TIKARÉ

BURKINA FASO

DES VILLAGEOIS FONT DES DIGUETTES POUR AMELIORER LEURS TERRES

 

4 - METTRE TOUT LE MONDE DANS LE COUP, RÉFLÉCHIR ET SE FORMER

 

Ce travail doit être l'affaire de tous

Tout ce travail a pu se faire grâce au groupe JAC (Jeunesse Agricole Catholique). Nous sommes 26 jeunes dans ce groupe. Mais pour faire la première équipe pour le travail des diguettes nous nous sommes divisés. Nous avons pris d'autres personnes avec nous, des musulmans surtout, car ils sont très nombreux chez nous. Nous avons pensé à faire comme cela pour que ce travail d'amélioration de nos terres ce ne soit pas l'affaire des chrétiens seulement. Il faut que ce soit l'affaire de tous les habitants du village, sans distinction de religions. Nous sommes tous des personnes qui avons besoin de nourriture pour vivre.

Voir clairement les choses et être convaincu

Ceux du groupe de JAC qui ne sont pas dans la première équipe formeront d'autres équipes l'année prochaine avec d'autres personnes du village. Dans cette première équipe, il y a 5 chrétiens, des musulmans et des animistes.
Ce qui est important, c'est que ceux qui forment cette équipe voient clairement les choses et soient convaincus. Dans le village il y a encore des personnes qui n'ont rien compris, qui ne veulent rien entendre. On les laisse faire.
Plus tard, avec la patience, elles comprendront. Quand elles verront les résultats de notre travail, ça ira. Ce sont surtout les adultes de 50 ans qui sont les plus méfiants. Les plus vieux comprennent mieux notre travail.

La formation

L'année prochaine, on fera une session de formation, ici, dans notre village, pendant une semaine. Tous ceux qui sont d'accord pourront venir pour suivre la formation.
Des villageois des villages voisins pourront venir aussi.
Cette année, pour aller à Katrine, beaucoup de villages ont été invités. Mais c'est 3 villages seulement qui ont répondu. Les autres ne sont pas encore assez sensibilisés.
Pour cette formation, on souhaite qu'il y ait plusieurs personnes d'un même village, 6 à 10 personnes au moins.
S'il y a seulement 1 ou 2 personnes, ce n'est pas suffisant.
Elles vont commencer à montrer le travail aux autres mais si les autres ne sont pas bien convaincues, le groupe tombera très vite. Et après, c'est plus difficile pour redémarrer,
S'il y a un bon nombre de personnes convaincues au départ, le groupe sera solide. Donc il vaut mieux qu'il y ait moins de groupes qui commencent mais que ceux qui commencent marchent bien. Comme ça, c'est un bon exemple pour les autres.

Réunions avec les vieux

Aux vieux on explique tout ce qu'on comprend. On prend des cas précis pour leur faire comprendre à leur tour. Par exemple, on leur demande si en 1960-1961 il y avait des arbres à côté de notre village ? Et maintenant, au même endroit, comment sont ces arbres ? Les vieux nous répondent qu'ils sont morts.
Est-ce qu'ils peuvent nous dire pourquoi ils sont morts ?
Ces arbres, on voit leurs pieds, leurs racines sont en l'air.
Qu'est-ce qui s'est passé ?
C'est l'eau qui a tout emporté la terre et les arbres avec leurs racines en l'air ont crevé. Dans la rivière aussi, l'eau ne reste plus comme avant. Et la terre qui est dans la rivière ne peut pas faire pousser du mil parce que tout ce qui était bon a été emporté au loin par l'eau.
Les arbres meurent et notre pays devient un désert. Si on ne cherche pas des solutions, si on n'essaye pas d'être plus malins que l'eau, la situation va devenir de plus en plus grave et bientôt on ne pourra plus vivre dans notre pays. Alors on leur dit qu'on a un médicament pour ça, un médicament que nous pouvons faire nous-mêmes. On voudrait essayer pour voir si ça peut réussir.
Les vieux sont tous d'accord : les jeunes n'ont qu'à essayer.
On a fait au moins 4 ou 5 réunions avec les vieux sur ce sujet. En leur posant des questions, en leur expliquant bien les choses, ils sont arrivés à bien nous comprendre et ils nous laissent faire les choses.
C'est à partir de ce moment là qu'on a constitué la première équipe de travail.

Le but des diguettes

Les diguettes empêchent l'érosion par l'eau. Habituellement, chez nous, on porte dans les champs les cabinets des animaux pour donner de la nourriture aux plantes.
Mais ce fumier ne reste pas. Avec les premières pluies il est entraîné par l'eau et il s'en va dans la rivière. Avec les diguettes, si on met du fumier, il va rester sur place.
Les diguettes empêchent aussi l'érosion par le vent. Vous voyez sur les terrains nus comment le vent soulève la poussière. Sur les diguettes l'herbe pousse et on ne la coupe pas. Comme ça le vent est arrêté et il soulève moins la terre. Sur les diguettes aussi on peut planter l'herbe qui nous sert ensuite à faire les "sékos".
Cette plante là tient bien la terre et en même temps elle est utile pour nous. Pour arrêter le vent il y a aussi les arbres. Mais nous n'avons pas encore commencé à faire des plantations. On y pense, ça viendra après.

Le bois c'est aussi un problème grave dans notre région

Il devient de plus en plus rare. Moi-même j'ai défriché un terrain pour travailler à la charrue et maintenant il faudrait que je replante. Mais couper des arbres c'est facile, en replanter , c'est plus difficile. Pour être sûr qu'ils poussent, il faudrait les arroser parce que la saison sèche est trop longue chez nous

Faire du bon fumier

Chez nous, celui qui veut du bon fumier il construit une petite maison ou un enclos pour mettre ses animaux dedans : moutons, chèvres, ânes, bufs... Ils "cabinent" sur place, ils urinent sur place. Les restes de la paille qu'on leur donne à manger se mélangent avec leurs "cabinets" pour donner du bon fumier. Pendant la journée les animaux vont courir où ils veulent,mais le soir, ils rentrent tout seuls pour passer la nuit dans leur maison.Pour moi j'ai essayé de faire une fosse à fumier.

J'ai creusé un trou et j'ai demandé à mes enfants d'aller ramasser les cabinets de boeufs en brousse -et de les mettre dedans. On y ajoute de la paille et de l'eau. Le tout bien mélangé va me faire du bon fumier.
Ici, ce n'est pas les cabinets d'animaux qui manquent. Mais les gens ne savent pas faire du bon fumier. On peut aussi louer une charrette
et allez chez les bergers pour chercher le cabinet de leurs bufs. Quelquefois, les villageois demandent aux bergers de faire pauser les boeufs derrière le village pendant quelques mois. Comme ça quand on va cultiver, ça va bien donner.


REFLECHISSONS

1 - Pourquoi est-ce que les jeunes du groupe JAC ne veulent pas que ce travail soit l'affaire des chrétiens seulement ? Est-ce qu'ils ont raison à votre avis ? Pourquoi ?
2 - Est-ce que vous pensez qu'une formation est toujours nécessaire avant de commencer un travail nouveau ? Pour quelles raisons ?
3 - Qu'est-ce que vous pensez de la manière de faire de ces jeunes avec les vieux ? Est-ce que c'est une bonne manière ? Pourquoi ?
4 - Les diguettes empêchent l'érosion par l'eau Quels sont les autres moyens pour empêcher l'érosion ?
Comment empêchent-ils l'érosion ?
Est-ce que le déboisement est aussi un problème dans votre village ? Qu'est-ce que vous faites pour le résoudre ?
5 - Avoir du fumier pour mettre dans les champs est-ce que c'est important ? Pourquoi ?

Ce jeune nous parle du bon fumier. Qu'est-ce que c'est le bon fumier ? Qu'est-ce que vous pensez de sa manière de faire du fumier ?
Est-ce que vous pourriez faire comme lui ? Si oui, pourquoi ? Si non, pourquoi ?
6 - Pour être paysan est-ce qu'une formation est nécessaire ? Pourquoi ? Quelles sont les formations qui sont les plus utiles aux paysans à votre avis ? Pourquoi ?


VOICI LES DIFFERENTS CHAPITRES DE CE LIVRE

1 - Moyens et manières de faire les diguettes

2 - L'organisation du travail

3 - L'expérience d'un autre village

4 - Mettre tout le monde dans le coup : réfléchir et se former.

5 - Les autres activités du groupement


Ce livre a été fait par le GRAAP. Si l'expérience de ces villageois t'a intéressé, si elle a intéressé les paysans hommes et femmes de ton village, si cela vous a aidé à réfléchir ensemble, sur vos propres problèmes, nous en sommes très contents.
Peut-être vous avez des questions à poser. Peut-être vous voulez raconter à vos frères des autres villages, ce que vous faites chez vous :
Pour cela, écrivez-nous.

GRAAP ou CESAO B.P. 305 BOBO-DIOULASSO H.V.

Plusieurs livres comme celui-ci où des paysans, des éleveurs, des villageois racontent leur vie, leurs expériences, sont déjà faits. Vous pouvez commander les numéros que vous désirez à l'adresse ci-dessus.