Huaycán

une expérience d'urbanisation de bidonvilles

PÉROU 1987

 

 

L'invasion de terrains est une tradition bien établie à Lima, au Pérou, où quatre millions d'habitants vivent dans des campements de bambous, de tôles et de terre battue, hors de toute légalité... Huaycàn est l'un des multiples "pueblos jovenes" situés dans la grande banlieue de la métropole. Trois mille familles s'y sont installées depuis 1982 en envahissant collectivement une moraine désertique.

L'invasion de Huaycàn a été suscitée par la municipalité de Lima qui, incapable de prendre en charge et de planifier l'urbanisation consécutive à l'exode rural, s'est engagée depuis peu à accompagner les mouvements spontanés d'invasion afin de faciliter l'aménagement progressif des lieux et des services. Une équipe technique municipale assiste ainsi les nouveaux habitants en proposant un cadre juridique et territorial à l'urbanisation sauvage, un plan progressif d'aménagement des services et une aide à l'auto-construction.

LES ANTECEDENTS
Le principe même des invasions de terrain constitue au Pérou et surtout à Lima une forme courante d'accession à l'habitat pour les populations de plus en plus nombreuses qui n'ont pas accès au marché immobilier traditionnel. Les bidonvilles et "Pueblos Jovenes" représentent actuellement près de 60 % du parc immobilier à Lima et constituent encore aujourd'hui la forme la plus dynamique et la plus répandue de développement de la ville.

Les politiques officielles ont eu très souvent tendance à nég1iger cette forme de développement urbain jusqu'à ce que la pression des habitants, pour la mise en place des services et des infrastructures, oblige les autorités gouvernementales à s'en préoccuper. Mais ces interventions tardives se traduisent par des coûts de travaux excessifs et des résultats techniques peu satisfaisants. Cette situation est aggravée par le fait que les invasions se font en général sur des terrains en pente et d'accès difficile.

Le nouveau gouvernement [Alan Garcia, 1985] a opéré un changement radical basé sur une réflexion plus réaliste dont les conséquences commencent à se faire sentir sur le projet de Huaycàn. Les promoteurs de Huaycàn ont tous vécu, à des titres divers, de nombreuses invasions et ils en connaissent parfaitement le processus. Ce projet constitue donc en réalité une sorte de mise en œuvre à grande échelle d'un ensemble de principes de gestion urbaine qui se sont dégagés d'expériences diverses vécues à Lima.

LE PROJET
Le site d'urbanisation est une zone pentue de 460 hectares, située à 17 Km du centre de la capitale, au pied la Cordillère. Le terrain, proche du Rio Rimac, est un désert minéral de pierres et de sable. Son altitude est comprise entre 400 et 700 m.

Le projet global prévoit l'implantation de 24.000 familles, soit 120.000 habitants. Une première étape organisant l'installation de 12.000 familles sur 205 hectares est en cours. 4.000 familles vivent déjà sur le site.

Les familles qui constituent le noyau de base du projet font partie des catégories les plus pauvres de la ville. Beaucoup ont déjà vécu une invasion et considèrent leur arrivée sur le site comme la fin de leur errance.

Les unités communales : UCV
Afin que le processus participatif puisse fonctionner, il a été décidé la création d'unités communales de logements, UCV, organisées par rues et ruelles. L'UCV constitue la cellule de base de Huaycán autour de laquelle tout s'organise. C'est un ensemble homogène de 60 familles installées sur un hectare. Chaque famille dispose d'une parcelle individuelle de 90 m2 sur laquelle elle pourra construire une maison de trois niveaux maximum. Chaque UCV possède une existence juridique officielle et un titre de propriété, son règlement, une association de propriétaires en charge de la gestion des investissements et du fonctionnement des équipements et des zones collectives. Elle est organisée autour d'un comité élu au suffrage universel de dix personnes avec un président qui participe au Comité de Gestion de la zone, lui-même constitué de dix personnes dont certaines participent au Comité de Gestion Central de Huaycán. Ce Comité Central est un organe tripartite avec des représentants de la Municipalité de Lima et du district de Vitarte.


Un certain nombre de principes sous-tendent le déroulement du projet :

La planification participative
Il importe de ne pas casser les initiatives créatrices des populations dans l'organisation de leur territoire mais de les canaliser. Telle est la préoccupation constante des planificateurs. C'est ainsi que les urbanistes se sont efforcés de définir un réseau primaire de voirie et un schéma de zonage définissant des espaces d'échelle appropriée pour le dessin participatif.

La gestion démocratique
Ne pas isoler la planification et les phases de construction de la gestion ultérieure. Dépasser les limites de la seule gestion revendicative. Tels sont les objectifs poursuivis dans la mise en place des Comités de Gestion mentionnés ci-dessus.

Développement progressif
Tout le projet est basé sur la mise en œuvre de processus permettant un développement progressif intégral. La phase initiale de développement, qui ne devrait pas dépasser un coût objectif de 200$ par famille, est donc très limitée au niveau de l'étendue des prestations mais homogène pour l'ensemble du projet. Le regroupement des habitations en UCV permet une réduction sensible des voies et des divers réseaux de distribution, donc une économie suffisante réalisée dans les infrastructures (ex : 200 connexions d'eau et d'électricité pour 12.000 familles).

Innovations technologiques
Le développement progressif, l'emploi intensif de main-d'œuvre locale et de matériaux du site constituent les facteurs principaux pris en compte pour le développement d'innovations technologiques.

[Programme interministériel de Coopération, ACA, Lima, 1987]

Huaycán, video béta SP de 22 minutes 1987 Version DVD de 13 minutes 2005

 

Une co-production : Films Jean-Paul Desgoutte / Videocentro pour le Rexcoop, Paris-Lima, 1987.