Martin, chamarier de Savigny, son vicaire pour nommer aux bénéfices le 20 juillet suivant ; le 20 août de la même année il prend possession de sa prébende à Saint-Jean" Abbé Merle, Les prieurs de Firminy, 1934.

On trouve dans le même ouvrage mention d'un autre membre de la famille, également absent des généalogies, dont on peut penser qu'il est le frère du précédent :

" Guillaume d'Albon (prieur de Firminy de 1565 à 1571), né vers 1548, obtient du cardinal de Trivulce une dispense super defectu natalium le 25 juillet 1558, sur dimissoires du 19 octobre 1559, il est tonsuré à Paris, où il est étudiant, le 21 novembre suivant ; pourvu du prieuré de Marcilly-le-châtel, le 11 février 1560, il établit le 11 mai son procureur qui prend possession en son nom le 16 juillet de la même année ; le 16 mars 1563, il nomme Jacques de Saint-Martin, chamarier de Savigny, son vicaire ; pourvu du canonicat de l'Ile-Barbe, appelé vulgairement de Saint-André et Sainte-Anne le 5 septembre 1564, il en prend possession le surlendemain ; prébendier à l'Arbresle, le 13 octobre suivant ; donne procuration pour résilier Marcilly le 11 avril 1565, pourvu par Antoine d'Albon, abbé de l'Ile Barbe, du prieuré de Firminy le 5 mai suivant, le 19, il établit son procureur qui en prend possession le 14 juin de la même année ; encore prieur de Firminy le 18 juillet 1571, où il passe un bail à Antoine Parchas et Gabriel Baynaud. " ibidem

Si Hippolyte et Guillaume sont bien frères, comme semblent l'indiquer leurs destins jumeaux, de qui donc sont-ils les fils ?
Guillaume, le grand-père, a reconnu cinq fils légitimes : Antoine, né en 1507, ancien abbé de Savigny, chanoine de l'Ile-Barbe et archevêque de Lyon (de 1563 à 1573), Claude, seigneur de Chazeul, qui a épousé Françoise de Sugny en 1548, mort à la guerre en 1551, Henri, abbé de Saint-Sauveur de Lodève, mort en 1558, René, chanoine, mort en 1545 et Bertrand, l'héritier de Saint-Forgeux.
Il se peut qu'Hippolyte et Guillaume soient les fils naturels –cadets, tardifs– de Guillaume l'ancien, ou, plus probablement, les rejetons naturels d'Antoine, l'aîné, futur archevêque et primat des Gaules … Antoine en effet est un clerc de circonstance ou d'opportunité. S'il a été consacré très jeune à l'état ecclésiastique, c'est pour assurer la continuité d'une tradition familiale...

 

 

 

" Antoine, né en 1507 au château de Saint-Forgeux, était le fils aîné de Guillaume, quatrième du nom, seigneur de Saint-Forgeux de Curis et de Chazeuil et de Gabrielle de Saint-Priest. Afin qu'il puisse remplir les devoirs de la charge d'abbé qui lui était destinée, son père l'envoya étudier à l'université de Paris. Antoine prit l'habit le 16 novembre 1519 et fut nommé abbé de Savigny par François Ier en vertu du concordat de Bologne. Il fut pourvu par une bulle du pape du 26 mars 1521. Il devint ensuite abbé de l'île Barbe par la résignation de son oncle Antoine d'Albon le 20 août 1525 et reçut le prieuré de Mornant en 1528. En avril 1549, il sollicita et obtint, malgré l'opposition de l'archevêque de Lyon [Hippolyte d'Este], la sécularisation du monastère de l'Île Barbe. Devenu clerc séculier Antoine d'Albon alla vivre à la cour du roi Henri II [1547-1559] où il retrouva son cousin Jacques d'Albon, maréchal de Saint-André, gouverneur du Lyonnais. Le 8 décembre 1559 Antoine fut nommé lieutenant du gouvernement de Lyon grâce à son cousin et tous les deux luttèrent contre les partisans de la Réforme et les traitèrent rudement. " Monique ROUSSAT in Les amis de l'Arbresle ; op. cit.

" On voyait venir à l'Ile Barbe, toutes les fêtes, lorsque le temps était beau, les habitants de Lyon, tant Italiens, Allemands, Flamands qu'autres marchands, avec leurs femmes enfants et familles, amenant des tambourins et joueur d'instruments ; et aussi quatre à cinq fois l'année, les bandes des métiers de la ville, armées, portant arquebuses, épées, dagues, javelines, avec tambours et les enseignes déployées ; que les laboureurs et autres, tant des villes voisines que des villages, venaient aussi en foule, les uns par dévotion, les autres par passe-temps, lesquels dansaient au monastère et dans les maisons même des religieux ; qu'un des abbés ayant voulu faire clore le pré pour faire cesser les amusements, le peuple renversa les murailles ". Cochard, op. cit. (1817).

 

 

 

Bertrand d'Albon meurt, en janvier 1595. Son fils aîné Pierre hérite de la seigneurie de St-Forgeux et son second fils, Claude, de la seigneurie de Saint-Marcel. Le cadet, François, quant à lui, devient, en 1605, abbé de Savigny, selon l'usage familial bien établi.
Pourquoi Anne d'Albon, fille illégitime, mais reconnue par son père, intégrée à la famille et éduquée au château, se voit-elle attribuer, à l'occasion de son mariage, un père de circonstance ? Pourquoi juge-t-on utile, dans le voisinage de Pierre, –nouveau seigneur de St-Forgeux– de défausser, à cette occasion, feu Bertrand de la paternité d'Anne –contre toute évidence ?
Est-ce pour préserver l'héritage des enfants légitimes que l'on fait appel à feu Hippolyte, ancien abbé de Firminy –qui se prêtera d'autant mieux à cet arrangement qu'il est lui-même enfant donné et trépassé au demeurant– et parer ainsi (suivant la recommandation de quelque notaire inquiet ?) aux conséquences éventuelles de la confusion familiale révélée par la mort de Bertrand ?

Quelle que soit, en dernière analyse, la nature exacte des relations entre les nombreux enfants, petits-enfants, oncles, tantes, nièces et cousins de Bertrand et d'Anne, on observe –par-delà l'anecdote– que le destin de la famille d'Albon est emblématique d'une époque où, à l'instar de quelques condottieres illustres, beaucoup n'ont pas hésité à exercer leur ambition et leur cupidité au détriment des richesses de l'Église (sinon de sa vocation).

 

Lyon et le pays lyonnais, où la bourgeoisie s'est très tôt assimilée ou substituée à une aristocratie malmenée par les circonstances (ou délivrée, peut-être, de sa "mission historique" ?), ont vu souvent les charges et bénéfices de leurs abbayes confisqués par des familles enrichies, avides de titres et de seigneuries –ce qui ne fut pas de peu d'influence sur l'essor du mouvement de la Réforme et la violence des guerres qui s'ensuivirent.

La confusion du séculaire et du régulier –du civil et du religieux– eut ainsi un impact direct sur les affrontements sociaux, politiques et militaires, qui ont caractérisé l'histoire de la ville à la Renaissance. La bourgeoisie réactionnaire, retranchée dans l'Eglise lyonnaise, a rejeté la bourgeoisie nouvelle humaniste –souvent réformée– et cassé en particulier l'essor des éditeurs et imprimeurs locaux –poussés à l'exil– au prix d'un étouffement de la vie intellectuelle (cf. Les enjeux de la controverse religieuse dans l’imprimerie lyonnaise, Léa Constantin, 2011). La conséquence la plus visible en fut le désert académique : pas d'université à Lyon avant 1896 !

 


La famille d'Albon, d'origine roturière, a fondé son pouvoir sur le compromis passé entre les bourgeois de la Commune lyonnaise, l'Église et le roi, à l'aide –voire à l'initiative– du prince de Savoie, Philippe Ier, et de ses alliés (voir infra). Puis elle a marié ses garçons aux héritières désargentées de la noblesse régionale et placé ses cadets aux postes de responsabilité des établissements religieux (de Guillaume, premier abbé d'Albon en 1415, à Claude, le dernier en 1691, la famille d'Albon a régné sans partage sur l'abbaye de Savigny pendant près de trois siècles !)
Devenue puissante et riche elle connut son apothéose d'une part avec la nomination de Jacques de Saint-André, rejeton d'une branche cadette, maréchal du royaume, d'autre part avec l'accession d'Antoine aux fonctions d'archevêque de Lyon.

 

La branche de Saint-André descend de Gilles d'Albon, fils puîné de Jean d'Albon, seigneur de l'Espinasse, mort avant 1480. Son fils Guichard, seigneur de Saint-André fut chargé par Anne de Beaujeu de réduire à l'obéissance plusieurs places de Guyenne qui favorisaient le parti de Louis, duc d'Orléans. Il mourut en 1502. Son fils Jean, seigneur de Saint-André, partagea le sort de François Ier, captif de Charles Quint, après la défaite de Pavie. Puis il fut nommé gouverneur du Lyonnais, du Bourbonnais et de la Marche et précepteur des enfants de France. C'est ainsi que Jacques (1505-1562), fils de Jean, fut l'ami d'enfance d'Henri II avant de devenir mignon du roi puis Maréchal de France, à l'avènement du prince. [Il apparaît, à ce titre comme, l'un des protagonistes (aux côtés de Jacques de Nemours) du roman de Madame de Lafayette La Princesse de Clèves.]

 

Le père et le grand-père de Jacques de Saint-André ont été les serviteurs fidèles et récompensés de la monarchie dans sa lutte contre les derniers féodaux. Jacques de Saint-André en a été remercié par l'institution à son bénéfice du marquisat de Fronsac –dont on note qu'il se transformera, un siècle plus tard, en duché au bénéfice du cardinal de Richelieu, clerc de circonstance, lui aussi… À vrai dire la fortune du maréchal de Saint-André, lointain descendant d'André d'Albon, ne fut qu'un feu de paille et son unique héritière, Catherine, fille de Marguerite de Lustrac, mourut peu après son père, empoisonnée, dit-on, par sa propre mère. Cette dernière aurait trouvé cet expédient pour s'approprier la fortune de sa fille. Elle espérait de cette manière séduire Louis de Condé (voir supra), dont elle s'était entichée et à qui elle fit cadeau, en pure perte, du château de Vallery qu'avait fait construire (par Pierre Lescot) feu son époux pour abriter ses parties fines… (d'après Lucien Romier : Carrière d'un favori, op. cit. ).


Mais elle ne put ni pérenniser la puissante situation foncière acquise ainsi au détriment des derniers féodaux, ni profiter pleinement de son monopole sur l'église régionale. En effet, la mort du roi Henri II, dont Jacques de Saint-André était le favori, et l'essor de la Réforme ont miné les deux piliers de la famille d'Albon : la faveur du prince et l'autorité de l'Eglise. La répression brutale du mouvement protestant lyonnais, dont Antoine fut l'artisan, a dispersé la part la plus audacieuse de la bourgeoisie nouvelle non sans provoquer la désolation dans les campagnes entourant l'abbaye de Savigny, fief de la famille d'Albon. Enfin la Contre-réforme –engagée pour contenir la montée du protestantisme– et la mise en place de l'état monarchique –qui concluent les Guerres de religion– vont précipiter la séparation à venir entre le temporel et le spirituel et ruiner le népotisme monachique.

 

 

13. Bertrand d'Albon + 1595

14. Guillaume IV d'Albon

15. Henri d'Albon 1447-1502

16. Guillaume II d'Albon

17. Jean d'Albon °1374

18. Guillaume I d'Albon

19. Henri I d'Albon

20. Guy d'Albon,

21. André d'Albon

*& 1584 Jeanne de la Goutte

& 1505 Gabrielle de Saint-Priest

& 1475 Anne de Montmorin

& 1436 Marie de La Palice

& 1415 Guillemette de Laire

& 1373 Alix de l'Espinasse

& 1327 Blanche Richard

& 1288 Marguerite d'Oingt

& Sibille de Moissons


Jane de la Goutte, quant à elle –après avoir continué d'exercer un certain temps, auprès d'Anne de Gadagne, la femme de son ami Pierre, la charge de fille de chambre de madame de St-Forgeux– épouse Benoit de Vernoil, notaire, veuf, de St-Romain de Popey qui se verra bientôt assumer la charge de procureur du tout nouveau marquisat de St Forgeux.

À la mort de sa première femme, Anne de Gadagne, Pierre se remarie (en 1620) avec Marthe de Sassenage, sa cousine qui est également la sœur de son gendre –et la cousine, lointaine, de Jane (voir infra). Elle lui donne bientôt un nouvel héritier, Gaspard (1622).

 

La famille de Sassenage est issue, par-delà la famille de Royans, de Guigues III d'Albon du Viennois, beau-fils d'Inès de Barcelone (voir infra). Elle importera Mélusine dans sa galerie d'ancêtres comme les d'Albon du Viennois ont adopté les dauphins. Gaspard sera le premier seigneur de St-Forgeux à s'intituler marquis, à l'occasion de son mariage (1646) avec Françoise Damas (voir infra) –fille du marquis de Thianges. Il semble bien que le titre de marquis se soit transmis, à l'époque (...de Molière)comme par contagion, non seulement de père à fils et de mari à femme mais également de mère à fils et de femme à mari... Gaspard, petit-fils de baron (de Sassenage) et beau-fils de marquis (de Thianges), ne pouvait y échapper...


À la disparition de son époux, en 1632, Jane –qui ne semble pas avoir donné le jour à d'autre enfant– rejoint le château d'Avauges où elle résidera désormais, en compagnie de Pierre, sa femme et ses enfants ... Pierre meurt, en 1635, et celle qui fut sans doute sa belle-mère (sinon sa compagne...) partage dorénavant, avec sa veuve Marthe de Sassenage, le château d'Avauges et la compagnie des petits enfants de Bertrand –toutes mères confondues.
Guillaume Cluysel, le fils d'Anne d'Albon (et petit-fils présumé de Jane) prendra la succession de son père Antoine, notaire de St-Forgeux, et de son "beau-père" présumé, Benoît de Vernoil, notaire de St-Romain et procureur du nouveau marquisat, tandis que Jane, au terme d'une vie bien remplie, rassemble ses gens, au château d'Avauges, pour leur dicter ses dernières volontés...

Dame Jeanne de la Goutte (1569-1642), veuve de Benoist de Vernoil, notaire et "procureur du marquisat de Saint-Forgeux" rédige et dicte son testament, au château d'Avauges, le 6 mars 1642. Alitée et moribonde, mais "saine de ses sens et mémoire" elle y consacre Marthe de Sassenage, veuve de Pierre d'Albon, seigneur de Saint-Forgeux, comme sa légataire universelle...

À vrai dire, il y a déjà de nombreuses années que les deux femmes (belle-mère et belle-fille... ou belle-soeur, à la mode normande...) règnent en maîtresses sur le château et l'héritage. Si Jane institue Marthe de Sassenage, veuve de Pierre d'Albon, "sa légataire universelle", c'est peut-être une façon pour elle –à l'annonce de la naissance de Marguerite, son arrière-petite-fille– de refermer la parenthèse, voire de faire un ultime pied de nez à "haut et puissant Bertrand, seigneur de St-Forgeux" ...


 

AU NOM DE DIEU AMEN À TOUS PRESENTS ET ADVENIR SCAVOIR FAYSONS
QUE PARDEVANT JACQUES DESABIER NOTAIRE TABELLION ROYAL ET HEREDITAIRE
EN LA SENECHAUSSEE DE LYON DEMEURANT EN LA PAROISSE DE ST ROMAIN DE POPEY
SOUSSIGNE PRESENT À LA DEMANDE DE LADITE MALADE ESTANT DE SA PERSONNE
DAME JANE DELAGOUTTE VEUVE DE FEU MAITRE BENOIST DE VERNOUILLES VIVANT
NOTAIRE DUDICT ST ROMAIN PROCUREUR DU MARQUISAT DE ST FORGEUX LAQUELLE
FAYSANT DE SON BON GRE PURES FRANCHES ET LIBERALES VOLONTES ESTANT EN SON
LICT MALLADE DESBILLE DE SA PERSONNE TOUTTEFOIS SAINE DE SES SENS MEMOIRE
ET ENTENDEMENT DEVANT MATHIAS ET JEAN DE LA MURE SES NEVEUX
PAR PEUR ESTANT AUSSI [...] QUE PUISSE DECEDER SANS MESSE
ET QUE SES BIENS POURRAIENT ESTRE DEPOURVUS DE LEGATAIRES
[...] À FAIT SON TESTAMENT NUNCUPATIF
ET ORDONNANCES DE DERNIERES VOLONTES REDIGE PAR ESCRIT À LA FORME QUE
S'ENSUIT : PREMIEREMENT A FAIT SUR ELLE LE SIGNE DE LA CROIX...
[...]
CE TESTAMENT CASSE ET ANNULE TOUT AUTRE TESTAMENT [...] QUI POURRAIT AVOIR ETE FAIT AUPARAVANT [...]
A NOMME ET INSTITUE DE SA PROPRE BOUCHE SON HERITIERE UNIVERSELLE EN TOUS SES DITS
BIENS MEUBLES ET IMMEUBLES ASSAVOIR HAUTE ET PUISSANTE
DAME MARTE DE SASSENAGE VEUFVE ET HERITIERE BENEFICIAIRE
DE FEU HAUT ET PUISSANT SEIGNEUR MESSIRE PIERRE DALBON
VIVANT CHEVALIER SEIGNEUR DE ST FORGEUX AVAUGES VARENNES [...]

 

Testament de Jeanne de la Goutte

FAIST ET SIGNE AU CHATEAU D'AVAULGES OU RESIDE LADITE
TESTATRICE AVANT MIDY LE SIXIEME MARS MIL SIX CENT
QUARANTE DEUX DEVANT MR ANTHOINE GIRAUD PRESTRE VICAIRE D'ANCY
ME MICHEL DUFOURNEL NTRE DE SARCEY ME CLAUDE BONNET NTRE DEMEURANT AUDIT AVAULGES ESTIENNE TOURET TENANT LA POSTE POUR LE ROY [...]

 

 


 

Si l'histoire de Jane (et Bertrand) est avérée, elle n'est pas sans évoquer l'histoire peu banale -à venir- de Julie, arrière-petite-fille de Pierre d'Albon, qui, amoureuse de son (futur) gendre -et cousin- Gaspard de Vichy, lui donna une fille, Julie de Lespinasse (1732-1776) -qu'ils abandonnèrent, ensemble... à son destin peu commun !

Julie de Lespinasse

Née en contrebande –à Lyon- de Julie d'Albon (1695-1748) et de Gaspard de Vichy (1699-1781), Julie de Lespinasse grandit, dans sa famille naturelle, sans être reconnue par aucun de ses parents... À 15 ans, elle rejoint, à Paris, sa tante paternelle, Marie de Deffand, qui reçoit dans son salon du faubourg Saint-Germain le tout Paris des Lumières –et du libertinage. Les deux femmes rivalisent d'esprit et de charme auprès leurs hôtes qui s'appellent Voltaire et Condorcet, Diderot et Marivaux, Montesquieu et d'Alembert. Julie noue avec ce dernier une amitié profonde qui la conduira –après sa rupture avec sa tante– à ouvrir son propre salon aux Encyclopédistes. Diderot a immortalisé son personnage en en faisant l'héroïne du "Rêve de d'Alembert" cf. op. cit.
Julie de Lespinasse (reniée par ses père et mère) fut à vrai dire le tout dernier rejeton –et l'ultime marquise, apocryphe !– de la famille de Saint-Forgeux (si l'on oublie le dernier rameau, greffé à la Restauration, de la branche de Saint-Marcel)
.


 


 

La famille de la Goutte

Gabriel, Louis et Léonard –dont on a vu la fin tragique– sont les premiers représentants de la famille de la Goutte, identifiés sur le registre paroissial de Saint-Forgeux et Affoux où vivaient Louis et Léonard de La Goutte.

 

 

 

8

 

 

Claude de la Goutte °1663

 

 

8

 

& 1695

Marguerite Guillon

9

 

Anne-Marie Boulard

9

 

Jean Guillon

9
Antoine
de la Goutte °1623
Jeanne Josserand
10
Marguerite Cluysel °1642
10
Jacques Boulard
10
Pierre
de la Goutte
Claudine Giroudon
11
Guillaume Cluysel
11
Benoîte Bourdillon
11
Pierre
de la Goutte
Catherine Faurot
12
Anne d'Albon
12
Jean
de la Goutte
Louyse Faurot
13
Jeanne
de la Goutte
°1569
12
Ancelly Dufournel
°1571

 

 

 

13

Léonard
de la Goutte
+1569

Louys
de la Goutte
+ 1569

 

 

14

François
de la Goutte & Claude

Barthélémy
de la Goutte
& Jane

13

Anne
de la Goutte
°1544

14
Philibert de la Goutte
& Gabrielle
Benoist
de la Goutte
15

 

Gabriel de la Goutte

 

Extrait du registre paroissial de Saint-Forgeux (et Affoux)

 

Nés avec le siècle, ils sont également les derniers héritiers de la branche aînée des Saint-Jean de la Goutte –anciens seigneurs de Panissières– devenus seigneurs de la Goutte d'Amplepuis à la suite du mariage (en 1311) de Guillaume, vassal du comte de Forez, avec Alice, fille de Girin de Lorgue –seigneur de la Goutte d'Amplepuis– et d'Anglésie de Montagut (voir infra).
Ils sont encore les premiers de la lignée, rendus officiellement à la roture après la cession du fief de la Goutte par Antoine de Saint-Jean, leur père, grand-père ou grand oncle... Peut-être leur refus de se mettre à l'abri devant les ravages de Navarre, Condé et Coligny tient-il ainsi à un mouvement de nostalgie –voire un retour d'humeur guerrière ?


16. Anthoyne de Saint-Jean, vivant en 1476 (Varax, ibidem), est le dernier seigneur de la Goutte d'Amplepuis. Le domaine passe ensuite à Marguerite de Cucurieu, épouse de Pierre de Mars, puis, en 1502, à Pierre II d'Urfé –qui en rattacle la justice à celle de Champoly ! Désormais les restes de la dîmerie de la Goutte, trop souvent morcelée, ne suffisent plus à entretenir tous les enfants d'une famille prolixe. Des alliances nouvelles avec des héritières plus ou moins bien dotées élargiront le champ de diffusion de l'ancienne famille qui, de bon gré ou par la force des choses, a renoncé à préserver son fief.
La famille (Saint-Jean) de La Goutte s'installe alors sur les hauteurs de Saint-Forgeux et St-Romain, Affoux et Ancy, où elle s'enracine et se multiplie –sous les deux patronymes– partageant le voisinage et le commerce des familles Cluysel et Vernoil, retournées elles aussi à la roture (voir supra).

17. Anthoyne de Saint-Jean, seigneur de la Goutte en 1409.

18. Hughes de Saint-Jean, seigneur de la Goutte en 1397.

 

 

 

Saint-Jean de Panissières
Illustration de l'Armorial de Guillaume Revel, © La Diana

" Saint-Jean-de-Panissières, aujourd'hui Panissières, gros bourg des Monts du matin, longtemps réputé capitale de la cravate, consacrait déjà au XVe siècle l'essentiel de son activité au tissage. Il apparaît en 919 (Sancte Johannes Baptistae Exartropetri) comme dépendance de la riche abbaye lyonnaise de Savigny et du prieuré de Montrottier. L'administration de cette communauté fut confiée à la fin du XIe siècle à un viguier qui forma une lignée [voir infra]. " Bulletin municipal.

 

 

 

19. Geoffroy de Saint-Jean (+ 1384), docteur ès droits seigneur de la Goutte épouse Agnès de Beaucèvre. Il teste en 1364 en faveur de noble Hughes, son fils (Paul de Varax, op.cit.) .

" En 1384 Damas de Beaucèvre (père d'Agnès) lègue à son petit-fils Hughes de Saint-Jean la grange de la Ronzières (près de Saint-Marcel de Félines) " Perroy, op. cit.

Geoffroy de Saint-Jean ouvre également le chemin à une lignée cadette de notaires qui fera souche à Montrottier (Étienne des Gouttes, en 1359 et 1371, puis Jean, Antoine et Bertrand). Etienne est châtelain de Chamousset en 1431. La famille s'installe ensuite à Yzeron jusqu'à Jacques des Gouttes de la Salle, qui acquiert la baronnie d'Yzeron d'Antoine d'Albon, archevêque de Lyon (cf. supra, l'Araire n°82, Jouvencel et d'Herbigny, op. cit.).

20. Guillaume de Saint-Jean épouse, en 1311 Alice, fille de feu Girin d'Amplepuis, seigneur de la Goutte, ex-gouverneur de Navarre, sénéchal de Beaucaire et de Carcassonne. Alice d'Amplepuis veuve de Péronin de Foudras transmet à son nouvel époux la seigneurie de la Goutte, héritée de son père.

Jean de Saint-Jean (son frère?) (rétro-)cède en 1308 le fief et la censive de Panissières au comte de Forez, Jean Ier. Édouard Perroy (op. cit.) note également dans les générations précédentes :

21. Hughes, chevalier, de Saint-Jean de Panissières <1308 ;

22. Guillaume de St-Jean de Panissières épouse, en septembre 1272, Catherine de Charentène ;

23. Hughes de St-Jean de Panissières (1238) ;

24. Étienne de St-Jean de Panissières (1197) ;

[25-]26. Étienne de St-Jean de Panissières, le premier du nom qui ait laissé une trace dans les archives de l'abbaye de Savigny [cartulaire, 1086-1121], était en 1121 chevalier de Savigny, viguier et seigneur du château de Panissières.

Il eut maille à partir avec les abbés qui l'accusaient de s'être approprié des revenus de l'église et "fut contraint de renoncer à ses usurpations en 1127 par le prieur de Montrottier" (voir infra).

 

 

Les chevaliers de Savigny

 

Musée lapidaire de l'abbaye de Savigny

 

La fin du 10ème et le début du 11ème siècle sont marqués, dans les provinces du Lyonnais, Forez et Beaujolais, par l'émergence d'une chevalerie héréditaire, nouvelle classe sociale née d'un "compromis historique" entre l'Église et les seigneurs de guerre.
Les Chevaliers de Savigny ont constitué une confrérie originale, préfigurant –d'une certaine façon– les ordres de moines soldats à venir. Il s'agissait en effet d'une alliance vertueuse, entre le sabre et le goupillon, à vocation défensive, née, dans le courant du 10ème siècle, de la nécessité, pour les abbés, de résister aux razzias barbares corollaires à l'effondrement de l'empire carolingien.
L'abbaye de Savigny qui –dans la tradition d'Aniane– a contribué puissamment à perpétuer l'héritage culturel et religieux du Bas Empire romain –en un lieu stratégique de l'Europe médiévale– fut en effet confrontée, à l'approche de l'an mil, à une triple pression normande, sarrazine et hongroise (sac de l'abbaye par les Hongrois en 934, rapt de l'abbé Mayeul de Cluny en 972).
Elle inventa alors une forme originale d'organisation du territoire qui mêlait la tradition romaine des alleux (ou francs fiefs) confiés aux vétérans à l'usage germanique de l'aveu de vassalité, rapportés l'un et l'autre aux biens de l'église.
Le cartulaire de Savigny (charte 430) nous apprend en effet que douze églises –qui dépendaient directement du prieuré fortifié que l'abbaye avait fondé à Saint-Martin de Perkulis (Montrottier)– étaient organisées comme les noyaux d'un glacis défensif de la maison mère et confiées à l'autorité d'autant d'hommes liges ou chevaliers de l'abbaye .
L'ambiguïté du modèle va cependant se révéler dans la multiplication des conflits qui vont surgir –une fois la menace des envahisseurs éloignée– entre les familles chevaleresques de la confrérie et la maison mère soucieuse de récupérer ses terres...
On vient de mentionner le conflit qui a opposé Etienne de Saint-Jean à l'abbaye de Savigny ; on relève également le différend qui sépare, à la même époque, Savigny et les seigneurs de Lay –dans le cadre, très certainement, de la progression de l'influence locale des seigneurs de Beaujeu (voir infra).

" Dans le Xème siècle, l'écharpe de l'abbaye de Savigny mentionne le "mas de Lay", et, au siècle suivant, on constate que cette localité était la propriété d'une puissante famille chevaleresque qui en portait le nom. Plusieurs chefs de cette famille, appelés Aymon, sont célèbres par leurs démêlés avec l'abbaye de Savigny. Certains d'entre eux revendiquèrent leurs droits les armes à la main, et exercèrent des déprédations sur le prieuré de Régny et les fermes bénédictines que l'abbaye possédait dans la région. Vers 1120, enfin, la maison de Lay ayant donné un abbé à Savigny, un accord intervint entre lui et son frère Aymon. " Paul de Varax, op. cit.

La résolution des différends et l'instauration d'une co-existence pacifique –entre les clercs et les chevaliers– se verront ainsi facilitées par une large ouverture du chapitre de l'abbaye aux cadets des familles du crû (Lay, Varennes, Talaru, etc.)
On assistera alors à un retour, plus ou moins spontané, d'une partie des biens cédés à leur propriétaire d'origine et/ou à la perpétuation des situations acquises, instaurant une nouvelle classe sociale, désormais héréditaire, de chevaliers. Cette redistribution du pouvoir politique, consécutive à une réorganisation du territoire, elle-même corollaire d'une redéfinition des frontières entre civil et religieux –séculaire et régulier– trouve son expression exemplaire dans le devenir des familles, alliées, de Saint-Jean, de Lay, de Bully, de Varennes, voire de Lorgue .

On évoquera, ci-dessous , le destin "exemplaire" d'un rameau de la famille de Varennes –dont la souche est originaire du Charolais où elle est longtemps restée proche des Beaujeu et des Semur– relaté de façon pittoresque par Auguste Bernard.

" Vers la fin du XIe siècle, un des paroissiens de l'Abbaye de Savigny, le seigneur Itier de Bully, qui tirait son nom d'une localité voisine du monastère, fit, au moment de mourir, donation à ce dernier de tous les biens qu'il possédait entre la Saône, la Loire et l'Azergue (comme dot d'un de ses fils qu'il voulait faire recevoir moine).
Lorsque Guy, fils d'Ythier de Bullieu, entre comme moine à l'abbaye de Savigny, Ythier teste en faveur de l'abbaye, stipulant que tous ses biens reviendraient à cette dernière dans le cas où ses autres fils mourraient sans descendance.
La donation fut approuvée par les quatre fils d'Itier de Bully : Achard, Guillaume, Hugues et Guy. Ce dernier, qui était clerc, et qui tenait l'église de Bully en fief de son père, la remit lui-même à l'abbaye en se faisant recevoir moine. La donation d'ltier de Bully fut confirmée peu après par l'archevêque Hugues et les chanoines de son église. Cette confirmation eut lieu en présence d'Humbert [II] de Beaujeu, patron né de Savigny, et de quelques autres.
Après la mort de leur père en 1095, Achard et Hugues, répondant à l'appel d'Urbain II et de Pierre l'Ermite, s'engagent dans la première croisade (1095-1099) et périssent tous deux en Terre Sainte.
Vers 1110, Guillaume, le dernier fils, meurt à son tour sans postérité. L'abbaye se dispose alors à prendre possession de son héritage, mais c'est sans compter sur Étienne de Varennes qui a épousé la fille d'Ythier...
Étienne de Varennes conteste en effet les dispositions testamentaires d'Ythier et réclame toute la succession des Bullieu. Dans un souci d'apaisement, l'abbé de Savigny abandonne à Étienne de Varennes les trois quarts de la succession mais ce dernier s'empare du tout par la force ; il fortifie une grange située sur la route de Savigny et y établit une garnison chargée de rançonner les gens de Savigny. Cette maison forte est connue aujourd'hui sous le nom du "Péage".
À son tour, l'abbé va recourir à la force, s'emparer de la maison forte et la détruire. L'archevêque de Lyon excommunie alors les religieux de Savigny. Guichard III de Beaujeu, suzerain d'Étienne de Varennes et protecteur de l'abbaye, intervient pour mettre un terme au conflit. On parvient à l'accord suivant : l'abbaye abandonne à Étienne de Varennes le château et les terres de Bully et ce dernier cède à l'abbaye l'église et tous ses biens et renonce à son droit de péage.
C'est ainsi que la famille de Varennes entra en possession des terres et du château de Bully."

On voit ici comment un conflit local –sur fond de croisade– en vient à mobiliser les seigneurs du voisinage, l'archevêque de Lyon et bientôt le pape ! Ce n'est à vrai dire qu'une première passe d'armes qui connaîtra de nombreux rebondissements, tout au long du siècle à venir, confrontant, selon des figures variées, sires de Beaujeu, comtes de Forez, abbés de Savigny et archevêques de Lyon.

"La mère de la femme d'Étienne des Varennes avait épousé, légitimement, en premières noces, un nommé Hughes mais elle se conduisit, dit-on, d'une façon si scandaleuse avec un parent de celui-ci –qu'on ne nomme pas, mais qui pourrait bien être Itier de Bully lui-même [le père de son mari]– que son mari fut forcé de la répudier. Aussitôt Itier de Bully, quoique déjà père de quatre enfants légitimes, la prit pour femme –du vivant même de son mari– et en eut cette fille, dont la naissance fut ainsi entachée d'un vice originel (la donation de ses biens à l'abbaye par Itier de Bully avait peut-être pour but l'expiation de ce scandale).
Quant à Étienne il était fils de Gausmar des Varennes et, comme lui, homme de l'Abbaye. Il épousa la fille d'Itier, peu de temps après la mort de celui-ci, et quoi qu'elle fût, dit-on, sa proche parente, peut-être avec l'arrière pensée de réclamer l'héritage en question...
Quoi qu'il en soit, aussitôt après la mort de Guillaume, soit le dernier des fils laïques d'Itier de Bully, Étienne des Varennes commença â mettre en avant ses prétentions sur l'héritage paternel. Passant ensuite des paroles aux effets, il s'empara par la force des propriétés objet du litige. Ceci se passa sous l'abbé Ponce (de Lay), qui cependant était tout disposé, dit le Cartulaire, à rendre et à recevoir justice.
Voyant cela, tous les moines réunis en assemblée firent une proclamation contre Étienne. Ils y disaient que celui-ci avait injustement ravi des biens donnés à saint Martin (c'était le patron de l'abbaye de Savigny) et ils en appelaient à Dieu, afin qu'il daignât leur faire pleine justice d'une si grande iniquité.
Ce moyen n'ayant pas obtenu succès auprès d'Étienne, Ponce, voulant avoir la paix, lui céda malgré l'opposition des moines, trois parts de l'héritage et entre autres choses, le cimetière de Bully.
Mais Étienne, loin de se montrer reconnaissant d'un tel bienfait, força le fermier de la quatrième partie à lui faire hommage et occupa le terrain. En outre, Étienne fortifia une maison que son père avait fait bâtir près de l'abbaye et dans les possessions même de cette dernière, pour abriter ses troupeaux, l'entoura d'une palissade et d'un fossé la flanqua de tours en bois et d'autres ouvrages de défense, et de là contraignit par des menaces et des violences les colons de l'abbaye à le servir.
Ému de ces injustices, l'abbé Ponce donna un avertissement à son homme Étienne, afin qu'il lui fît droit; ce que ce dernier négligea longtemps de faire. Cependant, sur le conseil de ses amis, il donna des otages, et on fixa un jour pour le jugement de cette affaire dans la cour de l'abbaye. Les juges constitués, la cause entendue des deux parts, donnèrent cette sentence : "qu'Étienne rendrait à l'abbé la maison fortifiée pour que celui-ci en fît détruire ce qu'il lui plairait, et qu'il permettrait que, dans Ie cimetière susdit, entre sa maison et l'église, un chemin fût fait pour les chapelains de l'église."
Mais Étienne différa longtemps d'exécuter ce jugement ; enfin, il livra, non sans peine, la maison fortifiée à l'abbé. Mais quand celui-ci eut commencé d'ouvrir le chemin dans le cimetière, comme c'était convenu, Étienne assaillit, à main armée, les moines qui étaient présents, leur lançant à la fois des traits et des paroles outrageuses. Puis, quittant ce lieu, il courut à sa maison fortifiée, en chassa les gardiens de l'abbé, et ne cessa de ravager les terres de l'abbaye. Entre autres maux, il envahit un oratoire dans lequel six moines vivaient religieusement et les jeta dehors.
Celui-ci, les insultant saccagea tout ce qu'ils avaient. Les choses allant toujours croissant, l'archevêque s'interposa comme médiateur, réclama, reçut des otages de part et d'autre, fixa un jour de plaid. Les juges constitués déclarèrent de nouveau que la maison fortifiée serait rendue, et que l'abbé la garderait autant de temps qu'Étienne l'avait prise. La forteresse fut remise à l'abbé, mais non complètement. En effet, Étienne lui-même, avec ses soldats et ses balistaires, et toute sa famille, resta dans la forteresse et, jour et nuit, par des paroles injurieuses et des menaces, il provoquait à la sédition et au combat les hommes de l'abbé. L'abbé porta plainte auprès de l'archevêque au sujet de cette trompeuse et dangereuse investiture ; il n'en obtint aucune justice. Alors, voyant que les dépenses de la garde de la forteresse excédaient ses ressources, sur le conseil et avec l'aide de ses amis, il la détruisit.
L'archevêque, ému de cela plus que de raison, excommunia l'abbé et les moines, et les églises de son évêché qui appartenaient à l'abbaye ; il retint aussi des otages, voulant par là contraindre l'abbé à réédifier cette caverne de voleurs.
Dans une telle extrémité, l'abbaye en appela au pape mais, comme la réponse pouvait se faire attendre longtemps, quelques voisins s'entremirent entre les parties ce furent l'évêque de Mâcon, Bernard, qui avait été précédemment archidiacre de l'église de Lyon, Guichard de Beaujeu, Guy d'Oingt, et Bérard, archidiacre de Mâcon. Quoiqu'ils ne soient pas nommés dans l'acte, c'est bien eux qui rendirent le jugement suivant, comme nous l'apprenons de la bulle du pape qui vient ensuite."

"Qu'il soit notoire à tous que le plaid entre le seigneur Ponce, abbé de Savigny, et ledit Étienne de Varennes, a été ainsi jugé en termes formels : que les trêves que l'abbé a considérées comme rompues soient rétablies, et que le principal de la rapine soit rendu ; qu'ensuite Étienne retourne à la cour de l'abbé, afin qu'il fasse ce qui sera juste. Ensuite il a été jugé que si, par témoignages véridiques, il peut être établi dans la cour de l'abbé que la mère de la femme d'Étienne, après avoir épousé Hugues, commit un adultère avec un parent de ce même Hugues -ce qui entraîna son divorce d'avec son mari- et que, lui vivant, Itier de Bully la prit pour femme, la susdite épouse d'Étienne, sa fille, n'a point de droit à son héritage, et qu'Étienne revienne à la cour de l'abbé, afin de faire droit. Et si, entre Étienne et sa femme, il existe une ligne de parenté, ainsi qu'il a été dit par quelques-uns, et que cela se puisse prouver par témoins devant l'archevêque, il a été jugé qu'il délaisse également la femme et qu'il revienne à la cour de l'abbé, afin qu'il fasse droit. [...].
Pour ce qui regarde le péage qu'Étienne percevait injustement, il est jugé qu'il l'abandonne entièrement, et qu'il rende, par les mains de l'abbé, à ceux de qui il l'a exigé, ce qu'il en a reçu, et qu'il fasse droit à l'abbé. Touchant la forteresse qui fut faite dans les Varennes, et contre laquelle s'est élevé l'abbé, il est ainsi jugé que tout ce qui fut édifié depuis l'hommage fait à l'abbé Dalmace par Gausmar, père d'Etienne, soit entièrement détruit et ne soit plus rebâti. "

C'est évidemment à la suite de ce jugement, et pour clore le débat définitivement, que le pape (Pascal II, 1099-1118) adressa aux chanoines de Lyon la bulle suivante :

" Pascal, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, à ses chers fils, chanoines du Chapitre de Lyon, salut et bénédiction apostolique. Nous avons reçu la plainte des frères de Savigny touchant le château des Varennes. Nous pensons que les otages ont été demandés à tort et contrairement à l'usage des jugements ecclésiastiques, et que le château élevé près du monastère, a été, au contraire, bien et dûment détruit, ce château, ni aucun autre, n'ayant dû être et ne pouvant être élevé ultérieurement au préjudice du monastère.
Nous décrétons que le cimetière de BuIly restera au monastère libre et entier, ainsi qu'il fut donné par l'église de Lyon. Quant à l'accord délibéré entre l'abbé et Étienne des Varennes, par les soins de l'évêque de Mâcon, de Guichard de Beaujeu, de Guigues d'Oingt et de Bérard, archidiacre de Mâcon, si ledit Étienne veut l'observer, qu'il cesse toute vexation ou hostilité à l'égard du monastère. Autrement, qu'il soit soumis, comme contempteur (de l'Église), à la vengeance canonique. Donné â Latran, le 5 des ides de décembre. "

On remarquera que cet acte, où le pape évite de nommer l'archevêque de Lyon qui avait mis Savigny et les églises dépendant de cette abbaye en interdit, n'est pas daté, il porte seulement donné te 5 des ides de décembre. Toutefois, nous avons la certitude qu'il n'est pas postérieur à 1117, car Pascal II mourut le 21 janvier 1118. [...]
Je dirai maintenant un mot, en terminant, sur le lieu principal du conflit. II me semble devoir être fixé à l'endroit qu'on appelle encore aujourd'hui le château du Péage, situé à peu près au centre du carré formé par Savigny, l'Arbresle, Bully et le bois de Varennes, auquel la famille d'Étienne empruntait son, nom, et auprès duquel se trouvait sans doute un manoir seigneurial.
Ce château, qui doit sans doute son nom au péage exigé par Étienne des Varennes, avait succédé, comme on a vu, à la maison qu'avait fait lever Gausmar, père d'Étienne de Varennes, pour abriter ses troupeaux en temps d'orage." Auguste BERNARD, op. cit.


 

Le péage de Savigny

 

 

 

 

La seigneurie de la Goutte d'Amplepuis

 

Bayère, Balmont, Varey, Varennes, Bourdillon, Dufournel, Dutel, Cluysel, Garrelon, Saint-Jean, Fenouillet, Vernoil, la Goutte, etc. sont autant de patronymes, hameaux, mas ou fiefs de l'arrière pays de Tarare et Amplepuis, Saint-Forgeux, Ancy et Saint-Romain de Popey, aux abords du mont Arjoux et des Montagnes du Matin, qui ont mêlé la postérité des familles chevaleresques, issues de la plaine du Forez et des monts du Beaujolais, à celle des familles bourgeoises lyonnaises, émergentes, en quête de seigneuries.
Les premières se sont d'abord installées aux alentours de la riche et puissante abbaye de Savigny, pour en défendre la prospérité contre les Normands, Hongrois et autres Sarrazins, brigands, pillards et mercenaires en goguette, puis, une fois la paix établie dans la région, elles ont élaboré une façon nouvelle d'occuper et de mettre en valeur le territoire, substituant aux réserves comtales d'exploitation extensive, cultivées par des serfs, des colonies de défrichement impulsées par les seigneuries de proximité.

*

Amplepuis est à la rencontre entre le Forez et le Beaujolais, la Loire et la Saône, à la jonction de trois vallées. Si ce n'est pas un lieu de passage à proprement parler, c'est en tous cas un formidable repère, centre d'observation et de surveillance tous azimuts [ce qui n'a pas échappé aux occupants allemands qui ont installé pendant la deuxième guerre mondiale, un centre de radars sophistiqué à la source du Rhins].
Amplepuis et son arrière-pays des Monts du Matin sont comme un paysage secret, caché dans un repli de la montagne beaujolaise, au point que même de vieux Lyonnais avouent parfois ne pas savoir où les situer ! La Loire et la Saône, qui encadrent le massif montagneux de leurs cours parallèles, coulent en effet en sens inverse : c'est bien assez pour désorienter les voyageurs, égarer les envahisseurs et rebuter les touristes !
La famille de la Goutte est une antique famille chevaleresque du Beaujolais. Sa rente noble, située à Amplepuis autour du château homonyme, s'est étendue, le long de la ligne de séparation des eaux, entre Saône et Loire, des environs de Ranchal jusqu'aux confins du territoire de l'abbaye de Savigny, sur les hauteurs surplombant Joux, Tarare et Saint-Forgeux.


20. Guillaume de Saint-Jean épouse, en 1311 Alice d'Amplepuis, fille de feu Girin, seigneur de la Goutte.
Alice d'Amplepuis –veuve de Péronin de Foudras– transmet à son nouvel époux, Guillaume, puis à son fils, Geoffroy, la seigneurie de la Goutte, héritée de son père (E. Perroy et G. Fouillant, op. cit.).
L'alliance qui se noue ainsi –entre la famille de Lorgue et celle de Saint-Jean– s'inscrit, de fait, dans le mouvement de rapprochement engagé entre la mouvance de Cluny et celle de Savigny ; elle accompagne, bon gré mal gré, le projet de mainmise du comte de Forez –cornaqué par le roi de France– sur la région lyonnaise.

21A. Girin d'Amplepuis (°~1235, +~1288), père d'Alice, a été présenté par de La Chesnaye comme le "fils de Guichard [V] de Beaujeu" (Bib. op. cit.), mais Gabriel Fouillant, se fondant sur les travaux d'Edouard Perroy (ibidem), a établi qu'il était né de Bompar de Lorgue, prévôt d'Amplepuis. Si Girin ne fut pas le fils de Guichard V, il fut très probablement, le petit-fils de Guichard IV –ce que confirmeraient les armes de Sybille de Hainaut (épouse dudit Guichard) qu'il arbore rehaussées d'une brisure de cadet lorsqu'il est nommé gouverneur de Navarre, en 1277.

Armes de Hainaut

Sceau de Girin

Il serait ainsi le fils de Marguerite de Beaujeu, neveu, par alliance, de Thibaut Ier de Navarre (le Chansonnier) et cousin de Jeanne, reine de Navarre –épouse à venir de Philippe le Bel– dont il sera le bailli.
Chevalier, seigneur de la Goutte d'Amplepuis et de Souternon en Forez, Girin est également vassal et familier de Renaud de Forez –qui par son épouse, Isabelle de Beaujeu, devient son cousin germain. Il sera au demeurant nommé exécuteur testamentaire et couché sur le testament de leur fils, Guy VI de Forez (cf. Perroy, op. cit.).

Ses armes se trouvent dans la grande salle de la Diana (1295), à Montbrison, où elles évoquent, non loin de celles de Jeanne de Navarre, leur filiation commune (cf. E. Salomon, Les châteaux historiques du Forez). On les attribue parfois à la famille de Lévis qui n'apparaît pourtant dans la région qu'au 15ème siècle ! (Eustache de Lévis-Cousan, 1443). Il n'est pas impossible, au demeurant, que Pierre de Lévis, évêque de Maguelone (1305-1309) –le premier des Lévis, semble-t-il, à arborer lesdites armes– les aient empruntées à Anglésie de Montagut –veuve de Girin d'Amplepuis et mère Thibaut de Lévis-Montbrun (pupille dudit évêque)– avant de les transmettre à la lignée de Florensac (voir archives de Léran)...


 

 

Le château de Souternon

Illustration de l'Armorial de Guillaume Revel, Copyright - La Diana

 

Enfin, Girin est le frère ou le cousin germain de Nicolas de Lorgue, Grand Maître de l'Ordre des hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem (1278-1284) ainsi que le cousin germain putatif de Guillaume de Beaujeu-Montpensier, Grand Maître de l'Ordre du Temple et de son frère Humbert, connétable de Philippe le Hardi.

On le voit, Girin tout proche du pouvoir est au cœur des bouleversements qui agitent alors la Région lyonnaise (révolte des bourgeois contre l'Église), le Royaume de France (annexion du Languedoc et de la Navarre), voire la Chrétienté (ultimes chevauchées de moines guerriers en Terre sainte avant la chute de Saint-Jean d'Acre).

 

L'avenir des Croisés en Terre Sainte se joue alors, dans l'héritage des éphémères Empereurs latins d'Orient, entre le pape et les rois de Sicile, Charles d'Anjou et le roi d'Aragon –voire les Lusignan et les Beaujeu...– en particulier lors des deux conciles convoqués à Lyon, dans le courant du 13ème siècle. La journée des Vêpres siciliennes marque la fin des rêves orientaux de la famille d'Anjou et le début d'un rééquilibrage des influences en Méditerranée autour des deux pôles grec et aragonais. L'affrontement consécutif entre la famille de Barcelone et la famille de France, accompagnera le déclin de la famille d'Albon du Viennois au profit des comtes de Savoie et de leurs alliés.

 

Girin d'Amplepuis est à vrai dire l'un des tout premiers grands commis royaux qui inaugurent le service de l'État. Né dans le sérail, il fait ses classes au service de Philippe le Hardi qui le nomme, en 1272, viguier de Lyon, après les émeutes qui ont embrasé la ville. Satisfait sans doute de sa gestion de l'affaire, le roi de France lui confie ensuite, en 1275, le soin d'assister Humbert de Beaujeu connétable et frère de Guillaume, maître du Temple– qu'il a chargé de pacifier la Navarre où vient d'éclater un violent conflit entre bourgeois et ricos hombres. Il s'y voit bientôt nommé bailli de la reine, châtelain d'Estella (1277-1279) puis gouverneur du pays (1281-1283). On le trouve ensuite, de 1284 à 1287, sénéchal de Beaucaire et Nîmes puis, en 1287, sénéchal de Carcassonne où il participe à la mise en valeur d'un territoire désormais rattaché à la couronne de France.

Sa mission en Navarre l'a conduit à faire la connaissance de Bernard de Montagut, comte d'Astarac, qui se revendique vassal de la reine Jeanne et se joint à la troupe d'Humbert de Beaujeu. Petit-fils de Centulle d'Astarac –l'un des glorieux vainqueurs de Las Navas de Tolosa (juillet 1212)–, Bernard de Montagut (+1294) appartient à la descendance des rois de Gascogne et Navarre et des princes d'Aquitaine.

 

Centulle d'Astarac est également le défenseur malheureux de Marmande (juin 1219). Fidèle au comte de Toulouse, il y a assuré le commandement de la garnison assiégée par Louis VIII, mais, surpassé par le nombre des assaillants, il fut contraint de rendre la place avant d'assister impuissant au massacre de toute la population.

 

La chanson de la croisade albigeoise

 


Apres venc a Tholoza lo valens coms joves
Per defendre la terra e per cobrar l'eres.
E los coms n'Amaldrics s'en vai en Agenes
Ez ac en sa cumpanha cavalers e clergues
E'ls baros de la terra e'ls crozatz e'ls frances


S'es lo coms n'amaldrics devant marmanda asses
Mas el s'en penedra, si lo reis no i vengues,
Car la vila gardavan Centolh d'Astaragues,
Us rics valens coms joves, ben arditz ez apres.

Apres no tarzec gaire qu'es lo temps avengutz
C'ardimens e folatges los a totz deceubutz.
Que'l filhs del rei de fransa lor es aparegutz
Ez a en sa companha vint e cinq melia escutz
De cavaliers mirables ab los cavals crinutz
E foron li detz melha ilh e'ls cavals vestutz
Del ferr e de l'acier qu'es resplandens e lutz
E de cels c'a pe foron es lo comtes pergutz
Emenan las carretas e'ls arnes e'ls condutz
E perprendon las plassas e las ortas e'ls frutz.


La primeira batalha qu'ilh los an combatutz
Los fossatz e las lissas lor an pres e tolgutz
E'ls pons e las barreiras debrizatz e fondutz.
Ez apres la batalha es parlamens tengutz
Per que cels de la vila cujan estre ereubutz,
C'ab volontat saubuda et ab covens saubutz
Lo coms centolhz e l'autri se son al rei rendutz
Dedins lo trap domini on es li or batutz
Li prelat de la Gleiza son al rei atendutz
E li baro de Fransa denant lui assegutz
En un coichi de pali s'es lo reis sostengutz
E pleguet son gant destre que fo ab aur cosutz
E l'us escoutec l'autre e lo reis semblec mutz.
Mas l'avesques de santas qu'es ben aperceubutz
Devant totz se razona e fo ben entendutz
"Rics reis ara't creih joya e honors e salutz
Del regeime de fransa est ichitz e mogutz
Per governar la Gleiza e las suas vertutz
E pos la santa Gleiza governas e condutz,
Aisit manda la gleiza e per re no o mutz
Que tu redas lo comte quez a tu ses rendutz
Al comte d'Amaldric car si es covengutz
Que larga o que'l penda e tu que len aiutz.
E lhiura li la vila per eretges saubutz,
Que la mort e lo glazis lor es sobrevengutz."
Ditz lo coms de Sent Pol qui sen es irascutz:
"Per Dieu ! Senher navesques, non seretz pas crezutz
Si lo reis ret lo comte quel sia confondutz !
Lo barnatges de fransa ner totz temps abatutz !"
Ditz lo coms de Bretanha: "Pos quel fo receubutz
Falhira la corona sil coms es deceubutz."

210 (11-15)

 

 

210 (22-25)

 

 

212 (23-32)

 

 

 

 

 

212 (36-67)


Quand Raymond de Toulouse, rejoint sa capitale,
Pour défendre la terre dont il vient d'hériter,
Amaury de Montfort chevauche en Agenais,
Escorté de ses clercs et nombreux chevaliers,
De barons du pays et de croisés français.

La troupe de Montfort campe devant Marmande,
Mais ne saurait la prendre sans l'aide du roi Louis !
Car le comte d'Astarac en assure la défense,
Le valeureux Centulle, jeune et bouillant guerrier.

Mais le jour décisif est bientôt arrivé
Qui va mettre à l'épreuve l'ardeur des combattants
Car le prince de France fait son apparition.
Vingt-cinq mille écuyers en constituent l'escorte
Montés sur de puissants et nobles destriers
Et dix mille chevaliers aux cuirasses luisantes
Dont le fer et l'acier brillent de tous leurs feux.
Ils sont accompagnés d'une foule innombrable
Qui pousse les charriots chargés des provisions
Et s'installe bientôt tout autour de la ville.

Dès le premier assaut les fossés et les lices
Sont soudain envahis par la piétaille armée,
Les ponts sont emportés, les barrières renversées,
Si bien que la défense, surprise et débordés,
Se voit bien obligée de demander la trêve
Pour négocier la reddition et sauver la population.
Le comte d'Astarac et ses compagnons
Se sont alors rendus au pavillon doré
Où, parmi la foule des prélats
Et des barons français,
Le prince royal est installé, sur un coussin de soie,
Son gant d'or à la main.
Attentif et silencieux, le prince prête alors l'oreille
Aux avis de l'évêque de Saintes
Que chacun écoute avec respect :
"Grand roi, dit le prélat, joie, honneur et salut à toi !
Tu es venu du Royaume de France
À la demande et requête de la Sainte Église
Pour en restaurer ici l'autorité et la vertu.
C'est ainsi que tu dois remettre
Ton prisonnier le comte d'Astarac
Au comte Amaury de Montfort,
Qu'il le brûle ou qu'il le pende !
Et livre lui la ville et tous ses habitants
Qui sont des hérétiques, pour qu'il les mette à mort."
Le comte de Saint-Pol s'emporte, courroucé :
"Par Dieu, monseigneur, on n'en croit pas ses oreilles !
Si le roi livre le comte, il sera confondu !
Le barnage de France en serait humilié ! "
Le comte de Bretagne renchérit : "Centulle s'est rendu
Et le roi se forfait s'il livre son prisonnier..."

" Per Dieu ! Bels senher reis, si dreitz es conogutz,
Lo coms ni sa mainada non er mortz ni perdutz ;
Qu'el non es pas eretges ni fals ni descrezutz ;
Ans a la Crotz seguida els seus dregs mantengutz.
Sitot s'es vas la Gleiza malament captengutz,
Car el non es eretges ni de la Fe tengutz,
Glieiza deu be reecebre lo pecador vencutz,
Que l'esperitz no's perda ni sia confondutz.
En Folcautz a Tholoza es pres e retengutz
E si lo coms se dampna'n Folcaut sera pendutz.
–Bels senher n'arsevesques, vos ne seretz crezutz",
Ditz Guilelmes de Rocas, "que'l coms non er destriutz",
"Ans er'n Folcautz pel comte lhiuratz e rezemutz."
En aquesta maneira es lo coms remazutz
Ab quatre baros d'autres. E leva'l critz e'l brutz
E corron vas la vila ab los trencans agutz.
E comensa'l martiris e'l chaplamens temutz,
Que'ls baros et la donas e los efans menutz
E'ls homes e las femnas, totz despulhatz e nutz,
Detrencan e detalhan am los brans esmolutz ;
E la carns e lo sancs e los cervels e'ls brucz
E membres e personas maitadatz e fendutz
E fetges e coradas decebratz e romputz
Estan per meg las plassas, co si eran plogutz,
Car de lo sanc espars qui lai s'es espandutz
Es la terra vermelha e'l sols e la palutz
Ni remas hom ni femna ni joves ni canutz
Ni nulha creatura, si no s'es rescondutz.
La vila es destruita e lo focs escendutz.
Apres no tarzec gaire que lo reis es mogutz
Per venir a Tholoza.

75-102

" Par Dieu, beau sire roi [dit l'archevêque d'Auch],
On ne saurait tuer le comte d'Astarac,
Car il n'est certes point traître, ni mécréant,
Hérétique non plus : il servit la croisade !
Et s'il s'est opposé violemment à l'Église,
On ne peut l'accuser d'agir en renégat.
Il faut qu'elle le traite comme un pécheur vaincu,
Dont elle a le devoir de sauvegarder l'âme.
Foucaut est prisonnier du comte de Toulouse,
Si le comte est tué, Foucaut sera pendu. "
" Monseigneur l'archevêque, dit Guillaume des Roches,
Plutôt que de tuer le comte d'Astarac
Il vaut mieux l'échanger contre le sire Foucaut. "
C'est ainsi qu'Astarac et ses quatre barons
Ont pu sauver leur vie. Mais on entend soudain
S'élever un vacarme : la piétaille croisée envahit la cité.
Le massacre commence dans la ville martyre ;
Hommes, femmes et enfants, dames nobles et barons
Tous se voient arracher leurs vêtements,
Déchirer au couteau, découper en morceaux.
Et la chair et le sang, cervelles et poitrines,
Membres écartelés, corps fendus, éventrés,
Entrailles et viscères, sur le sol répandues.
C'est comme si tombait du ciel, ondée vermeille,
Tout une pluie de sang, submergeant la cité,
Gorgeant la terre, le sol et le marais.
Il ne survit personne, homme, femme ou enfant,
Ni nulle créature qui n'a pu se cacher.
Quand la ville est détruite, on y boute le feu.
Puis le roi sans tarder se remet en chemin
Vers Toulouse.

La chanson de la croisade albigeoise, Guillaume de Tudela et al.

(Laisses 210-212) traduction : J.-P. Desgoutte. (d'après Honoré Champion, 1931).

 


Le courant passe entre les deux hommes puisque Girin épouse bientôt Anglésie de Montagut, dame de Penne et Montbrun, fille de Bernard –comte d'Astarac– qui lui donnera trois enfants : Étienne, Princesse et Alice (voir infra).

Le château de Montbrun

 

 

L'église Saint-Jean

(12ème siècle)

 

La bastide de Montbrun (1280)

La charte des libertés communales fut accordée aux habitants de Montbrun en 1280

par Girin d'Amplepuis, au nom de son épouse.


La dépouille de Girin d'Amplepuis pourrait se trouver dans la crypte récemment localisée sous une chapelle emmurée de l'église.

Son exhumation permettrait peut-être de connaître la cause de sa disparition brutale.

 


Au cœur de l'affrontement qui oppose bientôt Philippe le Hardi puis Philippe le Bel au roi d'Aragon, le couple (immergé également dans les règlements de compte entre anciens feudataires du comte de Toulouse et nouveaux venus, croisés de la foi) jouera sans doute sa "petite musique" au service des intérêts de la France et/ou des comtes de Comminges, proches des Montagut ...

Toujours est-il que, dans la confusion européenne générale qui caractérise les prémices de la Guerre de cent ans, Girin disparaît brutalement, fin 1288, désavoué, semble-t-il, par Philippe-le-Bel, quant au conflit qui oppose alors le sénéchal de Carcassonne au comte de Foix. Il meurt peu après sa révocation (1288) et sa veuve se remarie, en 1290, avec Thibaut de Lévis, fils du comte de Mirepoix, qui arbore désormais le titre de baron de Penne et Montbrun voire les armoiries de feu le châtelain d'Estella... (cf. supra)

 


Girin d'Amplepuis laisse à sa mort :
– Étienne, dit Glairon, chevalier, mort sans enfants,
– Alix, mariée à Péronin de Foudras puis à Guillaume de Saint-Jean de Panissières, damoiseau, à qui elle apporte la seigneurie de la Goutte (voir infra) :
– Princesse, femme de N. Achon d'Espeleu à qui échut la seigneurie de Souternon.


22A Bompard de Lorgue, seigneur de la Goutte, père de Girin, est né vers 1200. Son adolescence et sa jeunesse ont été, sans aucun doute, nourris des récits des rescapés de l'aventure byzantine de la croisade égarée (cf. Clari, Villehardouin, op. cit.) où se sont distingués les oncles de sa *future épouse, Baudoin et Henri de Hainaut, empereurs latins, éphémères, de Constantinople ! –ainsi que de la lecture des aventures de Florimont (1188, cf. supra) voire du Bel inconnu (vers 1200), nées de l'imagination de ses cousins de Varennes et de Bâgé (voir infra), qui devaient égayer les soirées d'hiver des châteaux alentour.

Il grandit dans le sérail des Beaujeu au moment même où cette famille connaît son heure d'illustration la plus grande, liée à son rapprochement avec les familles de France et de Hainaut. Son mariage avec Marguerite de Beaujeu serait ainsi la conclusion d'une longue familiarité de la famille de Lorgue avec les barons de l'entre Saône et Loire, confortée par une expédition commune en Terre Sainte (voir infra). Il accompagne l'avènement de la famille de Lorgue aux plus hautes responsabilités ecclésiastiques, au moment où les Beaujeu, quant à eux, sont chargés des plus hautes fonctions militaires du royaume.

Père (ou oncle ?) de Nicolas de Lorgue, grand maître de l'Ordre de St-Jean (voir supra), oncle de Guillaume de Beaujeu-Montpensier, grand maître du Temple, Bompard est également le frère de Hughes de Lorgue, chanoine de Saint-Just en 1239, et le père de Guillaume d'Amplepuis dont le fils, Hugo, abbé chartreux, prieur de la chartreuse de Valbonne (mort en 1294), fut proche et confident de Marguerite d'Oingt (voir infra). Humbert de Beaujeu (connétable de Louis VIII) et Renaud IV de Bâgé, ses beaux-frères, meurent au combat, à Mansourah (en 1250), lors de la croisade malheureuse engagée par Saint-Louis tandis que son fils Girin se verra confier l'administration transitoire du royaume de Navarre où il se rendra en compagnie de son cousin, Humbert de Montpensier, connétable de Philippe le Hardi chargé de l'expédition militaire.

 

 

Le débarquement de Saint-Louis à Damiette

Tout cela bien sûr n'est pas étranger au mariage d'Isabelle de Hainaut, la tante de Marguerite, avec Philippe-Auguste sans oublier non plus le mariage d'Agnès, sœur de Marguerite, avec Thibaut Ier de Navarre, le Chansonnier !

 

Personnage fantasque que la rumeur accusa d'avoir empoisonné le roi Louis VIII en raison de l'amour qu'il manifestait pour la reine Blanche de Castille et des poèmes enflammés qu'il badigeonnait, de ce fait, sur les murs de son château ! "Asi conme unicorne sui / Qui s'esbahist en regardant, / Quant la pucelle va mirant..." [La Licorne, poème d'amour dédié à Blanche de Castille]. Thibaut sera le grand-père de Jane de Navarre qui, bientôt orpheline, se verra confiée aux bons soins de Girin, nommé gouverneur du royaume.

 

 

En 1222, Humbert V, seigneur de Beaujeu fait aveu de vassalité, pour Amplepuis, au comte de Forez. Le conflit séculaire entre Beaujeu et Forez semble enfin apaisé ; Bompard se voit confier la seigneurie de Souternon, en dédommagement peut-être ? de la prévôté d'Amplepuis, désormais obsolète.


23A On laisse ici une place pour *Bompard de Lorgue (né vers 1160), père putatif du précédent (et dernier ?) prévôt d'Amplepuis qui pourrait être l'époux (ou le beau-frère) de Jordane, soeur (ou cousine) d'Aymon de Varennes (cf. Perroy, op. cit.)

 

C'est le lieu et le moment –sans doute– d'évoquer un (proche ?) cousin contemporain des prévôts d'Amplepuis dont la mémoire, insaisissable, semble tout entière rassemblée dans son œuvre littéraire. Aymon de Varennes, co-seigneur de Châtillon d'Azergues, rédige en son château de Châtillon, en l'année 1188, l'explicit de son ouvrage "Le Roman de Florimont", au moment où se noue le projet de la troisième croisade.
Natif de l'entre Saône et Loire, ballotté par l'histoire (et la géographie), il met de côté sa langue maternelle (le francoprovençal) pour assurer, sans doute, à son roman une plus large diffusion, mais, coincé entre le Nord et le Sud, la langue d'oil et la langue d'oc, Aymon de Varennes va subir le sort de ses puissants cousins et suzerains de Beaujeu et de Forez et se voir marginaliser par les Français –dont il apprécie médiocrement la morgue (voir le Roman de Florimont, préface, op. cit.).

Trouvère francoprovençal, issu d'une antique famille chevaleresque (voir supra), Aymon de Varennes est, comme son héros Florimont, à la croisée des chemins. De retour d'une expédition guerrière en Macédoine, il est (encore) jeune... et amoureux transi d'une fille de châtelain, Juliana (+1194) –la cadette, très probablementl, d'Amédée III de Savoie (+1148) et nièce de Dauphin, Guigues IV d'Albon, cf. infra.
Il dépeint dans son roman –sous l'artifice d'une histoire d'Alexandre– le décor de son aventure et –à son corps défendant ?– le monde quotidien du chevalier errant... Il confie à Florimont son destin de héros mal aimé, povre perdu, déchiré entre le respect de la famille et l'amour de l'aventure, le goût du pouvoir et celui des chevauchées entre copains, la liberté du chevalier errant et la responsabilité de l'héritier du fief.

Aymon de Varennes est, très certainement, le petit-fils (ou le petit-neveu) d'Étienne de Varennes dont on a évoqué plus haut les démêlées avec l'abbaye de Savigny ainsi que le cousin (ou le beau-frère) de Bompard de Lorgue (cf. Perroy et Le Laboureur, Les Mazures de l'Ile-Barbe, op. cit.).


 


24A et 25A Girin et Bompard, père et grand-père du précédent, sont respectivement prévôts de Humbert III et Guichard III de Beaujeu. Ils sont mentionnés dans deux chartes de l'abbaye de Savigny (n° 941 et 942) vers 1130-1150 : Bompard est en partance pour la Terre sainte.

" Vers 1130, Hughes Rainier, célérier de l'abbaye de Savigny, acquit d'un certain Joceran, dit Calverie, et de ses fils, qui avaient des droits du chef de leur mère la sixième partie des dîmes du pays d'Amplepuis moyennant 4 marcs d'argent très pur et reçut, à cause de cela, un des fils dudit Joceran comme moine à Savigny. Afin que cette acquisition demeure à perpétuité sans contestation, audit couvent de Savigny, ledit Joceran se donne pour caution avec son frère Étienne Claverie et Itier de Chamousset, par devant le seigneur abbé Odilon et un grand nombre d'honnêtes hommes qui étaient présents. Fut témoin de cette affaire Umbert, prince de Beaujeu, lequel concéda de plein gré tout ce qui lui était dû là-dessus. À cause de cette donation, Umbert de Beaujeu reçut dudit célérier 40 sols de monnaie forte, la comtesse, son épouse, en reçut 10 ; Bompar, prévôt d'Amplepuis, 12 ; Odon de Marchamp, 4 ; Umbert de Batailly la charge de trois chevaux du vin le plus pur [...].
Ensuite une certaine Ameline de Montretrou, se donnant elle-même au Bienheureux Martin, avec l'approbation de ses fils, donna à Dieu et au couvent de Savigny le quart des dîmes qu'elle possédait de droit dans la paroisse d'Amplepuis, au village vulgairement appelé Sanières. Celle-ci ayant suivi le chemin de toute chair, son fils Guillaume, désirant aller à Jérusalem, donna entre les mains d'Hughes, célérier de Savigny un autre quart desdites dîmes qui lui appartenait de droit. Ledit Hughes, célérier, animé de charité, lui donne de bon gré pour lui aider à faire ce pèlerinage 40 sols de monnaie forte et 4 aussi à son compagnon Bompar par amour dudit Guillaume. [...]
Vers 1140, Hughes, célérier de Savigny, voulant acquérir le reste d'une dîme de la paroisse d'Amplepuis qui appartenait à Pierre de Montretru (de Monte Rotrudo), lui donna 90 sols de monnaie forte ; à cause de cela, dans le chapitre de Savigny, ledit Pierre approuva la donation faite à Dieu et à l'église de Savigny de sa part et de celle de sa mère et de son frère. Ensuite ledit Hughes, célérier, désirant l'approbation à ce sujet d'Umbert III, sire de Beaujeu, parce que ces biens dépendaient de sa suzeraineté, lui donna un marc d'argent. Les témoins de cet acte furent Gilbert de Rineu, qui eut pour cela 5 ânées de vin ; Bompar et Girin, son fils, 5 sols ; Guichard d'Epeysse et Bernard de Saint-Saturnin. [...] " Paul de Varax, Histoire d'Amplepuis. (pp. 161-162).

Bompard d'Amplepuis accompagne Guillaume de Montretrou en pèlerinage à Jérusalem. Il s'agit à l'époque –après 1137, date de l'avènement de Humbert à la seigneurie de Beaujeu– d'une expédition qui participe du mouvement de mobilisation de la deuxième croisade prêchée par Bernard de Clairvaux.
On imagine –et les chartes le confirment– qu'une telle initiative suscite des vocations et rassemble les volontés dans le pays alentour. De fait, nombreux sont les chevaliers du terroir qui vont à l'époque se joindre à Humbert III de Beaujeu et Amédée III de Savoie, bientôt en route pour la Terre sainte.
Les deux seigneurs qui entretenaient, semble-t-il, outre leur relation familiale, une solide camaraderie guerrière, se croisent, quant à eux, sur la vive recommandation du Pape, pour amender leur comportement. Il leur est reproché en effet leurs débordements d'agressivité lors de guerres de voisinage... (voir encadré).

 

Marie-Claude Guigue commente à ce propos (Histoire des Dombes, 1868) l'un des contes moraux -dont le genre fera florès- rédigé par Pierre-le-Vénérable pour l'édification de ses contemporains (De miraculis, op. cit.) :

"Pierre le Vénérable nous apprend que notre prince Humbert [de Beaujeu], après avoir succédé à son père [Guichard III], eut guerre avec quelques ennemis qu'il avait en Forez ; que ce prince était attaché au monde par sa jeunesse et par ses grandes richesses, qu'il suivait ses passions avec ardeur, et qu'il donna un combat contre ses ennemis dans lequel un de ses plus vaillants chevaliers, nommé Geoffroy d'Oingt fut tué d'un coup de lance : qu'après ce combat, chacun se retira, apparemment parce que, en ce temps-ci, le vassal ne servait son seigneur que pendant quarante jours et que s'étant passé deux mois depuis ce combat, Geoffroy d'Oingt, qui avait été tué, apparut à un chevalier d'Anse qui se promenait seul à cheval dans une forêt qu'il avait près de son château -ce qui me parait convenir à un seigneur de Charnay, dont plusieurs ont anciennement porté le nom de Milon ; ils avaient une grande forêt près de leur château, dont une partie a dépendu anciennement du Beaujolais. Cette forêt subsiste encore."
"Pierre le Vénérable dit que ce Milon, ayant vu Geoffroy d'Oingt qui lui apparut tout d'un coup, en eut peur, et qu'il hésita pour savoir s'il se sauverait ou s'il continuerait son chemin ; que le mort le voyant dans cette perplexité, parla à Milon et lui dit de ne pas fuir et de ne pas craindre parce qu'il n'était pas venu pour lui nuire, mais pour lui demander un service. Il lui dit donc qu'ayant obtenu permission de Dieu de venir à lui parce qu'il lui avait été fidèle ami dans le monde, et qu'il comptait qu'il le lui serait encore, il le priait d'aller de sa part à Humbert de Beaujeu et de lui dire qu'il lui était apparu et qu'il l'avait chargé de lui dire qu'il avait perdu sa vie par le glaive, ayant été invité par Humbert à le servir; que cependant Humbert négligeait de faire prier Dieu pour lui, ce qui empêchait qu'il n'entrât sitôt dans le bonheur éternel, parce qu'il avait été sans une assez juste cause dans le combat auquel Humbert l'avait invité ; que quoiqu'il fût décédé à son service, Humbert ne lui avait fait donner aucun secours spirituel qui pût le soulager dans les grandes peines qu'il souffrait. Ce Geoffroy d'Oingt ajouta qu'il n'était pas extraordinaire qu'Humbert parût peu touché de ses services et de ce qu'il avait été tué à son occasion puisqu'il ne s'embarrassait pas même du salut de son père [Guichard III], qui avait en quelque manière négligé le sien pour lui procurer des biens temporels, son père souffrant de grands tourments pour les biens qu'il avait acquis injustement et pour des maux infinis qu'il avait faits aux églises et surtout à celle de Cluny, à laquelle il retenait le château et la terre de Laye, tandis qu'Humbert ne faisait autre chose que de se réjouir et de se régaler somptueusement des biens pour lesquels son père gémissait."

Humbert de Beaujeu, dont Pierre le Vénérable nous livre un portrait peu amène, semble –à l'instar de ses ancêtres– plus attiré par la chevauchée guerrière que par les joies domestiques. Il rejoindra bientôt l'Ordre du Temple –en laissant de côté ses responsabilités familiales et coutumières– mais se verra rappelé à l'ordre... laïque, à son foyer et à ses devoirs, par l'intervention impérieuse du Pape, alerté par son épouse délaissée qui est également la fille de son ami, Amédée de Savoie, et la nièce de la reine... Amédée de Savoie, lui aussi, a suscité la colère de sa sœur, la reine de France, pour avoir engagé un combat inique et tué son beau-frère, Guigues IV, dit Dauphin, sans véritable nécessité politique...

 

 

Il s'est rassemblé autour du sobriquet de Dauphin –attribué à Guigues IV, enfant– toute une légende, liée sans doute à l'origine méditerranéenne des mère et (belle-)grand-mère (Mathilde de Sicile et Inès de Barcelone) du comte d'Albon. Le dauphin hante en effet les contes et mythes des peuples de la Méditerranée (cf. l'Odyssée...) depuis toujours et nourrit en particulier les histoires de sirènes et de vouivres. La mort tragique et prématurée du comte Dauphin en a sans doute magnifié la mémoire, non sans renforcer le souvenir ambigu attaché à l'évocation de l'arrière-grand-mère Almodis (lire à ce propos la préface de Florimont, op. cit.). Le comportement et le destin insolites de l'ancêtre –rapportés et déformés par la tradition orale de la vaste famille qu'elle a engendrée– étaient propices à la naissance d'un mythe célébrant le double rôle de modèle et d'interdit dont elle fut l'incarnation. Femme libérée –avant l'heure–, elle a prodigué à sa postérité –féminine– les vertus créatives de la transgression, mais également, peut-être, son aura funeste –quant au destin du Dauphin... du Dauphiné, du royaume de Chypre, du comté de Toulouse, etc., tous apanages d'Almodis de la Marche, alias Mélusine.

 

 

La troupe ainsi constituée rejoint bientôt l'armée du roi de France –qui aimerait lui aussi se faire pardonner une grosse bêtise [...quinze cents villageois de Vitry-en-Perthois brûlés vifs dans leur église lors d'une guérilla contre le comte de Champagne ! ]


L'époque est propice aux visionnaires, à ceux qui rêvent d'une réappropriation de la Méditerranée par un empire latin reconstitué autour des comtés de Barcelone, de Toulouse et du royaume de Sicile, par exemple... Une alliance qui pourrait s'ouvrir aux comtes palatins de Bourgogne, appuyée sur le Pape... et sur les royaumes latins d'Orient, Jérusalem, Edesse et Antioche où règnent alors les descendants des premiers croisés (dont Raymond de Poitiers, oncle d'Aliénor, prince d'Antioche (1136-1149) qui est sans doute l'archétype du "Prince charmanr" occitan que les Fransois ont tant de mal à supporter !).
Mais l'histoire a ses nécessités. La mort de Dauphin (Guigues IV) marquera la fin des ambitions de la famille d'Albon du Viennois
dont la dynastie s'effilochera jusqu'à la faillite tandis que ses alliés du grand Sud, descendants d'Almodis, se verront peu à peu circonvenus victimes du mauvais sort que partagent les héritiers de Mélusine ? par la famille de France et les princes du nord de l'Europe dont on saura bientôt le peu d'intelligence des affaires levantines !

On voit ainsi, par-delà les anecdotes, comment les Croisades ont pu précipiter échecs et réussites des communautés et destins familiaux chaque génération écrivant son histoire au travers et par-delà les amitiés et les jalousies, les ambitions et les déconvenues, des générations précédentes. Si tous ne se sont pas croisés pour la même raison, il est certain que le tableau ainsi suggéré de la chevalerie franco-provençale ne devait pas manquer de pittoresque...

On ne saurait oublier, en tous cas, que l'expédition ainsi engagée, par Louis VII et son épouse Aliénor –pour la rédemption des méfaits ordinaires et extraordinaires des puissants de l'époque allait réserver une surprise de taille aux scénaristes à venir de la petite et de la grande histoire ! Nul doute en effet que la seconde croisade fût le moment où se noua le destin de la (famille de) France, en un vaste malentendu entre natifs de la langue d'oc et tenants de la langue d'oil ! Comme si les deux façons de dire oui, à l'époque, masquaient des manières inconciliables de vivre en famille singulièrement entre hommes et femmes !

Une croisade plus tard, Philippe Auguste, l'héritier (bâtard si l'on s'en tient à l'esprit du sacrement consensuel) de la couronne, verra sa pensée politique trempée dans le ressentiment contre sa marâtre et fera de son règne une machine à conjurer son (pseudo-)complexe de Jocaste !


Mais venons-en à Bompar de Lorgue (25A), prévôt de Guichard III de Beaujeu, qui a pris la succession de Bérard d'Oingt, lors de l'annexion d'Amplepuis au Beaujolais, vers 1110 (Paul de Varax, Histoire d'Amplepuis).

" Amplepuis, village, puis gros bourg et baronnie faisait originairement partie du Roannais mais fut annexé au Beaujolais dès les premières années du XIIème siècle, à la faveur des troubles que provoqua l'installation de la seconde race des comtes de Forez [après la mort de Guillaume le jeune ~1107] " (André Steyert, Armorial du Forez).

Le territoire de l'entre Saône et Loire se distribuait, à l'aube du nouveau millénaire, en trois zones : la partie lyonnaise, autour de Savigny et de l'archevêché, le Roannais autour de la famille de Semur aux branches multiples et le vicomté de Mâcon tourné vers l'empire dont l'allié de Beaujeu allait bientôt affirmer son pouvoir sur l'ensemble du massif montagneux.

 

Sain-Nicolas de Beaujeu


"Guichard III, seigneur de Beaujeu (1102-1137), fils de Humbert II (+1102) et de Wandelmode de Thiers, est au nœud d'un réseau serré de familles comtales et princières du centre de l'Europe -d'où rayonne alors l'abbaye de Cluny. Il est en effet le descendant des barons de Semur et des comtes (guilhèmides) d'Autun et d'Auvergne, de Châlon et de Mâcon et, par-delà la Bourgogne, des empereurs germaniques, des rois d'Italie et de Charlemagne.
Contemporain de Louis VI le Gros –dont il épouse la première femme répudiée, Lucienne de Rochefort– il conforte le pouvoir de la famille de Beaujeu –en réaction aux ambitions de la famille d'Albon du Viennois– sur l'ensemble du massif montagneux du nord de Lyon jusqu'aux bords de la Loire, tout en renforçant son alliance avec les princes de la rive orientale de la Saône (Bourgogne et Savoie).
Guerrier exubérant, conquérant et dominateur, il se fait remarquer par ses excès –pillages d'églises et autres méfaits propres à l'époque– tout au long d'une querelle, aux rebondissements multiples, qu'il entretient avec ses cousins, les abbés de Cluny, et leurs nouveaux alliés du Forez et de l'île de France. Tempérament fantasque et visionnaire, il fonde églises et monastères avant de se convertir, en repentir de ses débordements de jeunesse, à la vie monastique. Il construisit en 1115, le prieuré du Joug-Dieu qui, en 1137, fut érigé en abbaye.

" Une nuit, étant seul dans ma demeure de Thamais, j'eus la vision suivante : six hommes vénérables, tout resplendissants de lumière, m'apparurent ayant des jougs à leur cou et tirant une charrue sur laquelle était appuyé le saint homme Bernard, abbé de Tyron, un aiguillon à la main, dont il les piquait pour leur faire tracer un sillon droit. À mesure qu'ils avançaient, je voyais sortir des fruits en abondance. Après avoir longtemps songé à cette vision, j'allai trouver l'abbé Bernard à qui j'offris ce même lieu de Thamais, pour y mettre des hommes qui, sous le joug du Seigneur, prieront continuellement pour moi et les miens ; et, pour conserver la mémoire de la vision dont je viens de parler, je veux que ce monastère s'appelle le Joug-Dieu. " Charte accordée en l'an 1118.

Il fonda également l'église Saint Nicolas (consacrée en 1132 par le pape Innocent II) autour de laquelle la ville de Beaujeu s'est peu à peu construite. Retiré à l'abbaye de Cluny en 1137, il y rédige un sermon édifiant, en vers alexandrins, d'exhortation de ses contemporains à la conversion, en vue du "tout prochain" Jugement dernier" (Le sermon du siècle, arpublique, 2014).

 

 

Tympan de l'église de Saint-Vincent de Mâcon (12ème siècle)

 

 


Le polygone familial et territorial que constituent les familles de Semur (intimement liée à l'abbaye de Cluny), d'Oingt, de Lorgue et de Beaujeu (alliée aux comtes de Mâcon et de Châlon), couvre alors le nord du Beaujolais et dispute les bords de Loire aux comtes du Forez et aux abbés de Savigny.
C'est sans doute dans ce contexte de rivalité
confuse qu'il faut apprécier les litiges qui ont opposé, au début du 12ème siècle suite à l'extinction de la première race des comtes de Forez l'abbaye de Savigny à ses feudataires, les seigneurs de Varennes (1111), Panissières (1127), Oingt (1128), Lay (1134), etc. (voir supra) et les troubles engendrés par le changement dynastique.
Après la disparition de Guillaume l'Ancien, comte de Lyon, en croisade, son fils, Guillaume le Jeune
qui gérait la seigneurie en son absence meurt, assassiné, dit-on, avant 1107 par le vicomte de Lavieu dont il aurait circonvenu l'épouse...

" Le jurisconsulte Papon, forézien, raconte (in Commentaires de la coutume du Bourbonnais, paragraphe 386), sans préciser l'époque, qu'un certain comte (comes Forensis quidam) -dont le nom fut oublié par celui qui le premier mentionna le fait- ayant rendu visite à la femme du vicomte de Lavieu qui était absent, trouva le moment favorable pour mettre à exécution son méchant dessein. Ne pouvant obtenir d'elle par les prières de déshonneur de son mari, il employa la violence et souilla la couche nuptiale. Le vicomte étant de retour trouva sa femme toute échevelée, qui se lamentait et lui demandait instamment la mort, en lui apprenant ce qui s'était passé pendant son absence.
Son époux, après l'avoir écoutée, la rassura en lui disant qu'elle était innocente de ce crime, que le coupable seul devait expier. Il se rend de suite au château, et comme il était très familier avec le comte, personne ne l'empêcha de parvenir jusqu'à sa chambre où, le trouvant endormi, il le poignarda.
" Auguste Bernard, Histoire du Forez, 1835, op. cit.

Son frère, Eustache, le remplace mais lui aussi disparaît bientôt, sans héritier. Il lui succède alors, avant 1117, son cousin germain, Guy [Ier de Forez], fils de sa tante paternelle, Ide-Raymonde, et de Guigues-Raymond d'Albon du Viennois lui-même issu du second mariage de Guigues II (le Gras) avec Inès, fille du comte de Barcelone et d'Almodis de la Marche.

Ramon de Barcelone et Almodis de la Marche

Le personnage d'Almodis de la Marche, dont on a déjà évoqué l'influence sur l'histoire des baronnies occitanes, pourrait bien avoir servi, sciemment ou non, de modèle à Aymon de Varennes dans l'élaboration de son héroïne la "Dame de l'île Celée" ainsi, par conséquent, qu'à Jean d'Arras dans celle du personnage de la fée Mélusine. La légende de Mélusine –tradition orale recueillie, formulée et transcrite par Jehan d'Arras à partir de sources multiples– fait son miel en effet de l'histoire des comtes de Forez en amalgamant, de façon originale, souvenirs de famille et fantasmes de conteur. Mélusine (alias Almodis) fonde, selon Jean d'Arras, la lignée des Lusignan, en épousant Raymond, le neveu du comte de Forez qui vient de tuer son oncle, par accident, et lui offre, en vertu de ses pouvoirs magiques, une brillante postérité –au prix d'un pacte dont la transgression provoquera une série de catastrophes dynastiques (voir Florimont, préface, op. cit.).

Almodis de la Marche, née vers 1020, morte empoisonnée (par son beau-fils) le 1er novembre 1071, est la fille de Bernard Ier, comte de la Marche. Elle se marie vers 1038 avec Hugues V († 1060), seigneur de Lusignan (à qui elle donne un fils Hugues VI de Lusignan). Le mariage est bientôt annulé –pour de prétendues raisons de consanguinité. Elle épouse, en secondes noces, Pons, comte de Toulouse –qui lui donne trois enfants, Guillaume (père de Philippa, grand-mère d'Aliénor), Raymond de Saint-Gilles (futur comte de Tripoli) et Almodis (mère de Pons de Melgueil, abbé de Cluny)– puis se laisse enlever, le 12 novembre 1056, par l'émir musulman de Tortosa –à la demande de Raymond Bérenger Ier, comte de Barcelone dont elle est tombée amoureuse.

" Le prince de Barcelone est aujourd'hui Ramon, fils de Berenguer, fils de Borell. L'an 446 de l'hégire [1054-1055], il quitta son pays pour se rendre dans les lieux saints. Passant par Narbonne, il descendit chez l'un des grands personnages de cette ville ; durant son séjour, le prince et la femme de son hôte tombèrent amoureux. Ramon poursuivit son voyage, arriva à Jérusalem, puis prit le chemin du retour et repassa par Narbonne. Là, il descendit chez son ancien hôte, désireux de retrouver l'épouse de celui-ci : ils s'avouèrent leur amour réciproque et préparèrent un plan pour qu'elle s'enfuît et le rejoignît. Une fois rentré à Barcelone, le prince lui envoya un groupe de Juifs pour l'aider à exécuter son projet. Le seigneur de Tortosa, qu'il avait mis au courant de l'affaire, envoya ces Juifs sur des galères jusqu'à Narbonne. Mais ils échouèrent dans l'enlèvement de la femme. Son mari s'en aperçut, et, comme il était fort épris d'elle, l'enferma. À la suite de cette séquestration, la famille de son épouse l'aida à accomplir son dessein. Quelques-uns de ses parents parvinrent à l'amener jusqu'à Barcelone [...] "

E. LÉVI-PROVENÇAL, La Péninsule ibérique au Moyen-Âge, d'après le Kitàb Ar-Rawd al-mi'tar Fi Habar Al-Aktar, Leyde, 1938. Cité par Martin AURELL in Les Noces du comte p. 261.

Raymond-Bérenger Ier, comte de Barcelone, et Almodis de la Marche eurent ensemble quatre enfants :
– Bérenger Raymond II, comte de Barcelone (1053 - 1096) meurtrier de son jumeau Raymond Bérenger II,
– Inès de Barcelone, mariée à Guigues II comte d'Albon du Viennois,
– Sancha de Barcelone, mariée au comte Guillaume Raymond de Cerdagne (futur comte de Tripoli).
Les fils d'Almodis se retrouvèrent ensemble à plusieurs reprises dans des expéditions militaires ; Hugues VI de Lusignan, Raymond IV de Toulouse et Bérenger-Raymond participèrent tous les trois à la première Croisade (D'après l'Atelier des Dauphins, op. cit.).

 

Cette transition dynastique a sans aucun doute donné lieu à des négociations approfondies entre toutes les parties concernées et en particulier Guichard III de Beaujeu dont la fille Marie-Alice épousera bientôt le nouveau comte de Forez.
L'alliance ainsi conclue engage en effet un rapprochement
par-delà les familles de Beaujeu et d'Albon du Viennois des princes de Savoie, de Sicile et de Barcelone, des comtes de Toulouse et de la Maison de France... Elle est sans doute l'aboutissement spontané du charisme et du génie politique de (feue) Almodis de la Marche mais ne saura empêcher, à terme, la mort brutale de Dauphin, cousin du tout nouveau comte de Forez, victime probable de l'agacement et de la jalousie ? des deux compères, Humbert III de Beaujeu et Amédée III de Savoie, devant l'ambition des "gens du Sud".

L'arrangement qui met fin aux troubles engendrés par la succession des comtes de Forez voit ainsi la famille d'Albon du Viennois manifester son intérêt pour le Forez tandis que la famille de Beaujeu affirme son autorité sur Amplepuis, Lay et Joux et son influence sur les bords de Loire, autour de Donzy, Néronde et Saint-Marcel en s'attachant, sans doute, les seigneurs du lieu en délicatesse avec l'abbaye de Savigny ou de Cluny... Elle s'assure également la prise de contrôle de la vallée du Rhins et de son débouché sur la Loire (Perreux, Couzan, Champoly) au détriment peut-être de l'abbaye de Cluny [le conflit à venir autour de Couzan, entre les seigneurs de Forez et de Beaujeu, pourrait y trouver son origine (voir infra)].

C'est dans ces circonstances que la famille de Lorgue prend la succession de la famille d'Oingt à la tête de la seigneurie d'Amplepuis.

 


 

Les prévôts d'Amplepuis

 

20

 

Guillaume de Saint-Jean
& 1311 Alice d'Amplepuis
Dame de la Goutte

21

 

Girin de Lorgue
Seigneur de la Goutte d'Amplepuis

& <1280
Anglésie de Montagut

fille de
Bernard de Montagut

fils de
Centulle d'Astarac


22

 

Bompard de Lorgue

* & ~1235
Marguerite de Beaujeu

23

 

* Bompard
(prévôt d'Amplepuis)

Guichard IV de Beaujeu
& Sybille de Hainaut
24
Girin
(prévôt d'Amplepuis)
~ 1150
Humbert III
& Elise de Savoie
<<<<<>>>>>>
25

 

Bompard
de Lorgue
(prévôt d'Amplepuis)
1135
Bérard d'Oingt
(prévôt d'Amplepuis)

Guichard III de Beaujeu &
Lucienne de Rochefort
Guy d'Oingt
26
Hughes-Frédélan d'Oingt

 

Humbert II de Beaujeu &
Wandelmode de Thiers
(nièce de Guillaume l'ancien)

 

Hughes Damas
Falque d'Oingt

27

 

 

Frédélan d'Oingt (& ~1035)/Ricoaire de Centarben /(& ~1050) Guichard II de Beaujeu

 
 
28

Guichard Ier de Beaujeu

Humbert Ier de Beaujeu

Roclen de Centarben
(prévôt d'Amplepuis)
& Tédée

 

Guichard d'Oingt
& Nazarée de Roanne

29

 

Béraud de Beaujeu & ~940 Vandelmode de Salins

 

N. de Centarben
Jocerand de Bers de Semur ~ 925
Umfred d'Oingt

 

 


La Tour de l'an mille

Dessin de Germain Patay

 


La construction de la Tour de l'An Mil est liée au mouvement de colonisation de la vallée du Rhins qui s'est engagé, dans le courant du 11ème siècle, à l'initiative des familles charolaises de Centarben et d'Oingt alliées et proches de la famille de Semur (cf. Paul de Varax, op. cit. et Le sermon du siècle, bib.).

" On présume que cette tour qui défendait Amplepuis –et sera à l'origine du château de La Goutte– était isolée et entourée d'eau. On monte au 1er étage par un escalier extérieur en bois. Au premier étage, un petit pont-levis doublait la porte " Gabriel Fouillant, op. cit.

Fortification d'origine du site d'Amplepuis, elle fut édifiée, à l'aube du deuxième millénaire, par Roclen de Saint-Aubin (i.e. Centarben), issu d'une branche cadette de la famille de Semur. Elle s'entoura peu à peu, par la suite, du château de la Goutte. Elle rappelle (dans sa conception) le donjon du château de Semur en Brionnais.

 

 

Le château de la Goutte d'Amplepuis

 


29. Roclen de Centarben, époux de Tédée, vivant avant l'an mil, était seigneur et prévôt d'Amplepuis.

" Il eut une fille nommée Ricoaire, dame d'Amplepuis, laquelle épousa Frédélan appartenant à la famille d'Oingt ["de Yconio"], puis devenue veuve [vers 1050], Guichard II, sire de Beaujeu [~1015-1071] " Paul de Varax, op. cit.

28. Ricoaire eut plusieurs enfants de l'un et l'autre mariages :

27A Hughes Frédélan d'Oingt, l'aîné, reçut de son père l'héritage de la baronnie d'Amplepuis ;

" Le 22 mars 1086, au nom de la Sainte et individue Trinité, Hughes Frédélan, fils desdits Frédélan et Ricoaire, donna de ses biens héréditaires à la très sainte Église de Dieu et du Bienheureux Martin de Savigny, où le seigneur Dalmace était abbé, pour le salut de son âme et la sépulture de son corps, savoir : l'église d'Amplepuis, au pays de Roannais, consacrée en l'honneur de la bienheureuse Marie, avec ses dépendances et le mas dans lequel cette église était située. [...] Furent témoins Étienne Trus, moine, Tadalmode, femme du donateur, Hughes, Artauld et Humbert de Batalleu , etc. " Paul de Varax, ibidem.

27B Falque, le second, hérita de la seigneurie d'Oingt ;

 


Oingt en Beaujolais

" Le village d'Oingt, du grec Yconium , fut un castrum romain bâti en vue de Lyon sur la voie romaine d'Anse à Feurs. Les romains y introduisirent rapidement la culture de la vigne, culture encore prédominante de nos jours.
[...] Les seigneurs d'Oingt y construisirent un château à motte et de nombreuses églises aux alentours. On peut encore y admirer les vestiges du château Neuf, du XIIIe siècle, la Porte du Nizy, le Donjon d'où l'on domine toute la région de la Vallée d'Azergues, l'ancien logis seigneurial ainsi que la Chapelle, ses statues en bois doré et son chœur avec ses huit culots sculptés." (Bulletin municipal).

 

 

Le château à motte (tapisserie de Bayeux)

 

La famille d'Oingt –qui tient son nom du village qu'elle a organisé en forteresse, à la veille de l'an mille– est proche de la famille de Lorgue de Neulise, ce que manifeste à l'évidence la composition de leurs armes respectives :

 

 

Nicolas de Lorgue

 

Neulise

 

Oingt

 

" Umfred d'Oingt vivait au commencement du XIè siècle (Savigny, Charte 757). Guichard, son fils, seigneur d'Oingt, protégea l'abbaye de Savigny contre les tentatives des spoliateurs qui voulaient lui enlever la terre et le village de Saint-Laurent-d'Oingt, donnés au monastère par Gauzerand de Semur. [...]
Robert [son petit-fils] voulut dépouiller le monastère de Savigny des biens que lui avait donnés Gauzerand de Semur. Mais une charte de l'an 1128 nous apprend que, sur les avis et les prières de l'abbé, il renonça à ses prétentions injustes et s'engagea, pour lui et ses successeurs, à respecter les possessions de l'abbaye. " André Vachez, Le château de Châtillon d'Azergues, op. cit.
Geoffroy d'Oingt, fils ou neveu du précédent, fut chevalier de Humbert III, seigneur de Beaujeu (1137-1142). Il fut tué lors d'une escarmouche entre le seigneur Guichard III de Beaujeu et Guy II, comte de Forez (voir supra et Le sermon du siècle, op. cit.).

Dans la foulée, sans doute, de l'accord intervenu entre le comte de Forez et l'archevêque de Lyon (Permutatio, 1173), la seigneurie de Châtillon d'Azergues fut confiée à la co-seigneurie des familles de Varennes et d'Oingt.



Châtillon d'Azergues

" Le premier représentant de la famille d'Oingt que nous trouvons en possession de Châtillon d'Azergues, est Guichard, qui vivait en 1217. Ses domaines étaient vastes et nombreux ; il était possessionné à Bagnols, à Légny, à Bois-d'Oingt, à Theizé, à Pouilly, à Liergues, à Moiré, à Saint-Loup, à Ternant et à Saint-Marcel l'Eclairé. Mais cet accroissement de possessions territoriales ne semble guère l'avoir enrichi ; il lui fallait fortifier les bourgs et relever les vieilles forteresses des premiers âges de la féodalité ; il venait ainsi d'entourer Bagnols d'un mur d'enceinte ; peut-être même en avait-il reconstruit le vieux château, et tous ces grands travaux avaient épuisé ses ressources.
Aussi, dès l'année 1217, le voyons-nous engager son château d'Oingt à Renaud, archevêque de Lyon, en garantie d'un premier emprunt " André Vachez, ibidem.


Bagnols

 

" Guichard II laissa deux fils : Guichard et Étienne. Guichard III, l'aîné, hérita de la terre d'Oingt. Il approuva en 1260 la charte de franchises accordée par son frère Étienne aux habitants de Châtillon d'Azergues. Il fut le père, entre autres enfants, de Marguerite, religieuse et troisième prieure de la Chartreuse de Poleteins, en Dombes. " ibidem.

La bienheureuse Marguerite d'Oingt fut moniale puis, en 1288, prieure de la chartreuse de Poleteins en Dombes. Elle fit, dans sa retraite, l'expérience de la dépossession et de l'extase et confia son émotion et son trouble à son confident –et cousin– Hughes d'Amplepuis [neveu de Girin], prieur de Valbonne. À l'invitation de ce dernier, sans doute, elle rédigea le récit de son ravissement .

Marguerite d'Oingt


Lettre de Marguerite d'Oingt à Hugo d'Amplepuis

Mon tre chier pere, je n'ay pas escrit ceste chose por co que jo les balliasso a vos ne autra persona, ne por ce que il me remansissent apres la mort ; quar jo ne sui pas persona que doie escrire chosa durabla, ne que doyent estre misse avant. Je n'ay escrit ces choses manque por ce que quant mes cuers seroyt espanduz parmi le munde que je pensaso en cetes choses, por ce que puisso retorner mon cuer a mon creatour et retrayre du mundo.
Mon douz pere, je ne say pas se co que est escrit ou livro est en sainti escriptura, mais je say que cilli que les mit en escrit fut si esleve en Nostro Segnour, una noyt, que li fut semblanz que illi veut totes cetes choses. Et quant illi revint a soy, illi les ot totes escriptes en son cuer en tel maneri que illi n'avoyt pueir de penser en autres choses, mais estoyt son cuer si plain qu'il non poyt ne mengier, ne beyre, ne dormir, tanqu'ele fut en si grant defauta que li fisician la jugerunt a mort.
Ainsi com Nostri Sires li mi au cuer, elle se pensa que s'ela metoyt en escrit ces choses que sos cuers en seroyt plus alegiez. Se comenca a escrire tot co qui est ou livro, tot per ordre aussi come illi les avoyt ou cuer, et aussi tot com illi avoyt mis les mot ou livre et ce li sallioyt du cuer. Et quant illi ot tot escrit, illi fut tot garie. Je croy fermament se illi ne l'eust mis en escrit, que illi fut morta ou forsonet, quar illi n'avoyt de VII jors ne dormi ne mengie, ne jamais ne feit por quoy elle fut en tel poynt. Et por co je croy que ce fut escrit per la volunta de Nostre Seignour.


" Étienne d'Oingt fut seigneur de Châtillon d'Azergues, de Bagnols, de Saint-Forgeux, de Saint-Romain de Popey, d'Ancy, de Fleurieux et de Brullioles. […] Il nous est surtout connu par la charte de franchises qu'il accorda, avec le consentement et l'approbation de son frère Guichard, aux habitants de la seigneurie de Châtillon, le 1er avril 1260. Il avait épousé Artaude de Roussillon, fille d'Artaud, quatrième du nom, et d'Artaude, fille du comte de Forez [Guy III], qui lui donna sept enfants.
Étienne d'Oingt laissa, en mourant, à sa veuve l'usufruit des terres et seigneuries de Châtillon, Bagnols, Saint-Forgeux et Saint-Romain de Popey. Ses enfants étaient fort jeunes encore, et leur âge les livrait sans défense aux agressions violentes d'injustes voisins. Mais ils trouvèrent un puissant protecteur dans leur cousin Artaud V de Roussillon-Annonay, fils de Guillaume de Roussillon et de Béatrix de la Tour.
Châtillon d'Azergues, avec les terres de Bagnols, de Saint-Forgeux et de Saint-Romain de Popey, formaient la dot de deux de ses filles : Marguerite et Eléonore. Au mois de décembre 1288, l'une et l'autre furent fiancées, l'aînée, Marguerite, à Guy d'Albon, et Eléonore à Guillaume d'Albon, tous deux fils d'André d'Albon, chevalier, seigneur de Curis […]". André Vachez, ibidem.

André Vachez, mémorialiste –complaisant– de la famille d'Albon, interprète à sa façon ce que tout désigne comme une captation d'héritage, longuement préparée et minutieusement exécutée par André d'Albon et Aymar de Roussillon –sur le modèle expérimenté par Philippe de Savoie (1207-1285, voir supra) prédécesseur de ce dernier à l'archevêché de Lyon, au détriment de sa pupille Sybille de Bâgé.
La chaîne des indélicatesses commence, de fait, avec le Pape Innocent IV (1243-1254). Ce dernier négocie en effet ses faveurs envers Philippe de Savoie. Il lui confie les bénéfices des évêchés de Valence (1241-1267) puis de Lyon (1245-1267) –sans que ce dernier fût jamais ordonné !– contre sa protection face à l'empereur du Saint Empire. Il s'agit d'organiser la tenue, à Lyon, d'un concile (1245) qui lui permettra d'excommunier Frédéric II de Hohenstaufen et de le priver ainsi de sa couronne. Le concile a lieu en 1245 à la satisfaction du pape qui officialise l'excommunication et la déchéance de l'empereur. Philippe de Savoie, quant à lui, abandonne sa charge d'archevêque, à la mort de son frère, en 1267, pour prendre la direction des affaires du comté.

Il s'ouvre alors à Lyon une période de vacance du pouvoir épiscopal qui favorise la montée en puissance de la riche bourgeoisie. Troubles et révolte conduisent Louis IX puis son fils Philippe à intervenir et à nommer à titre provisoire un viguier royal (en la personne de Girin d'Amplepuis). Une fois le calme rétabli le siège épiscopal est à nouveau pourvu par le nouveau pape Grégoire X (Tedaldo Visconti, 1271-76) qui souhaite organiser un second concile à Lyon. Il en confie l'organisation et la défense aux frères Aymar et Amédée de Roussillon. Aymar de Roussillon fils d'Artaude et cousin de Renaud, comte de Forez, est nommé archevêque de Lyon, tandis que son frère Amédée, abbé de Savigny, est chargé d'assurer la garde militaire de la rencontre. Il sera nommé évêque de Valence en 1274.
Aymar de Roussillon, dans la lignée de son prédécesseur, Philippe de Savoie, prend langue avec les bourgeois lyonnais et, suite aux émeutes qui agitent la ville à la fin des années 60, il charge l'un des chefs du Syndical, au demeurant banquier, André d'Albon, de gérer les lods de l'archevêché ; il recrute également son fils comme courrier du tribunal.
Aymar de Roussillon met ainsi en relation André d'Albon avec son beau-frère, Etienne d'Oingt, qui est lourdement endetté auprès de l'archevêché, et favorise l'accès de la famille d'Albon à l'aristocratie locale. C'est alors que se nouent les tractations entre les familles, de Savoie, de Roussillon et d'Albon qui aboutiront –entre autres– au mariage des sœurs d'Oingt avec les fils d'André d'Albon et permettront à ce dernier de satisfaire ses ambitions aristocratiques.

 

Les deux cousines homonymes, Marguerite(s) d'Oingt, filles de Guichard et d' Étienne, seigneurs d'Oingt, Bagnols et Châtillon d'Azergues ont ainsi connu des destins parallèles exemplaires qui rendent, compte, chacun à sa manière, du déchirement qui a marqué la fin de l'âge féodal. L'une apporta à son beau-père, bourgeois de Lyon, la noblesse de son sang... et la seigneurie de Saint-Forgeux qui fera l'illustration de la famille ; l'autre, en se consacrant à la vie monastique, découvrit l'extase... et la vertu apaisante de l'écriture !


Ricoaire eut également des enfants de son second mari, Guichard II de Beaujeu, dont :

- Humbert [II de Beaujeu], mort en 1102 qui épousa Wandelmode de Thiers, nièce de Guillaume l'ancien, comte de Lyon (voir supra), petite-fille de Thibaut, comte de Châlon et arrière-petite-fille de Geoffroy de Semur.

- Hughes-Damas, -qui est parfois identifié comme né de son premier mariage avec Frédélan d'Oingt... Il se serait vu confier (par Geoffroy III de Semur, abbé de Cluny) la seigneurie de Couzan ce qui semble avoir conduit Edouard Perroy à voir en lui un fils de... Geoffroy II de Semur...

" Hughes-Damas, est le fils cadet de Geoffroy II de Semur, neveu de St Hughes de Cluny. Son frère, Geoffroy III s'étant fait moine à Cluny, il gère la tutelle de Geoffroy IV avant d'aller en Terre Sainte en 1118. Sa part d'héritage comporte Lugny et les biens que les Damas avaient acquis en Forez. Mais Jean Richard (op. cit.) suppose que c'est le premier seigneur de Semur connu, Jocerand, fils de Frelan, seigneur de Chamelet qui, par son mariage avec Ricoaire (1ère du nom) entre 900 et 1000, avait acquis le château de Couzan qu'aucun texte n'atteste avant 1106. [...] Ricoaire dont l'un des fils s'appelait Artaud aurait été sœur du comte de Lyon, Artaud Ier. [...] On peut affirmer avec vraisemblance que Geoffroy II de Semur possédait Couzan avant 1080. " Edouard Perroy, ibidem.

 

Couzan

 

 

 

26. Bérard d'Oingt succède à son père Hughes Frédélan d'Oingt.

" Quelques années plus tard, Bérard, fils dudit Hughes Frédélan donne quelque chose de ses biens héréditaires à Dieu et à Saint Martin de Savigny, dont est abbé le seigneur Dalmace, à savoir un mas situé dans le pays de Lyonnais. [...] Signent à cet acte ledit Bérard, qui a fait ce don pour le repos de son âme et de celles de son père et de tous ses parents, Hughes de Batalleu, etc. " Paul de Varax, ibidem.

À Bérard d'Oingt, petit-fils de Frédélan, seigneur d'Amplepuis en 1090, succède [son gendre ?] Bompard de Lorgue, seigneur de La Goutte et prévôt d'Amplepuis en 1130.

C'est ainsi que la branche cadette de la famille de Lorgue de Neulise au bord de la Loire, a ajouté puis substitué à son patronyme le nom du fief (et du château) de La Goutte qu'elle a hérité, au début du 12ème siècle, de la famille d'Oingt (cf. Gabriel Fouillant, ''Girin d'Amplepuis'').

 

 

Neulise
Lorgue
Hainaut
Oingt
La Goutte

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Steyert attribue à la seigneurie de la Goutte les armes "d'argent au chevron de gueules accompagné de trois étoiles du même" qui procède directement des armoiries de Lorgue.
On en retrouve la composition dans le blason de la famille Damas de Luzy (seigneurs de Sigy et de Salornay) dont on a vu le cousinage avec les familles de Centarben, Lugny, Beaujeu, Couzan, Oingt…
Quant aux armes de la famille de Faverges
mais également des familles Mauvoisin, Rébé et Lay, toutes cousines, elles semblent se manifester postérieurement, sur le modèle des armes de Girin -" de *** à trois chevrons de *** accompagné d'un lambel à trois branches " elles-mêmes empruntées à la famille de Hainaut.

 

 

 

 

 

 

 

 

La famille de Lorgue de Neulise

 

Lorgue et les Gouttes (d'après Cassini)

 

 

 

 

 

" Lorgue est à Neulise, aux confins des mandements de Néronde et de Lay, proche de la voie Sayète qui formait depuis 1222 limite entre Forez et Beaujolais. La famille noble de ce nom y possédait une petite censive, enchevêtrée, en 1363, date du premier terrier subsistant, avec celle du comte, du prieur de Pouilly les Feurs et des Salamar. Cette race était de condition analogue à celle des lignages nobles du mandement de Néronde, dont l'hommage fut longtemps disputé entre Beaujeu et Forez : Saint-Marcel chez qui les Lorgue ont pris le prénom de Bompar ; Charsala, eux aussi divisés en branches touffues ; Salamar, voire Charrette et Cinget. " [...]

" Sur le plateau qui porte son nom, dominant la Loire et séparant les plaines du Roannais et du Forez, la seigneurie de Neulise, est aux mains de la famille de Lorgue, dont les Chartes du Forez, campent les profils des chevaliers et des chamoines-comtes de Lyon dès 1239.
De ce hameau, berceau de la famille, et de la maison forte qui jalonnait le grand chemin transversal de Lyon à la Loire par Tarare, Joux, St-Just-la-Pendue, St-Marcel-de-Félines, Pinay sortirent plusieurs branches : celle de Villars à St-Just-la-Pendue, celle de La Place à Pouilly-les-Nonains, celle de l'Aubépin à Fourneaux, celle de La Goutte à Amplepuis, et celle de Fontenelle à Neulise. Les biens primitifs des Lorgue comportent une maison à Néronde, une maison forte à Villars. " [...]

"L'héritage de la maison forte et des terres du patrimoine ancestral de Lorgue, passa à la branche de Villars puis à celle de l'Aubépin. Au hasard des alliances et des successions, Louis de Lorgue seigneur dominant de Neulise et le plus marquant de sa race, réunit sous son règne de 1365 à 1409, un ensemble de 239 tenanciers dont les terres et maisons étaient réparties dans 16 villages : Neulise, Amplepuis, Cordelle, Croizet, Fourneaux, Lay, Machézal, Neaux, Saint-Just-la-Pendue, Néronde, St-Symphorien-de-Lay, St-Marcel-de-Félines, St-Priest-la-Roche, Vendranges, St-Jodard, Pinay. "


 
 
 
 

 

Le château de l'Aubépin, à Fourneaux

 

 
 

" Cette censive conservée à la Diana, est l'une des plus importantes des Monts du Matin. La descendance de Louis de Lorgue s'éteint avec le mariage d'une fille unique : Louise de Lorgue, avec Girard de Semur à qui elle apporte le château de l'Aubépin à Fourneaux. "
" Le blason des Lorgue, écartelé avec celui des Semur, y existe encore, sculpté à droite sur le tablier d'une cheminée au rez-de-chaussée droite du bâtiment : " de gueules à trois étoiles d'or ".
La famille de Lorgue eut ce privilège de voir plusieurs des siens appelés à devenir de grands serviteurs du royaume de France. Nicolas de Lorgue, parti en Egypte avec Saint Louis, pour la 8ème croisade, entra dans l'Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem. Il fut d'abord nommé maréchal de l'Ordre, commandeur de Tripoli, et accéda à la dignité de Grand Maître. On connaît les correspondances qu'il a échangées avec Edouard I° roi d'Angleterre, avec Boémond prince d'Antioche, Charles d'Anjou roi de Naples avec les grands prieurs de Castille, de Léon, de Saint-Gilles. Il décéda en Terre Sainte en 1289, après un voyage en France où il était venu lever des troupes. " Fouillant, op. cit.


La famille de Lorgue, dont la souche est enracinée, telle un palétuvier, au bord de la Loire, pourrait fort bien être issue –à la façon légendaire de la famille de Guînes ! – d'une incursion normande (i.e. viking) en haute Loire.

 

 

 

La batelée normande (tapisserie de Bayeux)

À l'aube du 10è siècle, en effet, alors que la confusion est à son comble dans ce qu'il reste de l'empire de Charlemagne, des batelées de Vikings remontent la Loire, débarquent et s'installent, sur les bords du fleuve -là où les méandres se prêtent le mieux à l'installation d'une base défensive- sur la presqu'île de Pinay , par exemple, un lieu privilégié pour contrôler à la fois la traversée et le trafic sur le fleuve.
Ils bâtissent un château à mottes puis s'engagent à la découverte de la montagne et de l'arrière pays...


 
 

 

Les gorges de la Loire

Les origines de la famille Desgoutte s'estompent à l'aube du millénaire, sur les bords de la Loire, au pied des Monts du Matin… là où elle a pris son essor au moment où l'Europe –basculant d'une économie de guerre chronique et de pillage à une économie de défrichement et de mise en culture– l'exploitation raisonnée de la terre est devenue le moteur de tout développement (cf. Georges Duby, op.cit.).

 


Bibliographie

©opyright: jean-paul.desgoutte, arpublique juin, 2015

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TABLEAU GÉNÉALOGIQUE DE SYNTHÈSE

http://gw.geneanet.org/jpdesgoutte_w?n=desgoutte&oc=1&p=paul+marie+honore

 


 

Le château de Semur en Brionnais (11ème siècle)

 

Post-face

À l'aube du deuxième millénaire, un petit nombre de familles gère l'héritage de l'empire carolingien. Ce sont les enfants des comtes de Charlemagne auxquels s'ajoutent quelques seigneurs de guerre nouveaux venus.
Les comtes de Mâcon et de Châlon, de Lyon et de Forez, les seigneurs de Beaujeu et de Semur se partagent ainsi le contrôle des routes qui joignent la Saône et la Loire d'une part, la Bourgogne et le Midi d'autre part. Ils sont les gardiens du verrou qui contrôle le passage entre l'empire du nord et l'empire du sud, depuis la bataille de Fontenay .
Descendants des rois d'Italie et de Provence, ils ont endossé le destin -sinon l'héritage- de Girart de Roussillon, comte de Vienne, soutien indéfectible, et malheureux, de Lothaire contre Charles le Chauve.

Alliés aux familles de Narbonne, de Barcelone et d'Auvergne (et rejoints par quelques seigneurs de guerre nouveaux venus, futurs souverains de Savoie et du Dauphiné), ils ont fini par régler le sort des Hongrois, Sarrazins et autres Vikings égarés quelque temps dans les vallées du Rhône de la Seine et de la Loire.
Ils sont intimement attachés au territoire de langue francoprovençale -dont le centre historique est Vienne- dans la nostalgie, peut-être, de la Provincia romana ou dans le rêve, sans cesse inabouti, d'un royaume du sud qui, héritier des derniers carolingiens, rassemblerait la Bourgogne, les Alpes et l'Auvergne, la Provence et la Septimanie…
Ils ne survivront pas à l'âge féodal et à l'invasion rampante de la Maison de France. Toutes leurs lignées masculines vont s'éteindre, avant la fin du 13ème siècle.
Les femmes cependant…

 

 


Guillaume Appolinaire


 

 

 

Jean-Paul DESGOUTTE

Il pleut

Histoire de la fin du (beau) temps

"Pauvre Jo, ni beau, ni laid !"

 

Promenade généalogique ascensationnelle

de Paul DESGOUTTE (1915) à Béraud de BEAUJEU (915)

 

arpublique

 

 

 

La version imprimée de cet ouvrage

-184 pages NB et couleur, 60 euros franco de port-

est disponible chez :

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