TIKARÉ

BURKINA FASO

DES VILLAGEOIS FONT DES DIGUETTES POUR AMELIORER LEURS TERRES

2 - L'ORGANISATION DU TRAVAIL

 

Les résultats de notre travail

Après avoir appris à faire des diguettes, nous avons demandé aux vieux un terrain pour cultiver. Le terrain qu'ils nous ont donné était mauvais. Personne ne pouvait cultiver là-dessus. On y a fait des diguettes. La première année nous n'avons rien semé mais voilà 3 ans que nous y faisons du mil.

Généralement la première année lorsqu'on fait les diguettes on ne cultive pas, surtout si le terrain a beaucoup de pente. Quand une saison des pluies est passée, là c'est bien. Les trous qu'on a faits pour faire les diguettes se sont bouchés, et entre les diguettes le terrain est devenu plat. La pluie a ramené de la bonne terre et ce qu'on sème va bien pousser.

Pour nous, la première année, la production n'a pas été très bonne mais l'année suivante elle avait doublé et cette année elle a encore augmenté. On peut dire que la première année on a récolté 1 sac, la deuxième année 2 sacs et cette année 3 sacs.

Les villageois nous demandent

Cette année beaucoup de villageois nous demandent de venir faire des diguettes dans leurs champs. Ils ont vu la différence à la récolte entre ce qu'ils ont eu et ce qu'ont récolté ceux qui avaient des diguettes dans leur champ. Maintenant beaucoup nous appellent.
Ce travail des diguettes, on peut le faire pendant la saison sèche depuis le mois de janvier jusqu'au 30 juin. A ce moment là on arrête car c'est le début des pluies et c'est le moment de cultiver et de semer le mil.

Ce travail est gratuit

Ce travail est gratuit pour le moment. C'est à dire que la personne chez qui on travaille ne nous paye pas. Certains pour nous remercier, nous faire plaisir nous envoient de la bière de mil ou de l'eau de farine. D'autres aussi, quand on vient chez eux travaillent avec nous pendant tout le temps. Mais, si c'est un vieux, il ne peut pas. C'est trop fatiguant.
Quelquefois d'autres villageois en voyant notre travail sont contents. Ils nous donnent quelques pièces d'argent ou de la kola. Certains nous apportent un peu de nourriture, mais nous, nous ne demandons rien aux gens.

La constitution des groupes

Ce sont les garçons qui font ce travail mais dans certains groupes il y a des jeunes filles. Leur rôle est de préparer la nourriture et de l'apporter à midi dans le champ.
Dans les groupes il y a aussi des gens mariés. Certains sont même un peu vieux déjà. Cela dépend de leur caractère, comment ils se situent par rapport aux jeunes. Si c'est quelqu'un qui a bon caractère, qui est gai et travailleur on l'accepte facilement. Il peut bien venir travailler dans le groupe.

L'aide de la Caritas

Quand un groupe a reçu la formation pour faire les diguettes il reçoit de la Caritas le matériel nécessaire pour faire le travail : 5 pics, 5 pelles, 5 brouettes, 5 dames.
Le niveau est fait par eux pendant la formation. Tout ce matériel coûte cher. La Caritas demande qu'on lui rembourse la moitié de la dépense. La Caritas nous aide aussi pour la nourriture. Pour une semaine de travail par groupe, on reçoit: 3 sacs de farine, 1 sac de riz et 4 bidons d'huile. Ca suffit car c'est pour le repas de midi seulement. Le soir chacun mange chez lui.
Si la Caritas ne nous aidait pas, on ne pourrait pas faire ce travail. Rien que pour la question de nourriture ce ne serait pas possible. Les personnes chez qui on travaille ne pourraient pas donner à manger à 20 personnes pendant 6 jours. Aucun villageois n'a les moyens pour le faire.

La commission de contrôle.

Quand un groupe a fait des diguettes dans un champ il y a une commission de contrôle qui va voir si le travail est bien fait. Cette commission est constituée par des gens qui savent bien faire le travail.
Ils regardent si l'espace entre les diguettes a été bien mesuré avec le niveau, si la hauteur et la largeur des diguettes sont bonnes.
Ils comptent le nombre de mètres de diguettes qui ont été faits. Pour le travail, la Caritas donne aussi un peu d'argent. Si les diguettes sont bien faites, le prix est de 75 francs (CFA) le mètre.
Si elles ne sont pas bien faites, le prix diminue à 50 francs ou 25 francs le mètre. C'est la commission de contrôle qui juge le travail.
La Caritas donne au groupe la somme correspondante.

Utilisation de l'argent

Le groupe alors divise cette somme en 2 parties. Une partie sert au remboursement du matériel et l'autre partie sert au groupement. Souvent cette deuxième partie est divisée entre les membres et ça les encourage à travailler. Ca les aide par exemple pour payer les réparations de leurs vélos. Et cela est très important si on veut retenir un peu les jeunes au pays, et qu'ils ne partent pas tous en ville ou à l'étranger. C'est nous qui avons eu l'idée de demander ce paiement à la Caritas pour que les jeunes, voyant qu'ils gagnent quand même quelque chose, n'aient pas toujours envie de partir ailleurs.

Les autres activités de mon groupement

Sur le terrain que nous avons aménagé, en 1978, pendant la saison sèche, nous avons commencé à faire du jardinage. Pour cela nous avons creusé un puits et on a de l'eau à 1 ou 2 mètres.
Cette année nous avons fait 4 planches de carottes, 1 planche de pomme de terre, de l'oseille et des haricots.l'oseille et les haricots nous en avons vendu plusieurs fois aux villageois.
Quand on fait les planches on met du fumier et les légumes poussent très bien. Chaque soir aussi on arrose. Quand une planche est récoltée, avant de resemer on remet du fumier et on le mélange bien avec la terre.
Nous avons fait aussi du reboisement. Un vieux nous a donné un autre terrain l'an passé et en juillet nous avons planté des arbres fruitiers. On a planté des manguiers greffés, des orangers, des citronniers, des goyaviers. Beaucoup ont crevé à cause de la sécheresse. Sur les 150 pieds il en reste peut-être une centaine. Nous avons aussi planté des acacias et des eucalyptus mais là aussi c'est difficile.
Quand on les met en terre au mois de juillet, ils reprennent bien. Mais la saison des pluies terminée, ils commencent à se fatiguer et ils crèvent.
Nous pensons aussi faire un puits dans ce champ pour pouvoir arroser un peu les arbres pendant la saison sèche.
Il vaut mieux en planter moins mais qu'ils poussent bien.


REFLECHISSONS
1 - Qu'est-ce que vous pensez des résultats du travail de ces jeunes ?
Est-ce que ce travail en vaut la peine ? Pourquoi ?
2 - Les jeunes ne font pas payer leur travail pour faire les diguettes. Pourquoi à votre avis ? Qu'est-ce que vous en pensez ?
3 - A votre avis, est-ce que le rôle de la commission de contrôle est important ? Pourquoi ?
4 - Qu'est-ce que vous pensez:
- de l'aide de la Caritas ?
- du remboursement demandé pour le matériel ?
5 - Est-ce que les autres activités de ce groupement vous semblent importantes ? Pourquoi ?


VOICI LES DIFFERENTS CHAPITRES DE CE LIVRE

1. Moyens et manières de faire les diguettes

2. L'organisation du travail

3. L'expérience d'un autre village

4. Mettre tout le monde dans le coup : réfléchir et se former

5. Les autres activités du groupement



Ce livre a été fait par le GRAAP. Si l'expérience de ces villageois t'a intéressé, si elle a intéressé les paysans hommes et femmes de ton village, si cela vous a aidé à réfléchir ensemble, sur vos propres problèmes, nous en sommes très contents.
Peut-être vous avez des questions à poser. Peut-être vous voulez raconter à vos frères des autres villages, ce que vous faites chez vous :
Pour cela, écrivez-nous.

GRAAP ou CESAO B.P. 305 BOBO-DIOULASSO H.V.

Plusieurs livres comme celui-ci où des paysans, des éleveurs, des villageois racontent leur vie, leurs expériences, sont déjà faits. Vous pouvez commander les numéros que vous désirez à l'adresse ci-dessus.