TIKARÉ

BURKINA FASO

DES VILLAGEOIS FONT DES DIGUETTES POUR AMELIORER LEURS TERRES

5 - AUTRES ACTIVITÉS DU GROUPEMENT

Pierre explique à son tour

On a commencé le stockage de mil. Pendant la récolte on achète aux paysans qui vendent leur mil une tine à 550 francs, comme les commerçants. Ensuite au moment de la soudure, quand les commerçants revendent la tine à 1.000 ou 1.500 francs, nous on la revend 6 à 700 francs seulement. Faire du stockage c'est bien, mais avant tout il faut récolter.
Il faut avoir assez de mil pour pouvoir faire du stockage. C'est la raison pour laquelle on fait des diguettes. On espère ainsi beaucoup améliorer notre production.

Le jardinage

Cette année nous avons aménagé un grand terrain à côté du barrage pour faire du jardinage. Dans ce jardin il y a 776 planches actuellement. Chacune a 1 mètre de large et 10 mètres de long. L'an dernier nous avons organisé une formation pour le jardinage pour tous ceux qui voulaient apprendre.
Il y a eu 90 participants et l'essai a été fait sur 25 ares. Avec les participants on a fait tous les travaux et ensuite on a consommé ensemble la production. On a préparé ensemble la salade, on a fait cuire les choux.
Pour les pommes de terre, on a partagé la récolte entre les vieux, les chefs de quartier, les chefs de terre. Ils ont préparé ça à leur manière, mais ils ont trouvé ça bon.
C'est pourquoi cette année, beaucoup font du jardinage. Il y a 136 personnes qui ont leur carré, des hommes comme des femmes.
Chaque personne a 10 planches, soit 15 m sur 10 car il faut compter les sentiers entre les planches pour passer. Il y a 1116 planches de choux, 222 de haricots verts, 90 de carottes, 66 d'oignons, 113 de tomates et un certain nombre de pommes de terre.
Avec les tomates on a des difficultés.Il y a des chenilles qui viennent manger les feuilles. On a mis des produits pour les tuer, mais ça n'a rien fait. Sur les pommes de terre on a aussi un peu de doryphores.

Aide pour faire ce jardin

Pour faire ce jardin nous avons reçu de l'aide. Un organisme nous a donné le matériel : des pelles, des seaux, des arrosoirs, du grillage... Mais ce sont les participants qui ont coupé le bois de la clôture et qui l'ont faite.
Ce sont eux qui ont creusé les 3 puits, et qui ont fabriqué les briques. Toutes les personnes qui travaillent dans ce jardin font parti d'un groupement, que ce soit un groupement traditionnel ou une coopérative, ou un groupement villageois,... Une personne seule ne peut pas venir travailler ici. En effet, le matériel est donné à des groupes et il appartient ensuite au groupe.
Bien sûr chacun s'en sert individuellement, mais il appartient au groupement. Chaque groupe, avec sa production doit en rembourser une partie. Il y a aussi le matériel commun à tous.
Ce sont les motos-pompes. Nous en avons 2. C'est tous ensemble que nous allons chercher à les rembourser avec l'argent de plusieurs parcelles collectives. Les motos-pompes servent à alimenter les bassins parce que certaines planches sont trop éloignées des puits.

Ma formation

Pour le jardinage je me débrouille. Déjà en 1972, j'avais suivi un stage pour le jardinage au centre de formation à la sous-préfecture. J'ai fait aussi plusieurs séjours pour me perfectionner chez un maraîcher de la Préfecture voisine. Donc pour les affaires de jardinage,je me débrouille très bien,
et c'est moi le responsable de ce périmètre maraîcher. J'ai aidé à la création de plusieurs groupements qui fonctionnent très bien d'ailleurs.

La vente

Tous ces légumes, nous allons en consommer bien sûr mais nous espérons aussi en vendre beaucoup, car notre problème est d'avoir un peu de l'argent pour satisfaire nos besoins immédiats.
Si nous ne pouvons pas écouler notre production ça va être fort.
M ais nous avons pris contact avec l'union des coopératives maraîchères qui a promis de nous aider à vendre notre production. Mais est-ce que les prix vont nous satisfaire ? 70 francs le kilo de pomme de terre, c'est quand même trop peu.

Projets d'avenir

Depuis longtemps, au bord du barrage des villageois cultivaient des haricots niébé. M ais ils ne savaient pas qu'on pouvait cultiver d'autres légumes, comme les choux, les salades. Maintenant, beaucoup de paysans voudraient venir faire du jardinage avec nous, mais il n'y a plus de place.
Ils me demandent de dire à l'organisme qui nous aide d'aménager les terrains qui sont derrière.
Nous le ferons certainement l'an prochain. M ais déjà se pose le problème de l'écoulement.
Il faudrait que tous ces légumes soient plus consommés sur place et que les pommes de terre, par exemple, remplacent la consommation de mil pendant quelques mois de l'année.
Ça ferait une économie de mil pour le temps de la soudure. Mais cela demande de changer nos habitudes alimentaires et vous savez que ce n'est pas une chose facile.


REFLECHISSONS

1 - Pourquoi est-ce que ces villageois font du stockage de mil ? Qu'est-ce que vous pensez de leur manière de faire ? Est-ce que ça suffit à votre avis pour résoudre les problèmes de soudure
et de famine ? Pourquoi ?
2 - Pour quelles raisons ces villageois font un si grand jardin ? Qu'est-ce que vous en pensez ? Vers quelles difficultés vont-ils ?
3 - Pourquoi est-ce qu'une personne seule ne peut pas venir travailler dans le jardin ? Qu'est-ce que vous pensez de cette décision ?
4 - Les habitudes alimentaires sont difficiles à changer. Comment est-ce qu'on peut y arriver à votre avis ?

 


VOICI LES DIFFERENTS CHAPITRES DE CE LIVRE

1 - Moyens et manières de faire les diguettes

2 - L'organisation du travail

3 - L'expérience d'un autre village

4 - Mettre tout le monde dans le coup : réfléchir et se former

5 - Les autres activités du groupement



Ce livre a été fait par le GRAAP. Si l'expérience de ces villageois t'a intéressé, si elle a intéressé les paysans hommes et femmes de ton village, si cela vous a aidé à réfléchir ensemble, sur vos propres problèmes, nous en sommes très contents.
Peut-être vous avez des questions à poser. Peut-être vous voulez raconter à vos frères des autres villages, ce que vous faites chez vous :
Pour cela, écrivez-nous.

GRAAP ou CESAO B.P. 305 BOBO-DIOULASSO H.V.

Plusieurs livres comme celui-ci où des paysans, des éleveurs, des villageois racontent leur vie, leurs expériences, sont déjà faits. Vous pouvez commander les numéros que vous désirez à l'adresse ci-dessus.


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