TAO

scénario par Zhou Yong-lian et Jean-Paul Desgoutte


Une fois Yin, une fois Yang, c'est le Tao...

Tout sépare Sophie de Lü Xian. Sophie parle, Lu Xian se tait. Sophie vibre, Lü Xian ressent ; Sophie brûle, Lü Xian se consume. S'ils se rencontrent et s'ils s'aiment, c'est parce qu'ils sont arrivés l'un et l'autre au bout de leur histoire...

Est-ce la photo d'un papa brandissant le Petit Livre Rouge dans la cour d'honneur de la Sorbonne qui a conduit Sophie à s'expatrier en Chine ? ou l'amertume d'un premier amour gâché ?

 

La rencontre de Sophie et de Lü Xian est la rencontre de deux univers instables, la Chine nouvelle, où cohabitent le confucianisme féodal, le puritanisme communiste et un paganisme anarchiste, et la France fin de siècle, hédoniste, assoupie. La rencontre de Sophie et de Lü Xian, c'est le choc de deux cultures raconté sur le mode sophistiqué et caricatural de l'opéra de Pékin. Chaque personnage est un masque, les sourires ressemblent à des grimaces et les dialogues, portés par des voix forcées, sont ceux d'un théâtre absurde. Nulle intrigue. Les acteurs jouent pour le plaisir, sans rien savoir de leur passé et sans rien prévoir de leur avenir.

Quête, itinéraire, pèlerinage, tous les héros, les uns après les autres, sont attirés vers les montagnes du Wu Dang, un haut lieu du taoïsme, que domine le Pic Céleste. Ils y retrouveront sans doute le fantôme de Lü Ping, l'Immortel taoïste qui abandonna sa femme, le soir de ses noces, pour chercher l'immortalité... Le Tao, nous dit Lao-Tseu, c'est ce qui arrive lorsqu'on n'attend plus rien.

©Films de l'Atalante, 1989.

 

Synopsis

Sophie et Michel, fille et père, nourrissent l'un pour l'autre un amour passionnel, excessif. Lorsque Sophie devient femme, elle ne supporte plus la ronde incessante des amies de son père et devient, par provocation, la maîtresse d'un proche collaborateur de ce dernier. Dans un accès de rage Michel détruit son appartement. Fille et père comprennent alors que la douce époque de l'amour filial est révolue.
Sophie s'enfuit en Chine. Loin l'un de l'autre, ils s'étourdissent de conquêtes jusqu'au jour où Sophie rencontre Lü Xian, un musicien chinois, qui résiste à ses avances. Michel, qui entretient avec sa fille une correspondance excentrique, comprend alors que cette dernière lui échappe et il se laisse, lui aussi, peu à peu attirer par la Chine.
Lü Xian, séduit par la beauté, l'intelligence et l'indépendance de Sophie, refuse cependant de se laisser emporter par le tourbillon iconoclaste de ses caprices. Il tente de l'apprivoiser au jeu austère des fiançailles chinoises. Elle se cabre et prend plaisir à mettre les pieds dans le plat, jusqu'à lui faire perdre la face. Ce que Lü Xian ne supporte pas. Sophie, vexée une passion si mesurée, s'enfuit à nouveau avec un baba cool québecois de passage à Pékin, qui zone à la recherche de la sagesse taoïste.
Quand Michel débarque à Pékin, il ne trouve qu'un fiancé marri et gêné. Il l'entraîne bien vite à la recherche de Sophie, dans les montagnes du Wu Dang, haut lieu du taoïsme, où ils rejoignent le baba canadien, qui vient de perdre Sophie lors d'un bivouac improvisé.
Tous trois rassemblent leurs efforts pour explorer la montagne, tandis que Sophie épuisée trouve refuge chez une vieille paysanne solitaire qui lui prépare une soupe d'herbes. Dans son sommeil délirant Sophie assiste à un opéra fantastique où elle voit errer trois pèlerins à sa recherche. A son réveil, elle interroge la vieille : Qui faut-il choisir : le père, le frère ou l'amant ?


PROLOGUE

Dans l'aéroport de Roissy, Sophie, 20 ans, est en instance de départ pour Pékin. Pour passer le temps et mettre un point à son adolescence, elle enregistre une cassette vidéo portrait dans une cabine prévue à cet effet. C'est une sorte de journal intime qu'elle inaugure ainsi et qu'elle poursuivra jusqu'à la fin de son voyage.

Plan 1 :
Photo de Michel, père de Sophie, brandissant le Petit livre rouge dans la cour d'honneur de la Sorbonne.

Off, voix de Sophie :
- C'est mon père, il était pro-chinois, anarcho-maoïste. Aujourd'hui il est professeur de grammaire à l'université de Grenoble.

Plan 2 :
Sophie range la photo qu'elle présentait à la caméra. Elle apparaît plein cadre.
- Moi, je suis comédienne, et sinologue, j'ai vingt ans, à peu près. Je suis née à Paris, en février 69.

Plan 3 :
Autre photo : un couple dans une manifestation.

- Ca, c'est ma mère, à côté de mon père, lors d'une manifestation pour l'enterrement de Pierre Overney. Pierre Overney était un militant maoïste ; c'est le seul mort français de la Grande Révolution Culturelle.

Plan 4 :
Le visage de Sophie réapparaît.

- C'était des copains, ils étaient tous copains. Ils voulaient faire la révolution. De cette époque il reste deux photos et moi. Moi, je pars en Chine dans deux heures par le vol 707 de la China. Voici mon billet.

Plan 5 :
L'avion décolle. Générique sur un ciel parsemé de quelques nuages.



PREMIERE PARTIE

SÉQUENCE 1.

Le hall de l'hôtel de l'Amitié à Pékin. Mouvements de foule : touristes, employés. Un touriste européen, grand, sec, sac au dos, pénètre dans l'hôtel (on le reconnaîtra plus tard comme Gilbert). Devant le comptoir où l'on vend des souvenirs, Sophie regarde une série d'épreuves photographiques que vient de lui remettre le vendeur.

Photo 1 : personnage masqué de l'opéra de Pékin (le père de Lü Xian).
Photo 2 : autre personnage masqué féminin, une guerrière.
Photo 3 : le groupe des musiciens, détail sur le flûtiste (Lü Xian).

Sophie :
- Il est beau ce mec !

Elle appelle une de ses amies qui est en train de fouiller un carré de soie.

Sophie :
- Lola, viens voir... Je ne suis pas portée sur les Chinois, mais ce type-là est beau...

Lola :
- Qui c'est ?

Sophie :
- Un musicien.

Lola :
- Tu le connais ?

Sophie :
- Pas vraiment encore.

Lola :
- Pas mal ! Mais tu sais, séduire un Chinois c'est toute une entreprise !

Sophie :
- J'aime bien la difficulté.

Sophie paye. Elles se dirigent toutes deux vers l'office du téléphone.

Sophie :
- Il faut que j'appelle mon père, à Paris.

Lola :
- Aucune chance, le téléphone n'est pas encore passé dans les habitudes chinoises. J'ai attendu deux heures hier sans résultat.

Sophie :
- Il se fâche parce qu'il n'a pas de nouvelle de moi. Il est malheureux tout seul.

Lola :
- Il vit seul ?

Sophie :
- Pire que ça. Il change de femme tous les huit jours. Il est trop séduisant, il ne sait pas se défendre.

Elle demande la communication (en chinois). On lui répond "attente indéterminée" (en anglais).


SÉQUENCE 2.

La chambre de Sophie. Mobilier 1930. Au mur une reproduction de Klimt, une vue de Paris. Sophie arrose ses plantes vertes. Le lecteur de cassettes délivre une musique d'opéra chinois. Sophie s'assied à son bureau et regarde par la fenêtre le parc en fleurs, puis la photo de son père posée devant ses yeux. Elle interrompt la Musique et introduit une cassette vierge dans son caméscope.

Voix off (Sophie) :
- Je ne réussis pas à te joindre par téléphone... ni à t'écrire. Alors, je t'envoie une cassette pour que tu puisses partager un peu mes émotions. As-tu déjà entendu parler de l'opéra de Pékin ?


SEQUENCE 3. (flash-back)

Une salle de spectacle d'opéra à Pékin. Le rideau. Un personnage masqué sort la tête de la coulisse. Une salle animée et bruyante attend le début du spectacle. Ambiance bruyante. Au premier rang, Sophie et Marc (un de ses amis français, 35 ans). Un enfant les dévisage, les parents rient. Du haut de la salle une bouteille de coca vide roule vers la scène. Tout le monde s'esclaffe. On guette la réaction des étrangers. Sophie rit. Quelqu'un l'apostrophe. Elle engage un début de conversation en chinois :

Sophie :
- Women shi faguo ren... (sous-titré)

Un spectateur grignote des graines de tournesol dont il crache consciencieusement les pépins. Roulements de tambour, musique... Le spectacle commence.

Scène A : "Comment le moine ivre cassa la potiche du temple"

On reconnaît dans le rôle le père de Lü Xian (cf. supra) Musique et chant + Sophie en voix off :

-... le jeu des acteurs est parfaitement stéréotypé. Chaque pose est une statue vivante. Tu imagines l'entraînement ? Le maquillage efface le visage, la voix est forcée et de tout cela se dégage un charme étrange...

Retour à la salle, applaudissements.

Scène B : "Le combat de la passe"

Sophie en voix off :
- …un orchestre installé dans un coin de la scène accompagne les chanteurs...

Vues de l'orchestre :

-… flûtistes, timbales, violon, sonnailles. Le chant et la musique se répondent et s'entremêlent. Je dois avouer que j'étais fascinée...

Le rideau tombe, les acteurs saluent.

-… tout particulièrement par le joueur de flûte… si bien que j'entraînai Marc dans les coulisses.

Dans les coulisses les acteurs se démaquillent. Surviennent Marc et Sophie. Marc fait des photos. Un des musiciens leur demande en anglais :
- What are you looking for ?

Marc :
- Wo men shi fa guo ren... (nous sommes Français)

Dialogue entre Marc, Sophie et les musiciens, partie en français, partie en chinois, partie en anglais. Un musicien en chinois :
- Eh, Lü Xian, tu parles le français ?

Lü Xian :
- J'ai appris un peu...

Sophie :
- Bravo pour le spectacle ! Vous êtes un grand musicien...

Marc :
- It' s a wonderful entertainment...

Jeu de regards entre Sophie et Lü Xian. Marc prend une photo, flash.


SÉQUENCE 4.

Un bureau dans la hauteur d'une tour à la Défense. Tables à dessin, plans d'architecture. La baie vitrée donne sur l'Arche et le CNIT. Raccord sur la photo de Lü Xian (cf. supra). Le père de Sophie repose la photo puis il arrête le magnétoscope. Il jette un coup d'oeil par-delà la baie vitrée sur le parvis de la Défense. Il est songeur. Sonnerie du té1éphone. Il prend le combiné, il écoute, puis :

Michel :
- Oui, oui...

Il griffonne sur un bloc-notes un vague dessin de masque chinois, tout en regardant les photos posées sur la table.

Michel :
- Je viens de recevoir des nouvelles. Elle a l'air contente... Elle me dit qu'elle veut se remettre à la flûte. .. Elle s'intéresse à l'opéra de Pékin... oui... Je crois qu'elle est amoureuse... eh, oui… non… d'un Chinois !

Il rit avec une pointe de tristesse sur le visage.

Michel :
- Ecoute, je vais rentrer. On peut se retrouver à cinq heures, à Saint-Germain... oui. Ciao !


SEQUENCE 5.

Sur le quai d'une station du R.E.R. Publicité du club Med. Arrivée du train. Michel monte dans la rame, il s'installe et déplie son journal. Il s'intéresse aux nouvelles d'Extrême-orient puis dévisage un couple de Japonais qui se regardent gênés. Aux visages des Japonais se surimposent les visages de Sophie et Lü Xian.

SEQUENCE 6.
Quai de la Seine, près du Pont-neuf. Journée ensoleillée, la foule habituelle. Michel déambule, jetant un regard distrait aux étalages des bouquinistes. Son regard est accroché par une collection de petits masques chinois en plâtre. Il s'approche et s'adresse au vendeur :

Michel :
- D'où tenez-vous ça ?

Le vendeur :
- Ce sont des masques de l'opéra de Pékin...

Michel :
- Oui, bien sûr...


SEQUENCE 7.
La terrasse des Deux Magots à Saint-Germain.

Michel est installé en compagnie de Colette, une belle femme de cinquante ans. Il lui montre son acquisition.

Michel :
- Ce sont des masques de l'opéra de Pékin...

Colette :
- Ah oui ?

Michel :
- C'est curieux, non ?

Colette :
- Alors, ta fille est amoureuse d'un Chinois ?

Michel :
- Si j'ai bien compris, c'est même le coup de foudre !

Colette :
- Tu crois que c'est sérieux ?

Miche1 :
- Avec elle, tout est possible.

Il sort de sa poche les photos envoyées par Sophie.

Michel :
- Voici l'élu et la belle-famille.

Colette :
- C'est original ! Tant qu'à épouser la Chine, elle choisit le pittoresque... C'est plus gai qu'un Garde rouge ! Bon ?
Miche1 :
- C'est terminé les gardes rouges !

Le carrefour Saint-Germain, la circulation et l'église.

Un groupe de la secte "hari krishna" longe le trottoir en chantant et en tapant sur des tambourins.


SEQUENCE 8.
La colline aux parfums, dans les environs de Pékin. Le temple aux mille bouddhas. Marc et Sophie sont en visite accompagnés de Lü Xian, sa soeur Lu Lan et le fiancé de celle-ci.

Le premier plan montre le visage rapproché d'un bouddha.

Lu Lan (off) :
- C'est la figure du destin. Tu prends ta date de naissance et tu comptes un mois par rangée et une statue par jour. L'expression du visage te révèle ton avenir...

Zoom arrière. Apparaissent les visiteurs dans une vaste salle peuplée de bouddhas.

Marc a entrepris de compter pour lui-même. Il désigne du doigt les rangées puis les statues. Tous observent le résultat, un bouddha qui hésite entre le rire et les larmes. Marc, se tournant vers les autres :
- Il rit, non ? C'est un signe de chance !

Lu Lan :
- Mais non, il pleure. C'est le bouddha ennuyeux...

Sophie :
- Ennuyeux ou ennuyé ? Il a l"air un peu coincé.

Marc :
- A ton tour !

Sophie :
- Ah non, je passe en dernier !

Elle se tourne vers Lü Xian et lui fait un sourire engageant.

Sophie :
- A toi. Je suis curieuse de savoir...

Lü Xian :
- Non, honneur aux femmes.

Sophie :
- Janvier, février, mars, avril...

Marc enchaîne et compte en chinois :

Marc :
- Yi, er, san, se... Un ivrogne !... Tu vas finir sous les ponts de Pékin !

Sophie :
- Ah non ! Ce n'est pas de l'ivresse, c'est de l'extase...

Lu Lan, à son frère :
- Est-ce qu'il te plaît, ce bouddha ?

Lü Xian rougit puis se reprend et affirme sybillin :
- Ce n'est pas le nirvanah. C'est l'extase du tao.

Marc :
- Quelle différence ?

Sophie :
- Le vin, l'amour et la nature. Sea. sex and sun...

Lü Xian :
- Le tao, c'est le néant. C'est ce qu'on trouve quand on ne cherche rien.

Sophie le regarde admirative, séduite.

Sophie :
- Et toi, quel est ton bouddha ?

Lü Xian montre un visage de bouddha situé à côté de celui de Sophie et dit en chinois :
- C'est moi !

Marc, amusé :
- C'est un masque, impénétrable, toute la Chine quoi !

Lü Xian :
- Insondable, c'est le tao !

Marc agressif :
- Le tao, c'est la profondeur ou c'est le vide ?

SÉQUENCE 9.
Les jardins de la colline aux parfums. Les cinq personnages dévalent les escaliers. L'orage gronde, la pluie se met à tomber. Lu Lan ouvre son parapluie tandis que Sophie propose à Lü Xian de partager son imperméable. Lü Xian refuse. Lu Lan propose alors son parapluie à Sophie qui lui tend son imperméable.

Sophie et Lü Xian partagent le parapluie et Marc serre sa casquette sur ses oreilles. Sophie glisse sur une marche de l'escalier. Elle grimace de douleur. Lü Xian lui masse la cheville. Premiers sourires amoureux. Lü Xian est trempé.


SÉQUENCE 10.

Traversée de Pékin, vieux quartier populaire (la rue du Boeuf). Circulation intense : voitures, voitures à bras, voitures à cheval transportant des légumes. Un cocher fouette son cheval. Sophie circule à vélo. Elle tient à la main le parapluie de Lu Lan. Surprise par le mouvement du cocher, elle fait un écart.
Elle longe les étals de cuisine ambulante. Plus loin, un cycliste porte, accrochés de part et d'autre de la roue arrière de son véhicule, deux chèvres. Et sur le guidon sa femme.
A la vue du policier, le cycliste, un paysan pauvre, descend de vélo et se glisse dans la foule. Une fois qu'il a échappé au regard du policier, il remonte à vélo.
Sophie s'arrête à un marché. Elle achète des sucres d'orge pékinois (trois) et entreprend d'en sucer un.

 

SÉQUENCE 11.
Maison chinoise traditionnelle (cour carrée). Sophie pose son vélo contre le mur, puis pénètre dans la première cour de la maison où habite une famille ouvrière de bonne origine (de classe).
La famille de Lü Xian habite dans la deuxième cour. Sophie regarde puis entre. Le fils (cinq ans) de la famille ouvrière se met à crier en tapant dans ses mains :

L'enfant :
- Une diablesse étrangère aux yeux bleus...

Dans la cour, un homme de cinquante ans, impassible, assis sur un tonneau, fume la pipe en regardant dans le vide.

Sophie s'avance. Une Jeune fille (12 ans) s'approche, puis sa .mère.

Sophie, en chinois :
- Je cherche Lü Xian...

On lui désigne la deuxième cour. Elle s'approche et voit LüXian et son frère en train de s'exercer aux arts martiaux (en tenue de combat). Quand les frères entendent crier le petit garçon ils s'arrêtent et saluent Sophie. Le père et la mère de Lü Xian s'approchent éga1ement.
Sophie donne les sucres d'orge à Lü Xian qui les donne au petit garçon. Le petit garçon en garde un pour lui et donne l'autre au père de Lü Xian qui rit, un peu gêné.
Salutations générales. Sophie rend le parapluie à Lu Lan puis demande à Lü Xian de lui montrer sa collection d'instruments de musique.
Lü Xian la conduit dans sa chambre; il lui montre une série d'instruments. Sophie choisit une flûte, essaie en vain d'en tirer des sons puis la tend à Lü Xian qui joue une courte mélodie et repose l'instrument en disant :
- Pour jouer de cet instrument il faut des conditions particulières : un lac dans la montagne, un clair de lune, un souffle de vent... C'est toute une cérémonie... On brûle de l'encens pour se purifier l'âme puis on se lave les mains et le visage. Enfin on est prêt... Le chant se mêle à la flûte et même les pierres en tremblent d'émotion... C'est ce qu'on dit.

Sophie :
- Que raconte la chanson ?

Lü Xian :
- C'est difficile à traduire... C'est l'histoire de deux jeunes oiseaux qui se poursuivent...

Sophie, amusée de la gêne de Lü Xian :
- C'est l'histoire de la pluie et des nuages ?

Lü Xian, surpris :
- Où as-tu appris cela ?

Sophie :
- Quoi ? Le jeu de la pluie et des nuages ? Je suis une grande fille, tu sais ? Tu as l'air surpris ! Il n' y a pas que les oiseaux qui font l'amour...

Le frère de Lü Xian apparaît dans l'embrasure de la parte.

Le frère :
- Qu'est-ce que j'entends ici ? De la musique ?

Lü Xian :
- Va-t-en, tu n'as rien à faire ici !

Sourires complices entre Sophie et le frère.


SÉQUENCE 12.
Le parc de l'hôtel de l'Amitié au matin. Sophie et son amie Lola font du Taï shi parmi quelques Européens. Plus loin, des Chïnois qui dansent le jerk. Lola est en train de rire aux éclats, puis elle dit :

Lola :
- Il est très Chinois, hein ? Mais ils ne sont pas tous comme ça quand même. . .

Sophie :
- Je crois que c'est ça qui me plaît chez lui.

Lola :
- Ca t'amuse de le provoquer ? Vous en êtes où au juste ?

Sophie, geste vague :
- Pas grand chose...

Lola :
- Pas même un petit baiser, une petite caresse ?

Sophie :
- Non, il est ailleurs... Il est réservé mais il n'est pas indifférent.

Lola :
- Un peu coincé, non ? Pour les Chinois, les étrangères sont des diablesses...

Sophie :
- Oui, des obus enrobés de miel...

Lola :
- Qu'est-ce que tu dis ?

Sophie :
- Des obus enrobés de miel... C'est l'expression officielle pour qualifier les belles femmes capitalistes qui séduisent les honnêtes et courageux communistes...

Elles rient ; Lola glisse les mains le long de sa poitrine.

Lola :
- Nous sommes de beaux obus enrobés de miel...

Elle saisit Sophie par les épaules et la fait rouler par terre.

Lola :
- Attaque, attaque, tacatacatac...

Elles rient ; couchées dans l'herbe.


SÉQUENCE 13.

Le théâtre de l'opéra, entrée des artistes. Sophie et Lola sortent d'un taxi. Elles semblent un peu ivres et pénètrent en riant dans le théâtre. On les retrouve dans les coulisses où les acteurs sont en train de se maquiller. Lola s'affuble d'une barbe postiche d'Immortel.

Lola :
- Lao Tseu l'a dit : "il faut trouver la voie".

Quelqu'un s'approche d'elles et leur fait signe de se taire : fou rire. L'orchestre commence à jouer, le spectacle va commencer. Elles s'approchent de la loge de l'orchestre qui donne sur la scène. Lü Xian se retourne vers elles et fait un geste, il est furieux. De la main Sophie lui envoie un baiser.
Le spectacle commence, c'est l'opéra du serpent blanc. Lola explique à Sophie :

Lola :
- C'est l'histoire du serpent blanc.

Sophie :
- Raconte !

Sur scène : combat entre le moine et les serpents (Déluge sur le Mont Ting).

Lola :
- Le serpent blanc rencontre un jour un beau jeune homme et en tombe amoureux. Il se transforme alors en une belle jeune fille pour le séduire. Puis il fait tomber la pluie, ça fait partie de ses pouvoirs... Le jeune homme lui propose donc de s'abriter sous son parapluie...

Sophie :
- Mais c'est mon histoire, ça !

Lola :
- Attends la suite... Un moine qui a découvert la ruse fait boire du vin au serpent blanc et à sa servante le serpent bleu…

Sophie :
- Le serpent bleu, c'est toi !

Lola :
- Chut ! Sous l'effet de l'alcool la belle jeune fille et sa servante redeviennent les serpents qu' elles sont. Le jeune homme s'évanouit de tristesse...

Sophie :
- Et alors ?

Lola :
- Et alors, le serpent blanc va cueillir une herbe magique pour sauver la vie du jeune homme.

Sophie :
- Et alors et alors ?

Lola :
- Et alors,le jeune homme se réfugie chez le moine et les serpents le poursuivent et se battent avec le moine. C'est ce que nous sommes en train de regarder. C'est le déluge sur
la montagne. Le serpent bleu a rassemblé les esprits pour assiéger le moine taoïste...

Sophie :
- Quelle histoire ! Et après ?

Lola :
- Après, le jeune homme se réconcilie avec le serpent redevenu jeune fille et il lui fait un enfant...

Sophie :
- Un enfant…

Lola :
- Oui, le jeu de la pluie et des nuages... Tu connais. Non ?

Sophie :
- Et comment ça se termine ?

Lola :
- Le moine enferme le serpent dans une pagode tandis que le jeune homme élève tout seul son enfant. Des comédiens entrent et sortent de scène. Lola entraîne Sophie. Elle saisit un costume de guerrière du ciel et se déguise.

Lola :
- Regarde, pas mal, non ?

Un comédien passe, il entraîne Lola sur scène. Lola, un instant décontenancée, se ressaisit et improvise quelques mouvements de danse. Le comédien comprend son erreur. Il la prend dans ses bras et lui fait danser le tango. L'orchestre, entraîné par le frère de Lü Xian, suit le jeu et enchaîne une musique de tango. La salle se met à rire et applaudir. Le rideau tombe, Lü Xian est furieux; il peste, rage puis casse sa flûte en deux morceaux. Lola s'amuse, Sophie baisse les yeux.


SÉQUENCE 14.
Dans le parc Bei hai, derrière la Cité interdite. Sophie et Lü Xian se promènent le long du bassin.

Lü Xian :
- Pourquoi fréquentes-tu Lola ? Elle est folle cette fille !

Sophie :
- Pas du tout, elle n'est pas folle du tout. Elle connaît d'ailleurs très bien la Chine et les Chinois. C'est mon serpent bleu.

Lü Xian :
- Qu'est-ce que tu dis ?

Sophie :
- Rien. rien... Elle s'en est pas mal sortie, l'autre jour, non ?

Lü Xian fait la moue.
- Je n'aime pas ce genre de fille.

Sophie, minaudeuse :
- Et moi, tu m'aimes ?

Lü Xian :
- Ce n'est pas une question que pose une femme.

Sophie cesse de marcher et regarde Lü Xian en face de très près.

Sophie :
- Tu m'aimes ?

Lü Xian ne peut faire autrement que l'embrasser. Rires d'enfants. Lü Xian tente de se dégager, mais Sophie prolonge le baiser. Regards indiscrets mais furtifs d'un vieux couple. Un jeune couple timide qui passe par là les imite. Les enfants applaudissent.

Les enfants :
- C'est mieux qu'au cinéma...

Lü Xian se dégage enfin et dit gêné :
- Allons-nous-en !


SÉQUENCE 15.

L'appartement de Michel à Paris. La salle de bains. Michel dans son bain écoute de la musique chinoise (opéra) et bat la mesure avec sa longue brosse de bain. On sonne. C'est le facteur qui livre un paquet. Michel emporte le paquet dans la salle de séjour, très vaste pièce lumineuse aux tons clairs.
Il en déballe lithos et calligraphies chinoises qu'il entreprend d'accrocher sommairement aux murs parmi d'autres gravures et photos, dont un très grand tirage en noir et blanc du père de Lü Xian interprétant une position du bouddha.
La musique d'opéra chinois qui provient d'une cassette cesse et l'on entend la voix de Sophie.

Voix de Sophie :
- Que penses-tu de cet intermède musical ? Je suis sûre que tu as apprécié et que tu apprécieras plus encore la nouvelle que je vais te confier : nous avons décidé Lü Xian et moi de nous marier…

Miche1 contemple la photo du bouddha. Il semble très absorbé.

Voix de Sophie :

-… la date n'est pas encore fixée. Tu seras bien sûr le premier informé.

Miche1 change de cassette. De nouveau musique chinoise. Miche1 s'installe en tailleur devant la photo du bouddha. Le visage de la photo s'anime. Miche1 essaie quelques positions d'art martial, la musique s'accélère. La photo s'anime. Le personnage descend de l'image et montre à Miche1 quelques figures que ce dernier imite.
La musique cesse. Miche1 reste prostré, en extase. On sonne, il ne bouge pas. Entre Colette qui s'approche étonnée.

Colette :
- Qu'est-ce que tu fais ?

Michel :
- Rien.

Colette :
- Tu es sûr que tu te sens bien ?

Michel :
- Regarde !

Il fait trois mouvements.

Colette :
- … ?

Michel :
- Lao Tseu l'a dit : "il faut trouver la voie".

Colette :
- Qu'est-ce qui t'arrive ?

Michel sort de la pièce et revient avec une bouteille de champagne et deux coupes.

Michel :
- Sophie se marie.

Colette :
- Avec son flûtiste chinois ?

Michel :
- Oui, je pars la rejoindre en Chine.

Il ouvre la bouteille.


SÉQUENCE 16.

La maison de Lü Xian, la chambre de Lu Lan. Sophie se trouve dans la chambre de Lu Lan qui l'aide à se maquiller. Sophie est vêtue d'une robe fourreau chinoise de soie verte. Lu Lan est vêtue d'une robe occidentale.

Sophie :
- N'en mets pas trop sinon je vais me transformer en serpent blanc.

Lu Lan :
- Tu es le serpent blanc !

Elles rient

Sophie :
- Tu crois que je vais lui plaire ?

Lu Lan :
- C'est sûr, mais il ne le dira pas !

Sophie :
- Pourquoi ?

Lu Lan :
- Par ce qu'en Chine les hommes ne font jamais de compliments aux femmes.

Sophie :
- Quel dommage ! Ca ne te manque pas ?

Lu Lan, après un soupir :
- C'est une habitude. Ici, tout se passe derrière le rideau, en privé ou en cachette.

Elle jette un dernier coup d'oeil au maquillage et à la coiffure de Sophie.

Lu Lan :
- C'est parfait ! allons-y...


SÉQUENCE 17.
La salle de séjour. Les hommes (Lü Xian, son père, son frère et Marc) sont assis en demi-cercle sur des fauteuils. La mère et Lola sont debout en retrait.
Entrée théâtrale de Sophie et de Lu Lan. Regards admiratifs. Lola et Marc applaudissent. Marc se lève et embrasse Sophie.

Marc :
- Tu es superbe !

Les visages se ferment, un froid parcourt l'assistance.

Sophie à Marc :
- Ca ne se fait pas, tu sais ?

A Lü Xian :
- N'est-ce pas. Lü Xian ?

Visage allongé de Lü Xian. Le père masque sa contrariété et sert les gâteaux aidé de sa fille qui sert les boissons. Le père se lève alors et entreprend un discours, en chinois, qui est traduit phrase par phrase par Lu Lan.

Le père :
- Nous nous sommes réunis ce soir pour accueillir Sophie dans notre famille. C'est un grand événement pour nous de recevoir ainsi une "étrangère aux yeux bleus"... Cette décision n'a pas été facile. Mes cheveux ont blanchi et la mère de Lü Xian a passé bien des nuits sans sommeil... La loi ne s'oppose pas à votre mariage... Mais nos mentalités sont bien différentes... Ma femme me pose des questions. Vas-tu respecter les traditions familiales ? Accepteras-tu nos coutumes ?

Sophie, à Lu Lan, en français :
- Qu'est-ce qu'il veut dire précisément ?

Lu Lan traduit en chinois. Le frère intervient alors.

Le frère :
- Il s'agit de se prosterner devant les ancêtres ou devant les parents.

Il prend Sophie par la main et l'entraîne devant la mère. Il se met à genoux, se prosterne et tire le bras de Sophie qui tombe à genoux. Le père la relève vivement. Sophie regarde Lü Xian, un peu interloquée. Lü Xian se fâche avec son frère et le pousse.

Lü Xian :
- Laisse-la tranquille, veux-tu ?

Le frère se rebiffe.

Le frère :
- Vous n'êtes pas encore mariés et tu la protèges déjà !

La mère intervient :
- Il faut qu'elle comprenne notre façon de vivre.

Marc à Lola :
- Pauvre Lola ! Dans quelle aventure elle s'embarque !

Lola à Marc :
- Elle l'a voulu. Chacun ses goûts.

Le père, essayant de calmer le jeu.
- J'espère que nous aurons bientôt la joie de faire connaissance avec ton père pour préparer ensemble votre bonheur.

Le frère met alors de la :musique (Good Morning America) et invite Sophie à danser. Marc et Lola dansent ensemble. La lune se dévoile derrière un nuage. Le père fait un signe à sa fille. La fille arrête la musique et dit :

Lu Lan :
- Le clair de lune nous invite à changer de monde. Un temps de silence. Le père se met à jouer une mélodie en tapant sur les verres avec une baguette (Dans la profondeur de la nuit). Puis, tandis que Lu Lan allume un bâton d'encens, il dit :

Le père :
- Lü Xian, joue nous un morceau de flûte.

Lü Xian prend sa flûte et joue. Sophie s'approche de la fenêtre. La lune joue avec les nuages. Rêverie de Sophie : des divinités dansent dans un paysage flou (danse de Dunhuang). Fondu au noir.


SÉQUENCE 18. Ouverture au noir.
La chambre de Lü Xian. Lü Xian repose à moitié endormi sur son lit. Sa mère entre, émue. Elle se met à genoux près de son fils. Elle reste silencieuse. Lü Xian se redresse, la prend dans ses bras.

La mère :
- Ne l'épouse pas...


SÉQUENCE 19.
Une rue animée du centre de Pékin (Xi Dan). Sophie déambule joyeuse. Dans un autobus qui passe elle reconnaît Lü Xian. Elle fait de grands gestes. Au croisement, l'autobus s'arrête. Sophie se précipite, le chauffeur lui ouvre la porte. Elle monte. Elle est joyeuse, tous les regards se portent vers elle. Lü Xian est gêné.

Sophie :
- On a passé une soirée formidable, hier. Je n'ai pas dormi de la nuit, et toi ?
Lü Xian :
- Tu ne pourrais pas être un peu plus discrète ?

Sophie :
- Tu m'as trouvée belle ?

Lü Xian :
-…

Sophie :
- Ton père est un homme charmant, un peu vieille Chine peut-être... Et ton frère est amusant...

Lü Xian :
- Il est aussi idiot que toi.

Sophie, assombrie :
- Qu'est-ce que tu veux dire ?

Lü Xian :
- Tu embrassais tout le monde !

Sophie, conciliante et rusée :
- Tu veux que je n'embrasse que toi ?

Elle l'embrasse ; il se débat et regarde affolé autour de lui. Les voyageurs tournent la tête.

Lü Xian :
- Tu es folle !

Elle l'embrasse de nouveau.

Sophie :
-Oui, je suis folle de toi !

Il la repousse avec force. Elle perd l'équilibre et tombe à la renverse. Elle se relève, furieuse.

Sophie :
- Ca, c'est trop ! Tu vas le regretter.

Elle se précipite vers l'avant du bus et demande au chauffeur de la laisser descendre.


SÉQUENCE 20.

Nuit. La terrasse de l'hôtel de l'Amitié. Une foule cosmopolite installée autour de petites tables. On boit, on discute, on rit fort. A une table, Sophie, Lola et Marc.

Sophie :
- J'en ai assez de sa façon de faire. Il est froid comme un glaçon.

Lola :
- C'est une autre façon de vivre. Il est Chinois. Le plus important pour lui, c'est la famille et le qu'en dira-t-on.

Sophie :
- On n'est jamais seuls. J'ai l'impression qu'il a peur de moi.

Marc :
- Vous n'avez rien de commun. C'est le jour et la nuit.

Lola :
- Le chaud et le froid, le yin et le yang...

Gilbert, Québecois, grand brun frisé, au nez remarquable, s'approche de la table.

Gilbert :
- Lao Tseu l'a dit : "il faut trouver la voie". Moi, je ne l'ai pas encore trouvée, mais je la cherche...

Il a un verre à la main. Il est un peu ivre, il boit. Gilbert, en montrant son verre :

- Bourbon ! Il y a plusieurs chemins pour gravir la montagne mais il n'y a qu'un seul sommet : l'extase, le Tao...

Sophie, intéressée :
- Le Tao ?

Gilbert :
- Oui, le Tao. Je suis venu en Chine à la recherche du Tao. Demain je serai dans les montagnes du Wu Dang. le berceau de l'école de Sabre chinois... Il fait quelques moulinets avec le bras.

Gilbert :
- Le tao, c'est ce qui arrive lorsqu'on n'attend plus rien.

Il s'assied et regarde Sophie.

Gilbert, à Sophie :
- Tu connais l'histoire de Lü ? Lü Dong pin ?

Sophie, amusée :
- Non, je ne connais pas ce Lü-là.

Gilbert :
- Lü Dong pin quitte sa femme le jour de ses noces et se retire dans la montagne pour devenir immortel...

Sophie, troublée :
- C'est loin le Wu Dang ?

Gilbert :
- Quelques heures de train.

Sophie, comme saisie d'une inspiration :
- C'est moi qui vais quitter la noce...

Lola, à Sophie :
- Qu'est-ce que tu racontes ?

Sophie se tourne vers Gilbert :
- Je pars avec toi demain.


À SUIVRE...


ANNEXES

LES MONTAGNES DU WU DANG

Les montagnes du WuDang, anciennement appelées montagnes de Canshang ou montagnes de Taihe, s'étendent sur une longueur de 400 kilomètres dans le nord-ouest de la province du Hubei, en plein centre de la Chine. Le principal sommet s'élève à mille six cents mètres au-dessus du niveau de la mer.Il est surnommé le Pic céleste. On recense dans le massif 72 pics, 36 collines, 24 vallées, 11 grottes, 3 lacs, 9 cascades, 10 bassins, 9 puits, 10 falaises et 10 terrasses.

La beauté du paysage des montagnes du Wu Dang surpasse celle des cinq montagnes sacrées, à savoir Taishan dans le Shandong, Hengshan dans le Hunan, Huashan dans le Shaanxi et Songshan dans le Henan. Le massif du Wudang est un haut lieu d'implantation de monastères taoïstes.Il est également à l'origine d'une célèbre école de boxe chinoise : la boxe du Wudang.

En 1411, l'empereur Cheng Zu, de la dynastie des Ming, dévôt du Taoïsme, engagea 300.000 artisans et soldats à la construction, dans les montagnes du Wudang, de 8 palais, 2 monastères, 36 temples, 30 ponts, 12 pavillons et terrasses. Le chantier se prolongea six ans et absorba pendant cette période l'équivalent des ressources fiscales de 13 provinces.


L'0PÉRA CHINOIS

La tradition chinoise mêle théâtre et opéra. C'est une forme artistique complexe intégrant la parole, la musique, le jeu des acteurs, la danse, le mime et l'acrobatie. La forme connue sous le nom d'opéra de Pékin apparaît à la fin du XIIIème siècle, dans le nord de la Chine. On l'appelle également "pièces mélangées" ou zaju. Comme tout le théâtre chinois, le zaju n'est pas pour l'essentiel un art d'imitation. Son but principal n'est pas de mettre en scène une action, mais une expérience humaine, à travers des personnages et des situations ; on ne tente aucune imitation réaliste de ta vie. Par conséquent sont d'une importance mineure l'intrigue (toujours empruntée à l'histoire, la égende ou au folklore, et jamais originale) et les personnages (conçus comme des types et non comme des individus).Une pièce zaju se compose de quatre actes et d'un prologue (facultatif) placé au début ou entre les actes. En général, une atmosphère particulière domine chaque acte. C'est dans l'évolution de l'atmosphère plutôt que dans le déroulement de l'intrigue qu'il faut chercher la véritable structure d'une pièce - un peu comme dans une symphonie.
Ce film est l'occasion de présenter de larges extraits de l'opéra du Serpent blanc, une oeuvre traditionnelle de grande renommée. Un travail d'adaptation original sera effectué sur le livret et la chorégraphie afin de faciliter au plus large public occidental une approche satisfaisante de ce type de spectacle extrêmement ritualisé et sophistiqué.Cet effort de renouvellement ou de toilettage correspond également à une volonté de repopulariser auprès du public chinois jeune une forme d'expression artistique qui tendait à tomber en désuétude. Le ressourcement dans la tradition est une des tendances fortes de l'explosion culturelle chinoise actuelle.


La musique originale

La musique taoïste a nourri sans cesse les livrets de l'opéra populaire. Peinture, poésie, calligraphie et musiques sont les supports consubstantiels de l'effort mystique qui irradie toujours l'ensemble de la société chinoise.Ce film est l'occasion de faire connaître la flûte taoïste, chère à Chuang Tseu, et d'organiser la rencontre de mélodies orientales millénaires et de l'excellence du son occidental contemporain.