TIKARÉ

BURKINA FASO

DES VILLAGEOIS FONT DES DIGUETTES POUR AMELIORER LEURS TERRES

3 - L'EXPÉRIENCE D'UN AUTRE VILLAGE

Amadou explique :

Je ne parle pas bien le français parce que je n'ai jamais été à l'école. J'ai appris le français dans un pays voisin où j'ai travaillé chez des Blancs pendant 3 ans. J'étais boy-blanchisseur. J'ai aussi travaillé 10 mois sur un chantier forestier, et 1 an dans une entreprise de travaux pour les routes. En 1978 je suis rentré en congés dans mon pays et depuis je ne suis plus reparti. Je ne veux plus voyager, je veux rester tranquille ici dans mon village.

La richesse d'un pays c'est sa jeunesse

Ici on souffre, c'est vrai. Il y a la sécheresse, il n'y a pas d'argent, tout ça... Mais le travail à l'étranger ne peut pas satisfaire une personne qui réfléchit un peu.
Alors j'ai décidé de rester ici, dans mon pays. Quand je travaille dans un pays étranger, même si je trouve que je suis bien payé, je travaille pour enrichir ce pays, alors que mon propre pays reste pauvre.
Quand je me fatigue pour travailler dans mon pays, je crois que c'est quand même mieux. C'est mon pays que je bâtis, que je construis. Pendant que je travaille à l'étranger, je participe à la construction d'un autre pays. Et pendant ce temps-là, dans mon pays, il ne reste que les vieux. Les vieux, qu'est-ce qu'ils peuvent faire Ce ne sont pas eux qui peuvent faire la richesse d'un pays.
La richesse d'un pays c'est sa jeunesse qui a la force de travailler et qui travaille. Les vieux ne peuvent pas faire les diguettes
Pour faire les diguettes, c'est le même problème.
C'est pas les vieux qui peuvent faire ce travail pour améliorer les terres. Si ce ne sont pas les jeunes qui s'y mettent nos terres seront de plus en plus pauvres car l'eau emmène tout ce qui est bon.
Et pendant ce temps là, nous les jeunes, nous partons à l'étranger pour vendre notre force de travail. Après des années, quand on est fatigué, on revient au village et on ne peut plus rien faire. Vraiment, ça ne va pas du tout ! On rend notre pays encore plus pauvre en agissant ainsi. Mais je peux dire que c'est parce que je suis parti ailleurs, parce que j'ai vu comment les choses se passent, que j'ai compris tout cela. Le jeune qui n'est pas sorti du village, qui n'a rien vu, il ne peut pas accepter ce que je viens de dire. Il faut qu'il parte s'il en a envie, après il comprendra peut-être, s'il réfléchit un peu. Il faut aller se fatiguer à l'étranger pour avoir envie de rester dans son propre pays ensuite.

Le problème de l'érosion

Ici, quand viennent les premières pluies l'eau entraîne vraiment beaucoup la terre. C'est la boue même qui coule dans les rivières et c'est toute la bonne terre qui part avec l'eau. Cette bonne terre va dans les fleuves, puis dans la mer. Notre pays est en haut et tout descend vers la mer. Comme vous le voyez, beaucoup de nos terrains sont en pente et l'eau ne peut pas rester quand il pleut. Elle entraîne tout ce qui est sur la surface du sol.
Il y a les cabinets des animaux, les herbes et les feuilles sèches. C'est tout ça qui forme l'humus, qui enrichit la terre, c'est ça qui fait pousser les plantes. Et voilà que l'eau vient ramasser tout ça pour laisser le sol nu et dur. Après quand on sème, ça ne donne rien. Il n'y a plus de nourriture dans le sol, ni de l'eau, pour faire pousser les plantes.
C'est toujours la sécheresse, les cultures ne donnent rien. Alors, nous les jeunes nous avons cherché un médicament pour nous sortir de là.

L'exemple de Katrine

Un jour nous avons appris qu'à Katrine ils ont trouvé quelque chose et que leurs cultures donnent mieux qu'avant. Alors nous sommes partis leur demander des conseils et ils nous ont tout expliqué sur les diguettes.
Avec les diguettes, même si la pluie est forte l'eau va être arrêtée. Elle ne peut pas couler vite pour emporter la bonne terre avec elle. Elle va être obligée de rentrer dans le sol pour le mouiller en profondeur.
La bonne terre ne va pas partir ailleurs, elle va rester, et ça va beaucoup améliorer nos champs. Pour nous, ils ont organisé une session de 6 jours. Nous sommes partis 20 personnes de 3 villages différents pour aller suivre cette formation. Et maintenant, les 3 villages ont commencé à faire des diguettes.

Dans mon village

Dans mon village, on a commencé dans le champ du catéchiste, ensuite dans le champ de mon grand frère, et maintenant nous sommes dans le champ d'un vieux. Celui qui le demande, on peut aller faire des diguettes dans son champ.
C'est une nouvelle manière de faire mais quand même les vieux sont d'accord. Ils ont compris que ça peut nous apporter beaucoup de choses. On peut gagner plus de nourriture et si on récolte plus de mil, on peut en vendre, Donc on pourra avoir aussi de l'argent. On a tout expliqué cela aux vieux et ils n'ont pas fait de difficultés pour nous croire. Quand on travaille dans un champ ils viennent nous voir. Certains même nous ont donné une petite somme, 100 francs comme ça, parce qu'ils sont contents de notre travail.

Les vieux veulent voir si c'est possible

A Katrine, ils nous ont dit que dans un champ la première année ils ont récolté 10 tines. l'année suivante ils ont fait des diguettes dans ce champ
et ils ont récolté 20 tines. Donc, dès la première année, ils ont doublé leur production.
Ca c'est vraiment formidable ! Quand on a dit ça aux vieux, ils étaient vraiment étonnés et ils veulent voir si vraiment c'est possible. C'est pour ça qu'ils nous encouragent dans ce travail. Cette année, ce que le catéchiste a récolté, ça ne vaut rien, c'est presque rien. L'année prochaine on va voir comment sera sa récolte. C'est là qu'on va pouvoir comparer et voir l'utilité des diguettes.

On n'a pas commencé dans mon champ

Si on n'a pas commencé à faire les diguettes dans mon propre champ, c'est pour éviter les critiques. Parce que si je fais ça, les gens vont dire que je les commande, que je les fais travailler dans mon champ, et que je les prends pour des manúuvres.
Donc j'ai préféré que l'exemple soit donné dans les champs des autres. Si dans mon champ on ne fait pas des diguettes cette année mais que d'autres en profitent, je suis content. Je sais bien qu'un jour on arrivera dans mon champ. Ce que nous voulons, c'est le bien de tous les villageois et pas seulement nous débrouiller nous-mêmes tous seuls.


REFLECHISSONS

1 - Ce jeune dit que la richesse d'un pays c'est sa jeunesse. Est-ce que vous êtes d'accord avec lui ? Pourquoi ? A quelles conditions la jeunesse est une richesse pour un pays?

2 - Pourquoi beaucoup de jeunes villageois ne seront pas d'accord avec ce que dit ce jeune ? Qu'est-ce que vous en pensez ?

3 - Est-ce que l'exemple d'un village peut être un moyen pour rendre dynamiques d'autres villageois? Pourquoi ?

4 - Est-ce que vous pouvez expliquer à une autre personne : - comment se passe l'érosion par l'eau ? Comment se passe l'érosion par le vent ? Quelles sont les conséquences de l'érosion ? Quelles sont les causes de l'érosion ?

5 - Pourquoi est-ce que ce jeune a préféré que son groupe commence à faire des diguettes dans les champs des autres plutôt que dans son propre champ ?
Qu'est-ce que vous pensez de la dernière phrase du texte ?


VOICI LES DIFFERENTS CHAPITRES DE CE LIVRE

1 - Moyens et manières de faire les diguettes

2 - L'organisation du travail

3 - L'expérience d'un autre village

4 - Mettre tout le monde dans le coup : réfléchir et se former

5 - Les autres activités du groupement



Ce livre a été fait par le GRAAP. Si l'expérience de ces villageois t'a intéressé, si elle a intéressé les paysans hommes et femmes de ton village, si cela vous a aidé à réfléchir ensemble, sur vos propres problèmes, nous en sommes très contents.
Peut-être vous avez des questions à poser. Peut-être vous voulez raconter à vos frères des autres villages, ce que vous faites chez vous : pour cela, écrivez-nous.

GRAAP ou CESAO B.P. 305 BOBO-DIOULASSO H.V.

Plusieurs livres comme celui-ci où des paysans, des éleveurs, des villageois racontent leur vie, leurs expériences, sont déjà faits. Vous pouvez commander les numéros que vous désirez à l'adresse ci-dessus.