L’interview filmée

Jean-Paul Desgoutte

 

Introduction

I. DIALOGUES, ENTRETIENS, INTERVIEWS

1. Le discours et le récit

2. Facteurs et fonctions de la communication verbale

3. Dialogues, entretiens, conversation

4. Image de soi, image de l'autre

5. Naissance du journalisme

6. L'essor des médias

7. Thérapie et marketing

8. Sondages, enquêtes et reportages

9. L'opinion publique


II. TYPOLOGIE DE L'INTERVIEW AUDIOVISUELLE

1. Le reportage de grande actualité

2. Les informations d’actualité immédiate (news)

3. L’interview de plateau

4. L’entretien diffusé en différé

5. Le micro-trottoir


III. TECHNIQUES DU QUESTIONNAIRE

1. La qualité de la personne interrogée

2. Le rapport entre interviewer et interviewé

3. La variété des propos recueillis

4. Interviews directives, interviews non directives

5. Du questionnaire standardisé au questionnaire particularisé

6. Sincérité, fidélité, compréhension

7. Déontologie de l'entretien


IV. LE TOURNAGE

1. Le synopsis

2. Le questionnaire

3. Le script ou bordereau de tournage

4. Le plan de tournage

5. Le repérage

6. Choix et préparation du matériel

7. Consignes de tournage

8. L’image

9. Le son

10. Place du journaliste

11. Consignes à l’interviewé

12. L’annonce

13. Plans de coupe et plans d’ambiance

14. Le micro-trottoir


V. LE MONTAGE

1. Le dépouillement

2. Le plan de montage

3. Le bout à bout

4. Le montage


VI. EXERCICES

 

INTRODUCTION

 

Parole vive, spontanée ou discours préparé, élaboré, rédigé, l'interview appartient-elle au mode de l'action, du discours et de l'événement ou au mode de la représentation, de la spéculation, du spectacle et du récit ?

L'interview est un artefact, le produit d'une mise en scène. Elle répond à un projet de l'interviewer et suppose une collaboration de l'interviewé. Mais si elle propose un cadre à l'événement, elle ne trouve sa force que dans l'effet de présence propre au discours.

Si le dialogue et la conversation sont des fonctions "naturelles" de la vie sociale, l'entretien ou l'interview sont des dispositifs artificiels dont l'objet est de révéler une opinion, une pensée, un témoignage selon un processus interactif. La dynamique de l'entretien est centripète ; le propos cherche sa forme dans un jeu de répétitions et de transformations, de métaphores et de paraphrases ou se constitue progressivement un champ sémantique spécifique, autoréférentiel.

Alors que le dialogue confronte deux propos autour d'un même argument, les protagonistes se distribuant alternativement les rôles de locuteur et d'allocutaire, l'entretien confie à l'un des interlocuteurs le rôle de metteur en scène ou d' énonciateur de la parole de l'autre. Celui qui mène un entretien sert avant tout à relancer, recadrer, réactiver le mouvement de la pensée de son vis-à-vis. C'est pourquoi l'interview est souvent le lieu et le moment d'une médiation entre un individu et une collectivité, un usager et une institution, un élu et son public, une personne morale et une personne privée.

L'entretien, forme canonique de l'interview journalistique, met en relation une personne morale et une personne physique, qu'il s'agisse d'un entretien d'embauche (entreprise / employé), d'un entretien d'aide sociale (état / indigent), voire d'une quelconque enquête d'opinion. La procédure y vise toujours à interpréter l'individuel en collectif, le sémantique en sémiotique, le pragmatique en cognitif, à rapporter l'espèce au genre, le cas à la règle, l'anomal à la norme.

L'interview répond alors à la nécessité d'établir un pont entre la logique du discours et la logique du récit, de favoriser le rapprochement entre l'expérience intersubjective du quotidien, où naît le sens, et l'accès à l'information multiple et décontextualisée qui caractérise le développement des médias de masse.

 


 

I. Dialogues, entretiens, interviews

1. Le discours et le récit
Le langage a deux fonctions canoniques : une fonction performative pragmatique d'une part, une fonction constative ou narrative, d'autre part. Le langage sert à la fois à agir sur le monde et à le décrire.
La première fonction qui privilégie la forme du discours (voir E. Benveniste, op. cit.) se développe dans le cadre du jeu intersubjectif où JE et TU donnent en spectacle la tension qui les unit ou les sépare. Elle est le lieu où le sens naît de la formalisation du manque : le signe procède de la disparition de l'autre. La seconde fonction qui se manifeste plus particulièrement dans la forme du récit (ibidem) met en jeu la langue proprement dite dans sa fonction dénotative et historiciste.

Ces deux fonctions sont complémentaires, voire indissociables. Il y a toujours du discours, ne serait-ce que virtuel, dans le récit même le plus descriptif. Il y a toujours du récit (la manifestation codée d'un ailleurs) même dans le discours le plus pragmatique. Il n'empêche qu'on peut tracer le cadre qui sépare le lieu où le discours s'énonce du lieu où le récit s'écrit. Et si ces deux instances ne se distinguent parfois que du point de vue dont on les considère, ce dernier une fois établi, la frontière entre les deux instances, pour être franchissable n'en est pas moins identifiable.

2. Facteurs et fonctions de la communication verbale

Qu'est-ce qui prime dans la parole ? Ce qu'on dit, le fait de le dire, ou la façon de le dire ? L'impression que l'on fait ou l'expression qu'on manifeste ? Ou encore le projet qui traverse l'interlocution ?

Ainsi toute parole est-elle triple, mais elle peut se décrire en mettant en valeur sa ou ses polarités.
Le rapport d'un agent de police ou d'un huissier a une teneur objective ou descriptive forte. Il en est de même d'un cours magistral mais peut-on encore parler de parole ? Le délire d'un ivrogne ou d'un fou a une composante expressive forte. Le boniment d'un camelot est tout entier tendu sur l'impression qu'il va produire. Il en est de même pour un mendiant qui peut jouer soit la compassion, soit la persuasion, voire le chantage.

Qu'en est-il de la parole d'un escroc, d'un amoureux, d'un homme d'église, d'un homme politique ?
Le professeur délivre un savoir (parole objective) mais il doit produire un certain effet impressif (pédagogique) d'autant plus efficace qu'il y mettra une part de séduction (valeur expressive).

Un candidat sera divisé entre l'exposé d'un contenu et la nécessité de répondre à une demande. Il pourra être tenté de faire une impression sur le professeur. Un prêtre transmet une conviction (l'expression de sa foi) mais il doit également convaincre (se mettre à la place de l'autre) en faisant référence à un message objectif (les textes sacrés).

Un couple d'amoureux tend à confondre l'impressif et l'expressif, tout en se délivrant du contenu. En effet, la parole amoureuse est à la fois personnelle, intime, expressive et volontaire, impressive, exigeante et fusionnelle.

Si dans un bus, un voyageur interroge un autre voyageur sur la destination du bus, Il se peut que la demande soit purement référentielle. Mais il y a de grandes chances qu'elle soit reçue comme impressive (qu'est-ce qu'il me veut ?) ou comme expressive (il va me confier ses malheurs !).
Communiquer c'est mêler l'impressif, l'expressif et le référentiel. Et c'est sans doute ce qui rend la communication si délicate. L'expression et l'impression sont inséparables. Elles sont à la source de l'intersubjectivité qui fonde la communication

3. Dialogues, entretiens, conversation

A l’origine de l’interview se situent les traditions philosophique et littéraire du dialogue et de l’entretien. En tant que procédé philosophique, le dialogue permet de révéler la dynamique créative de deux pensées qui s'affrontent. L’entretien, quant à lui, a pour objet de mettre en valeur la pensée ou la personnalité d’un des deux interlocuteurs ; l'autre, servant de faire-valoir ou d'analyste, organise et relance la réflexion, stimulant l’improvisation et nourrissant le propos. L'essentiel de toute conversation tient dans le mouvement de retournement qui en constitue la nature même.

Converser, c'est donner à l'autre une parole qu'il nous rendra bientôt. C'est très proche de la danse. Le plaisir de chacun se renforce de ce que l'autre réussit à briller. Ce dont on parle est un prétexte. On en prend l'occasion dans les objets qui nous entourent physiquement ou non. Il faut chercher d'abord la mémoire commune, l'image commune, le plaisir commun. Il faut plus précisément découvrir le plaisir de l'autre, découvrir à l'autre son plaisir, jouir d'avoir fait plaisir et du plaisir qu'on sait que l'autre possède à nous faire plaisir. Ce n'est pas toujours possible. Il y a comme dans la danse la nécessité de temps de silence. On parle et puis on montre à l'autre qu'on le regarde, qu'on l'écoute. On force l'attention pour renforcer chez l'autre le plaisir de parler ou de se montrer ou d'être. Il faut forcer sans tricher sinon on déséquilibre le dialogue, on devient voyeur.

"[...] il y a dans l'interview autre chose que l'information bien que l'interview ne cesse jamais d'être informative. Cette autre chose est le phénomène psycho-affectif constitué par la communication elle-même. Ce phénomène peut perturber l'information, la fausser, la déformer. Il peut au contraire la provoquer. Il peut également provoquer une modification : [...] un certain type d'entretien, en matière clinique, a un effet libératoire, voire purificateur et ou même, en psycho-pathologie, guérisseur. Dans le domaine de la radio-télévision l'interview peut avoir un effet psycho-affectif profond qui déborde de beaucoup la stricte mission d'information." Edgar Morin, Communications n°7, Seuil, 1966.

4. Image de soi, image de l'autre

L'interviewer propose à son interlocuteur une image qu'il a plaisir à reconnaître. Cette valorisation de l'image de la personne interviewée est essentielle à la réussite de l'entretien. Elle est favorisée par le rôle de metteur en scène auquel l'interviewer se cantonne. Elle ne préjuge pas à vrai dire de l'opinion que le public se fera de l'entretien mais elle est à contrecourant de l'usage, fréquent en télévision, de l'interview utilisée comme faire valoir de l'animateur.

La parole réelle est engagée dans un événement dont le locuteur ne maîtrise pas la clôture. Son déroulement est soumis à la réaction du locuteur ; la parole réelle est toujours en attente d'une réponse inconnue. Interpeller quelqu'un c'est lui demander d'entrer dans un cercle de proximité et d'intimité où, de fait, l'un et l'autre, je et tu, sont provisoirement équivalents et interchangeables, C'est un exercice d'autant plus délicat que la distance qui sépare l'un de l'autre est plus grande. Le risque de la communication, c'est le déni ou le rejet. Dans le déni, dans le rejet ou dans la rupture se produit une mise en question simultanée de l'un et de l'autre.
Le refus de communiquer est toujours un " Tu n'existes pas ! " qui porte en corollaire un " Oublie-moi… ".
(lire : Le verbe et l'image, chap. IV, 2.4.)

5. Naissance du journalisme

Interview est un mot anglais qui est apparu dans la langue française à la fin du 19ème siècle. Son origine est elle-même un emprunt de l’anglais au français entrevue. Selon le dictionnaire Robert, l’interview « est une entrevue au cours de laquelle un journaliste interroge une personne sur sa vie, ses projets, ses opinions dans l’intention de publier une relation de l’entretien ».

L’utilisation spécifique du mot interview et la pratique même de l’interview sont attachées aux débuts du journalisme moderne tel qu’il a été popularisé par les Anglo-saxons. Le développement du journalisme est lui-même profondément lié à l'émergence des sociétés industrielles démocratiques dont le mode de distribution du pouvoir favorise l'expression d'une opinion populaire au dériment des vérités révélées et des discours savants.

Le pouvoir dans les sociétés industrielles ne procède plus, comme sous le régime traditionnel, de vérités révélées, ni même de la conservation des usages, mais de la loi du nombre telle qu'elle se manifeste dans le comportement quotidien d'une population anonyme.

Les mass media en tant que vecteurs et creusets de l'opinion publique trouvent une formidable justification dans ce renversement de la légitimation du pouvoir et deviennent simultanément l'objet de toutes les attentions des représentants multiples des collectivités, communautés, institutions et autres lobbies.

Les 18ème et 19ème siècles en Europe ont vu apparaître la figure du citoyen, comme élément de base, mesure et référence du jeu social. Sa nature multiple et variée a imposé l'élaboration de procédures d'expression et de représentation qui puissent rendre compte de l'unité dans la diversité. La presse, puis les medias qui en ont hérité, ont pris en charge ce rôle complexe d'élaboration d'une opinion commune dans un jeu dialectique où la formulation jamais achevée des opinions se propose à chaque instant à l'assentiment de ceux dont elle est censée donner l'avis.

Plus encore que l'élu ou le décideur, c'est le journaliste en tant que porte-voix du peuple qui est au cœur du jeu politique. Car il se trouve à l'endroit même où se forment à la fois le sens commun à partir des opinions individuelles et l'opinion individuelle à partir des représentations collectives.

Le journaliste n'est pas à la recherche d'une vérité (qui se manifesterait comme une parole non contradictoire) mais à la recherche d'une formulation que son lecteur souhaite s'approprier. Le journaliste est le rapporteur d'un exotisme de l'ordinaire où la curiosité l'emporte sur la vérité, l’anecdote sur l’histoire au jour le jour telle qu’elle est vécue et construite par ses acteurs, célèbres ou anonymes. L’interview cherche à mettre en valeur l’insolite, l’atypique ou encore ce qu’il y a de plus irréductible dans la pensée et l’expression individuelles. Elle apporte sur l’événement le regard subjectif... de n'importe qui. Elle est le lieu d’expression du témoignage anonyme.


Période d’expansion colonisatrice pour la société européenne, le 19ème siècle fut également une période de curiosité et de recherche scientifiques intenses, aussi bien dans les sciences dites de la nature que dans les sciences sociales ou humaines. La société européenne découvre et s’enthousiasme, sur la lancée du romantisme, pour les cultures exotiques de l’Egypte, la Chine, l’Afrique, l’Amérique latine, etc.

Les missions colonisatrices prennent un triple aspect militaire, religieux et scientifique au sens large. Suivant l’exemple de Napoléon qui entraîne dans son expédition militaire en Egypte une troupe de savants, les chefs de mission emmènent souvent avec eux des géographes, des archéologues, etc. Ces savants publient à leur retour non seulement leurs observations scientifiques mais aussi leurs observations personnelles. Peu à peu se développe le métier d’explorateur. L’explorateur est une sorte d’honnête homme aux connaissances vastes mais imprécises qui part à la découverte de l’inconnu et relate ensuite ses expériences.

Le journalisme est né. Le journaliste est un témoin sans qualité particulière. Il est censé représenter le public le plus large. Sa prose doit être immédiatement accessible au grand public de son journal. Les questions qu’il se pose doivent être celles que se pose ou se poserait tout un chacun à sa place. Ce n’est donc pas un spécialiste. Ce n’est pas non plus à proprement parler, le représentant d’un groupe ou d’une institution. Ni soldat, ni diplomate, ni missionnaire, il n’a pas d’autre fonction que de raconter l'ailleurs.

Le journaliste introduit dans la vie publique la voix et le regard du peuple. Il n’est pas soumis à la réserve, il pose des questions indiscrètes. Il cherche à connaître le fond des choses. C’est ainsi que le journaliste va être amené à rechercher non seulement les déclarations officielles mais encore et surtout les témoignages. Il va essayer de vivre l’événement ou de faire parler les gens qui ont vécu l’événement de la façon la plus immédiate et la plus gratuite.

L’interview, telle qu’elle se développe alors, est une façon de faire parler les acteurs d’un événement, de les faire témoigner de ce qu’ils ont vu ou vécu. La démarche de l’interviewer est impressionniste. Il ne cherche pas la vérité mais le plus grand nombre possible de vérités subjectives qu’il met bout à bout. Semblable à un peintre qui crée une impression de réalité, à partir d’une multiplicité de segments non-figuratifs ou de couleurs brutes, il recrée une ambiance à partir d’une multiplicité de témoignages.

6. L’essor des médias

Le développement des médias audio-visuels a renforcé grandement l’usage du témoignage. La radio, tout d’abord, permet de diffuser la parole brute, le témoignage à chaud. L’impression de vérité y est d’autant plus grande qu’il ne s’agit plus là de transcription mais de matériau brut. La personne est présente par sa voix, ses intonations, ses silences, ses hésitations qui en disent souvent plus long que de longues phrases. La télévision renforce encore le phénomène en présentant la personne tout entière. L’interview devient un spectacle qui se suffit à soi-même et, dans le meilleur des cas, un mode d’expression artistique au même titre quasiment que le portrait classique.

L'interview a accompagné le développement des médias de masse comme lieu et forme privilégiés du contact entre l'objet de l'information et le public auquel elle est destinée. Une utilisation appropriée de l'interview filmée permet en particulier d'offrir simultanément à la personne interrogée un interlocuteur représentant le public du media, et au public l'image vivante et parlante, in situ et in tempore, de l'acteur de l'événement.

7. Action sociale, thérapie et marketing

L'écoute analytique
Il s'agit dès lors de mettre en confiance et de faire parler plutôt que d'obtenir des réponses à des questions précises. Le matériau obtenu est infiniment plus riche mais il est également plus contradictoire, plus personnel, plus difficile à analyser, à interpréter, à utiliser. Cette forme de parole "libre" tend à se rapprocher de la parole analytique. Elle procède par glissements métaphoriques ou métonymiques, elle est paradoxale, onirique. Elle est riche de ses lapsus, de ses silences, de ses interrogations. Elle n'est pas toujours consciente de ce qu'elle dit ou de ce qu'elle cache. Dès lors, l'interviewer, à l'instar du psychanalyste, conduit l'interviewé dans sa propre recherche. Il l'aide à suivre le fil de sa pensée en relançant les passages qui lui semblent importants, en revenant sur les blocages, en proposant certaines interprétations.

Les études de marché
La personne qui accepte de se laisser interviewer, accepte de sortir d'elle-même. Elle se dépossède de son regard sur soi au profit de son interviewer. Elle se regarde à travers le miroir de son interlocuteur. L'interview est un dialogue avec soi-même. De même que la confession et l'analyse, elle est un chemin vers l'inconscient. L'interviewer, comme l'analyste, comme le prêtre n'a pas pour rôle de juger, ni même de comprendre, mais de garantir l'authenticité de la parole. Il incite à parler, il surveille le débit et les lapsus, il interprète les résistances non pas pour ce qu'elles disent ou ce qu'elles cachent mais parce qu'elles s'opposent au bon écoulement du flux.

L'interview comme l'analyse est une des formes modernes de la confession. Ce que la confession révèle n'est à proprement parler une surprise que pour celui qui parle. Ce dont a peur l'interviewé ou le patient c'est que la révélation et la formulation de ses pensées intimes ne mette en danger son intégrité, qu'elles puissent lui être reprochées. Ce qu'il découvre grâce à la bienveillance de son interlocuteur, c'est que sa propre parole lui est étrangère, c'est qu'il peut rendre publics ses sentiments intimes et les observer ensuite comme ceux d'un étranger. L'interviewé offre sa vieille peau en spectacle et sort rajeuni de l'expérience.

L'action sociale
L'entretien d'action sociale est un événement ambivalent qui d'une part met en relation deux individus, sous la forme d'un (faux) dialogue, d'autre part met en relation l'animateur (l'interviewer) avec son institution commanditaire.

Tout l'intérêt de l'entretien tient à la façon dont le médiateur gère l'articulation entre les deux instances concernées, soit qu'il s'efface pour simuler une relation directe entre l'interviewé et son destinataire, soit qu'il intervienne de façon sélective, pour valoriser tel ou tel aspect, telle ou telle fonction du jeu d'échange.

En chaque cas, la qualité de l'entretien est liée au contrat de confiance qui se noue implicitement entre les deux parties. En cet événement peut se renouer symboliquement la relation interrompue entre l'individu et la communauté. L'entretien conduit le sujet à exprimer une demande que l'opérateur essaie de cadrer en des termes interprétables par le destinataire.

Le rôle de l'opérateur est donc de rapporter l'histoire individuelle à l'histoire collective. Médiateur entre le sujet et la collectivité, il doit s'interdire toute interprétation purement personnelle de ce qui lui est donné à entendre. Il est un écran plus ou moins transparent entre l'institution -ou le public- qu'il représente et le sujet de l'entretien.

La vidéo est un outil privilégié de formation à l'entretien et à l'analyse de cas, non seulement parce qu'elle permet de fixer le mouvement même de la parole, mais aussi et surtout parce qu'elle renforce ou accélère les processus de dissociation et de restructuration, d'analyse et de synthèse, inhérents à toute (re)socialisation du sujet.

Le marketing, dont l’essor est spectaculaire depuis les années 50, est une technique qui, s’inspirant aussi bien de la sociologie que du journalisme, vise à reconnaître, utiliser, voire détourner les tendances de l’opinion publique afin de promouvoir un produit, un spectacle, une idée, un personnage, etc.Voir infra : Technique de l'entretien

8. Sondages, enquêtes et reportages

L’interview se propose comme une garantie d’authenticité. La sociologie va tenter de lui donner en outre un statut scientifique. Ce qui se manifestera sous la forme d’études statistiques, de sondages, d’analyses de marchés.

La publication d’une enquête ou d’un reportage, quelle que soit l’objectivité du travail réalisé, ne manquera pas d’avoir une influence sur l’opinion publique. Tout le monde est bien conscient de ce phénomène et c’est pourquoi les hommes politiques aussi bien que les industriels, commerçants ou artistes sont très attentifs à se ménager les bonnes grâces des médias, à organiser leur publicité et à faire valoir les sondages et enquêtes qui leur semblent favorables.

L’interview, donc, devient une façon d’accéder à la majorité silencieuse, de connaître l’avis de la multitude, de ceux qui ne parlent jamais, de ceux qui ne savent pas parler ou qui croient n’avoir rien à dire. Pratiquée sous la forme de sondage, d’enquête ou de reportage, l’interview est devenue la clé de voûte de toute recherche sociale. Au-delà de l’analyse théorique d’un phénomène, l’interview permet aux acteurs dudit phénomène de s’exprimer et met ainsi à jour les opinions, les tendances, les familles de pensée et de parole.

Expression directe de l’opinion populaire, elle peut cristalliser l’opinion commune et interpeller les pouvoirs publics (certaines émissions de télévision ont plus d’impact politique que de vastes manifes­tations).

Tribune des porte-parole partisans ou des vedettes, elle peut être le lieu ou se crée et se développe la mode ; elle peut servir de support à un projet publicitaire tout aussi bien qu’à un travail d’information.

9. L'opinion publique

Le 19éme siècle est l’époque du développement du journalisme. C’est aussi l’époque où se constituent les sciences humaines et où se développent les premières démocraties modernes. Ces trois phénomènes procèdent d’un même mouvement humaniste. L’individu devient à la fois le sujet de l’intérêt collectif et l’acteur de l’histoire.

C’est à cette époque que ce qu’on appelait jusque là le sens commun tend à se transformer en opinion publique. L’opinion publique devient une donnée essentielle de la vie publique, et singulièrement de la vie politique, puisque le pouvoir est désormais lié au choix des électeurs.

Les médias vont se spécialiser dans le rôle d’« accoucheur » ou de résonateur de l’opinion publique tandis que les sciences humaines chercheront à rendre compte de la façon la plus objective possible des mouvements qui traversent les sociétés et des lois qui les régissent. Une même technique se trouvera au centre de ces deux démarches : l’interview que les sciences humaines, et en particulier la sociologie, empruntent au journalisme pour l’utiliser à leurs fins propres.


II. TYPOLOGIE DE L'INTERVIEW AUDIOVISUELLE

(voir également : Le verbe et l'image, chap. III, 9).

1. L’interview dans le reportage de grande actualité

On appelle reportage de grande actualité, par opposition à l’actualité immédiate, les reportages qui traitent de façon approfondie un événement ou un sujet de société.

Ces reportages nécessitent une longue préparation et mobilisent des moyens matériels importants. Ils sont constitués d’un montage de séquences descriptives munies d’un commentaire et d’interviews sollicitées auprès de personnages-clé.

2. Les informations d’actualité immédiate (news)

Il s’agit là de reportages réalisés à chaud, rapidement et avec des moyens légers. Ils sont conçus sur le même modèle que les reportages de grande actualité mais leur durée est nettement plus courte (de 1 à 3 minutes) et le montage est simplifié. Ils constituent une part essentielle des journaux télévisés.

3. L’interview de plateau

Il s’agit généralement de l’interview en direct, lors d’un journal télévisé, d’une émission de variété ou d’un magazine, d’un personnage célèbre ou d’un responsable.

4. L’entretien diffusé en différé

Il s’agit d’une interview de longue durée où un personnage raconte, explique, commente sa vie, son oeuvre, son passé, ses souvenirs etc. Ce type d’interview est à rapprocher du reportage de grande actualité du fait qu’elle mobilise des moyens matériels importants et exige un montage complexe.

5. Le micro-trottoir

Mentionnons à part ce type d’interview que l’on rencontre fréquemment soit dans les journaux télévisés, soit dans les magazines. Il s’agit d’un montage rapide de réactions ou d’opinions brèves recueillies auprès de passants anonymes dans la rue ou dans un lieu public.

Chacun de ces types d’interview nécessite une procédure de travail adaptée aussi bien du point de vue de la préparation et du choix du matériel que de l’élaboration du questionnaire et du montage éventuel. Cependant les principes du travail restent les mêmes. Nous allons donc décrire une procédure optimale qui, bien sûr, pourra être aménagée en fonction du type d’interview à réaliser.


III. TECHNIQUES DU QUESTIONNAIRE

Inséparable de l’interview, le questionnaire peut prendre des formes bien diverses, (de quelques mots jetés sur un paquet de cigarettes) jusqu’ à l’analyse complexe d’une problématique), il faut, en tous cas, s’ imprégner d’une idée : une interview se prépare.

1. La qualité de la personne interrogée

Il faut tout d'abordprendre en compte le statut de la personne interrogée En effet la personne interrogée peut répondre soit à titre personnel, soit en tant que représentant d’un groupe ou d’une catégorie sociale.

On distinguera donc le témoignage (j’ai vu, j’ai vécu...) du propos rapporté (on m’a dit que, il paraît que...) et l’opinion individuelle (je pense que) de l’opinion collective (en tant que représentant des locataires, en tant que délégué syndical, en tant qu’élu de la nation...).

Tête-à-queue ou à chacun son témoignage

(Raymond Devos, Stock, 1976, extrait)

A la suite d'un accident d'automobile, le conducteur ayant été conduit à l'hôpital à fin d'examen, un agent interroge les présumés témoins (un ouvrier, un bourgeois et un dandy) pour établir son rapport...

L'agent (après avoir demandé son identité à l'ouvrier :)
Alors, comment cela s'est-il passé ?
L'ouvrier : Ben voilà, monsieur l'agent... Je venais de sortir du bistrot, là... je vois une bagnole s'amener à toute vibure... une Mercedes 220 SE à injection directe... ça bombe terrible !!! Là-dessus, il y a un corniaud de klébar qui traverse la rue, la gueule enfarinée... Ah ! dis donc 1... Pourtant le mec, il a freiné à mort... et, là-dessus, il y a des pneus hydrauliques... ça bloque terrible... Mais comme il y a du verglas... la bagnole a ripé... Le mec, il a braqué tout ce qu'il a pu... Et, pourtant, ça braque terrible, c'te bagnole-là... C'est une direction DB à billes avec rattrapage automatique... Mais quand ça patine... ça patine ! Le mec, il s'est retourné, cul par-dessus tête !
L'agent : Vous voulez dire qu'il a fait un tête-à-queue ?
L'ouvrier : Oui, si vous voulez, c'est pareil !... La Mercedes a accroché l'arrière du klébar... et elle est allée s'avachir sur une 4 cv, modèle courant. Elle a changé d'expression, c'est moi qui vous le dis !
L'agent : Qui a changé d'expression ?
L'ouvrier : La 4 cv, tiens !
L'agent : Qu'est-ce que vous entendez par " changer d'expression ? "
L'ouvrier : Ça veut dire qu'elle en a pris un coup dans l'aile !
L'agent : Vous aussi, vous m'avez l'air d'en avoir pris un coup dans l'aile !
L'ouvrier : Ah non ! moi, je n'ai rien !
L'agent : Bon, enfin !... D'après vous, qui était dans son tort ?
L'ouvrier : Ben... d'après moi, c'est le klebs !
L'agent : Merci!... Au suivant !
Le bourgeois : Moi !
L'agent : Racontez !

Le bourgeois (après avoir décliné son identité) Oh ! ce n'est pas difficile ! La voiture devait rouler très vite... Parce que, maintenant, les gens roulent comme des fous... les jeunes surtout. Ils ne respectent rien ! Dans mon quartier, il y a une bande de jeunes... Après 10 heures du soir, avec leurs motos, ils font un pétard de tous les diables... Et personne ne dit rien ! Enfin !...
L'agent : Au fait, monsieur ! Au fait !
Le bourgeois : Alors, le conducteur est arrivé au carrefour... Il a dû voir un chien traverser tout seul ! Parce que les chiens se baladent comme ils veulent ! Dans mon quartier, il y en a cinq ou si toujours les mêmes, qui se promènent en liberté ! Et personne ne dit rien ! Enfin !...
L'agent : Les faits, monsieur ! Les faits !
[...]

 

2. L’influence du rapport entre interviewer et interviewé

La nature du rapport qui s’instaure entre l’interviewer et l’interviewé peut avoir une grande influence sur le contenu des réponses.

La réponse peut varier, par exemple, en fonction de la sympathie ou de l’antipathie que les interlocuteurs éprouvent l’un pour l’autre et, plus profondément encore, en fonction de l’opinion que la personne interrogée tente de se faire de la réponse qu’on attend d’elle.

Un comportement très classique des personnes interrogées est de vouloir faire plaisir à la personne qui interroge. Cela peut conduire la personne interrogée à tenter de deviner quelle est l’opinion propre de la personne qui interroge afin de lui répondre sinon de façon identique du moins sans la contredire trop fortement. (C’est ce qui se passe également dans une conversation courante).

Inversement, si l’interviewer suscite de l’antipathie chez l’interviewé, ce dernier cherchera à prendre le contre-pied de son opinion supposée. Ce comportement se manifeste parfois par des contre-questions du genre: «Et vous, qu’en pensez-vous ?».

La personne interrogée est également attentive à l’évolution de l’expression du visage de la personne qui interroge. C’est pourquoi l’interviewer, s’il veut obtenir une réponse authentique, se gardera de manifester d’autre sentiment qu’un intérêt soutenu pour ce qu’on lui raconte, évitant en tous cas d’engager une véritable conversation avec son interlocuteur.

3. La variété des propos recueillis

Les questionnaires permettent de rassembler divers types d’information, à savoir :

— des faits se rapportant à la personne interrogée (âge, sexe, profession, etc.), et à son univers (habitat, relations, etc.),

— des témoignages relatifs à des événements ou à des situations vécues (la véracité ou l’honnêteté de ces témoignages peuvent être sujets à caution),

— des on dit, par nature invérifiables. Produits de la rumeur, leur valeur d’information est nulle  mais leur valeur explicative d’une situation peut être forte,

— des opinions, c’est-à-dire des jugements que portent les individus interrogés sur divers problèmes ou événements: opinions politiques, jugements moraux, artistiques, etc.

L’authenticité d’une opinion n’est pas plus avérée que la valeur informative d’un témoignage. L’opinion est souvent reprise d’un modèle auquel le sujet s’identifie. L’opinion «prête à porter» est en effet disponible en grande quantité et en grande diversité dans les journaux, magazines, livres, films et autres émissions de télévision. On peut également rattacher à ce dernier groupe les impressions, les sentiments, ainsi que manifestations d’intention, d’aspirations ou de besoins.

L’élaboration du questionnaire et l’analyse des interviews doivent prendre en compte ces divers registres d’informations afin d’éviter la confusion dans l’esprit du spectateur.

4. Du questionnaire standardisé au questionnaire particularisé

Les sondages et études d’opinion ont vulgarisé l’usage de questionnaires standardisés. Il s’agit d’un ensemble de questions imprimées sur un formulaire distribué à un échantillon d’individus choisis suivant des critères de représentativité statistique.

Les questionnaires récupérés sont analysés suivant la méthode statistique, ce qui permet d’obtenir une certaine image de la population considérée, de ses caractéristiques propres ou de ses opinions.

Le commerce et la politique font une consommation considérable de ce type d’enquête, avec un certain succès. Il faut bien voir cependant que, plus encore que l’opinion des personnes interrogées, ce type d’enquête teste leur réaction à l’image proposée par les medias.

La problématique d’une interview audio-visuelle est un peu différente en ce sens que la quantité de personnes interrogées ne peut qu’être faible et que l’on cherchera donc à privilégier la qualité de la prestation.

On sera donc amené, le plus souvent, à renoncer au questionnaire standardisé et à élaborer un questionnaire souple et particularisé qui prenne en compte la personnalité de la (ou des) personne interrogée, en mêlant l’usage de questions ouvertes et de questions fermées selon un mode semi-directif ou non-directif.

5. Interviews directives, interviews non directives

D’une façon générale on peut classer les interviews en interviews directives et interviews non directives.

  • On appellera interviews directives les interviews construites à partir d’un questionnaire précis, fermé ou ouvert, sollicitant l’opinion et le jugement sur un sujet présenté de façon explicite et claire.
  • On appellera interviews non directives, ou interviews en profondeur, les interviews qui sollicitent l’imagination ou l’affect de la personne interrogée plus que son jugement ou sa mémoire.

L’interview directive donne un cadre aux réponses de la personne interrogée. L’interview non-directive tente de laisser la plus grande liberté d’expression à la personne interrogée.

Le développement de 1’interview non-directive, d’usage relativement récent, a correspondu à la volonté des enquêteurs de franchir le barrage de la mode, des opinions toute faites et de l’image que chacun se fait ou donne à voir de soi-même, pour accéder aux motivations profondes et souvent inconscientes des personnes interrogées. L’interview non-directive exige disponibilité et confiance. Elle procède par approches successives et indirectes du sujet.

L’interview non-directive, qu’il s’agisse d’étude de marché, d’enquête d’opinion ou de reportage se déroule généralement en trois temps :

La mise en confiance

Dans cette première phase la (ou les) question posée ne porte pas directement sur le sujet central de l’interview mais vise à mettre en confiance la personne interrogée.

Le cœur du sujet.

Quand le rapport de confiance est établi on peut en venir au sujet mais une fois encore il n’est pas conseillé de poser directement des questions fermées. Il est préférable d’amener progressivement la personne à parler «spontanément» du sujet sur lequel on veut l’interroger.

La contre-épreuve.

Même si l’on a l’impression d’avoir obtenu toutes les réponses que l’on désirait, il est bon de poursuivre la conversation et de revenir une seconde fois, par une question détournée, sur le sujet de l’interview. En effet, il apparaît souvent qu’ «à la réflexion» la personne interrogée peut être amenée à nuancer son opinion ou même parfois à la reformuler complètement.

Exemple 1

Vous êtes chargé de conduire un reportage sur la publicité dans le métro. Vous tenez à savoir :

— si les voyageurs éprouvent du plaisir ou de l’agacement à regarder la publicité,

— s’ils sont plus ou moins sensibles à la publicité, le matin en allant au travail ou le soir en revenant,

— s’il y a des emplacements plus visibles que d’autres,

— quelles sont les associations ou les rêveries le plus souvent provoquées par la publicité ?

Vous décidez de mener votre enquête en deux temps :

1ère phase

Vous établissez un questionnaire semi-fermé que vous soumettez de façon directive aux voyageurs.

a) dans les wagons du métro,

b) sur les quais,

c) à la sortie des bouches de métro.

2ème phase

Vous prenez rendez-vous avec un échantillon de voyageurs afin de les questionner chez eux, selon le mode non-directif. Le type d’interview et le choix du questionnaire se justifient, dans la première phase par le fait que les voyageurs sollicités sont peu disponibles et pressés. Le choix de l’interview non-directive à domicile doit permettre soit de confirmer les réponses obtenues dans la première phase, soit de découvrir que les voyageurs ont, à tête reposée, une opinion différente, plus nuancée, ou franchement contraire de celle qu’ils expriment à brûle-pourpoint.

Questionnaire 1ère phase

— Est-ce que vous aimez regarder la publicité dans le métro?

— Citez moi une affiche qui vous a plu?

— Citez moi une affiche qui vous a déplu?

— Vous souvenez-vous de l’endroit où elles étaient affichées?

— Est-ce que la publicité vous fait rêver? A quoi?

Les questions doivent être courtes et assez simples. Elles ne doivent pas solliciter une trop longue réflexion ni des réponses trop compliquées.

Questionnaire 2ème phase

(Les personnes que vous interrogez alors sont, bien sûr, différentes de celles que vous avez interrogées précédemment). Dans un premier temps vous évitez d’interroger votre interlocuteur directement sur la publicité. Vous commencez, par exemple, par l’interroger sur la distance qu’il parcourt chaque jour, son lieu de travail et le temps qu’il passe dans le métro. Vous le laissez s’exprimer librement, même si vous avez l’impression d’être hors du sujet. Vous pouvez ensuite l’amener à s’exprimer sur les conditions du transport, la fatigue, les autres voyageurs, la propreté des lieux, l’aménagement des stations, la télévision interne, les coloris, etc. Il est alors probable que dès cette phase vous aurez reconnu les centres d’intérêt et préoccupations principales de votre interlocuteur. Sans doute aura-t-il, de lui-même, évoqué la décoration et la publicité. C’est le moment d’engager la seconde phase de l’interview en précisant vos questions à partir de ce qui vient d’être dit.

— Vous dîtes qu’il y a des jours où vous ne supportez pas de regarder la tête des voyageurs ? Qu’est-ce que vous faites alors ? Vous lisez le journal ? Vous regardez les affiches ?

— Le changement à Concorde vous semble trop long? Vous pensez que les couloirs pourraient être aménagés autrement ? Vous préféreriez plus d’affiches, ou moins d’affiches ?

— Il vous arrive d’aller voir un film parce que vous avez vu son affiche dans le métro ?

— Etc.

Une fois que vous pensez avoir obtenu toutes les réponses que vous désiriez, il peut être bon de revenir sur l’un ou l’autre aspect de l’entretien ou de poser enfin des questions très générales.

Exemple 2:

Dans le fond, est-ce que vous aimeriez un métro sans publicité ?

Les questions fermées

Les questionnaires fermés proposent pour chaque question une liste exclusive de réponses closes.

Exemple 3

« Est-ce que l’attrait de l’argent a eu une influence sur le choix de votre métier  ?

— Oui

— Non. »

Exemple 4

 « Si quelqu’un vous demande l’heure dans la rue :

— vous passez votre chemin ?

— vous répondez au hasard ?

— vous engagez une conversation ?

— vous dites : «je n’ai pas de montre» ? »

Les questionnaires fermés sont particulièrement utilisés pour les enquêtes quantitatives lorsqu’il s’agit d’avoir l’opinion d’une population sur un produit ou sur un personnage.

Exemple 5

« Vous considérez le Président du Conseil comme un personnage :

— très sympathique?

— sympathique?

— plutôt sympathique?

— plutôt antipathique?

— antipathique?

— très antipathique? »

Ils permettent une analyse quantitative précise de l’opinion mais n’apportent pas d’information sur les fondements de cette opinion. Ils se prêtent en outre à toute sorte de manipulations soit dans la formulation des questions, soit dans l’analyse des réponses.

Formulation de la question

Exemple 6

« Vous pensez que l’usage du tabac est mauvais pour la santé et qu’il doit être réglementé ?

OUI — NON »

Ce type de formulation oblige en fait à donner une seule réponse à deux questions :

Question n°1 :

« Pensez-vous que l’usage du tabac est mauvais pour la santé ? »

Question n° 2

« Pensez-vous que l’usage du tabac doit être réglementé ? »

Il oblige en outre à donner des réponses sans nuance. On peut penser, en effet, que l’usage du tabac peut être dans certains cas ou pour certaines personnes dangereux.

Analyse de la réponse

Exemple 7

« Vous pensez que l’introduction de la publicité à la télévision est positive pour le développement du commerce ? OU — NON »

Si l’analyse des réponses fait apparaître, par exemple, une majorité de 80 % pour le oui, une analyse tendancieuse des réponses permet d’affirmer qu’«une majorité de téléspectateurs considère comme positive l’introduction de la publicité à la télévision».

Exemple 8

« Vous pensez que la publicité télévisée est :

— amusante ?

— belle ?

— distrayante?

— sans intérêt?

La formulation privilégie, quantitativement, les réponses positives au détriment de la réponse négative. Elle facilite donc une analyse tendancieuse du type : « 80 % des téléspectateurs trouvent la publicité télévisée amusante, belle, distrayante...».

La formulation ne laisse pas de place en revanche à des réponses nuancées du genre :

— la publicité est parfois belle ou amusante mais souvent vulgaire,

— la publicité est distrayante mais insignifiante et envahissante.


Les questions ouvertes

Les questionnaires ouverts laissent aux personnes interrogées la possibilité de personnaliser, de préciser, de nuancer leurs réponses. Ils sont donc d’un dépouillement plus difficile et les réponses fournies se prêtent mal à une analyse statistique. Ils permettent de déceler les tendances de l’opinion de façon qualitative et non de façon quantitative.

Leur usage est donc tout indiqué pour la réalisation d’interviews de magazines, T.V. ou autres.

Exemple 9

· Vous préférez vivre à la ville ou à la campagne ? Pourquoi ?

· Vous utilisez plutôt votre voiture ou plutôt les transports en commun ? Pourquoi ?

· Qu’est-ce que vous a incité à choisir le métier qui est le vôtre ?

Il existe bien sûr la possibilité de mêler questions ouvertes et questions fermées ce qui peut faciliter le démarrage d’une interview.

Exemple 10

· Vous allez au restaurant

— pour vous distraire ?

— pour faire un bon repas ?

— pour sortir avec des amis ?

— parce que vous n’avez pas le temps de faire la cuisine ?

— pour une autre raison, laquelle ?


6. Sincérité, fidélité, compréhension

La pratique de l’interview se confronte également à un problème de fiabilité ou d’évaluation des réponses obtenues, lié à la sincérité et à la fidélité des témoignages, voire à la bonne compréhension des questions posées.

  • La sincérité

Le mensonge peut être délibéré, soit que la question ou l’interviewer aient éveillé une méfiance, soit que l’image que l’interviewé veut donner de lui-même (ou se fait de lui-même) soit différente de la réalité. On obtiendra alors une réponse de «façade».

D’une façon plus générale, et sans approfondir ici la question, on conviendra que toute réponse autre que purement objective, peut être analysée en deux éléments : un contenu manifeste ou conscient et un contenu latent ou inconscient.

Il existe bien sûr des sujets qui sont particulièrement propices au mensonge ou à la dissimulation consciente ou inconsciente : les revenus, la vie sexuelle, les études, la santé, etc... sont autant de domaines où le réel et l’imaginaire se mêlent plus ou moins étroitement.

  • La fidélité

La valeur d’un témoignage est toujours fragile. Elle est liée à la fois à la mémoire et à la capacité de perception d’un témoin. Notons qu’un témoignage se déforme d’autant plus qu’il est répété plus souvent soit par la même personne, soit par des personnes différentes.

  • La compréhension

Il arrive enfin qu’il y ait malentendu, équivoque ou méprise entre l’interviewer et l’interviewé soit que la question posée soit peu claire, mal formulée ou ambiguë, soit que l’interviewé ait une mauvaise connaissance de la langue ou encore que les conditions de la communication fassent obstacle à la compréhension.


IV. La préparation de l’enregistrement

1. Le synopsis

Qu’elle soit conçue seule ou à l’intérieur d’un reportage, une interview exige, au même titre qu’un documentaire ou qu’un film de fiction, l’élaboration d’un synopsis. Il s’agit :

1) d’exprimer en quelques phrases le sujet de l’enquête ou du reportage,

2) de déterminer les lieux et décors où sera réalisée l’interview,

3) de décrire sommairement le (ou les) personnage choisi pour l’interview.

2. Le questionnaire

L’élaboration du questionnaire se fait selon les principes que nous avons décrits précédemment et à partir d’une définition claire de l’objet de l’enquête établie dans le synopsis.

Exemple 1

Soit l’interview d’un acteur à propos de la première représentation d’une pièce de théâtre. Le synopsis mentionnera l’auteur, le metteur en scène, le sujet de la pièce, les autres rôles importants, le passé professionnel de l’acteur interrogé, puis le lieu et la date de l’interview. Le questionnaire sera conçu à partir des éléments ainsi précisés.

Exemple 2

Soit l’interview d’un délégué syndical à propos d’une grève.

Le synopsis décrira l’entreprise, son activité, le nombre d’employés, l’origine de la grève, les syndicats présents, puis le lieu de l’interview, le nom de la personne interrogée, etc...

De même que précédemment les renseignements ainsi recueillis serviront de base à l’élaboration du questionnaire. L’élaboration d’un synopsis et d’un questionnaire précis sont d’autant plus importants si l’interview est réalisée en direct sur un plateau. Il n’y a en effet dans ce cas ni possibilité de reprise ni possibilité de montage.

3. Le script ou bordereau de tournage (voir tableau)

Le script vous servira pendant le tournage pour savoir où vous en êtes, pendant le montage pour préparer votre plan de montage et par la suite comme document d’archives.

Colonne 1 (cassette ou bobine) :

Chaque cassette ou bobine doit être répertoriée et munie d’une étiquette indiquant le titre du reportage, la date, le nom du réalisateur, le nom de la production.

Colonnes 2 et 3 (plan et prise) :

Ne pas confondre le plan et la prise. Il y a changement de plan chaque fois que l’on change de décor, de point de vue ou de focale, après avoir interrompu la prise de vues. On change de prise lorsqu’on tourne une nouvelle fois le même plan pour des raisons techniques ou autres.

Colonnes 4 (compteur) :

On relève le numéro du compteur au début et à la fin de chaque prise. Ceci est essentiel pour pouvoir travailler rapidement pendant le montage.

Colonne 5 (image) :

Description technique du plan-image. Il est important de noter également dans cette colonne les éventuels défauts de la prise de vues (mise au point, contre jour, etc.) qui peuvent exiger le tournage d’une nouvelle prise.

Colonne 6 (son) :

On mentionne dans cette colonne les défauts éventuels du son (ambiance trop forte, bruits parasites, coups de vent). Il est parfois possible d’améliorer au montage ou au mixage la qualité du son ou encore de n’utiliser qu’une partie du plan tourné. Si le son est de bonne qualité et l’image de mauvaise qualité, il est possible de remplacer l’image par un plan de coupe tout en conservant l’enregistrement sonore. Lors d'une interview, on note la première et la dernière phrases de chaque prise ce qui facilite le travail de montage en évitant les confusions entre plans de même valeur.

Colonne 7 (plan de montage) :

La dernière colonne n’est pas utilisée pendant le tournage mais pendant la phase du dépouillement et du montage. Elle permet de noter les plans qui seront effectivement assemblés lors du montage.

 

Titre

Réalisateur

Producteur

Date

Lieu de tournage

 

 

Cassette

1

 

Plan

1

 

Prise

1

 

Compteur

00 - 30

 

Image

PG

St-Lazare

Son

(ambiance)

 

Montage

 

 



4. Le tournage

Les conseils concernant l’organisation et le déroulement du tournage d’une interview reprennent en partie ceux que l’on prodigue pour tout tournage de films documentaires ou autres, mais ils ont également une spécificité que nous mettrons en valeur dans ce chapitre.

5. Le plan de tournage

Votre plan de tournage doit comprendre :

- le synopsis,

- le ou les questionnaires établis,

- la liste des personnes que vous voulez interroger avec leur adresse et éventuellement quelques détails sur leur personnalité (âge, profession, etc.),

- la liste des décors et plans de coupe qu’il faudra adjoindre à l’interview. (11 n’est pas toujours possible de l’établir à l’avance),

- le calendrier du tournage mentionnant l’ordre d’enregistrement des interviews, la durée prévue pour chaque enregistrement des interviews, la durée prévue pour chaque enregistrement ainsi que le temps consacré aux déplacements,

- le bordereau d’enregistrement des prises.

6. Le repérage

Comme dans tout tournage de film, le repérage est préférable si l’on dispose d’un peu de temps. Il permettra d’une part de faire connaissance avec les conditions matérielles du tournage, d’autre part de prendre contact avec les personnes à interroger.

Il est le plus souvent préférable de ne pas déflorer l’interview en posant les questions à l’avance, mais il arrive que certaines personnes n’acceptent de s’exprimer qu’après avoir réfléchi aux questions qu’on leur posera. C’est là une question de tact dans la direction de l’interview.

7. Choix et préparation du matériel

Le choix du matériel dépend bien sûr de l’utilisation que l’on veut faire de l’interview. Si l’interview doit servir à la rédaction d’un article de joumal ou de magazine, la qualité du son importe peu, si elle doit être utilisée dans un montage audio-visuel ou une émission TV, elle importe beaucoup.

L’équipe de tournage TV d’une interview est généralement constituée d’un caméraman, d’un preneur de son et d’un journaliste ou réalisateur. Mais de plus en plus la tendance est de réduire le nombre des techniciens. L’utilisation de camescopes permet, dans de nombreux cas, à une seule personne d’effectuer le travail.

Quel que soit le matériel choisi, n’oubliez pas de vérifier, avant le tournage, que vous disposez des accessoires nécessaires :

- casque,

- perchette,

- micro directif ou semi-directif (et éventuellement micro-cravate),

- bonnette (pour protéger le micro des coups de vent),

- câble (dont la longueur doit être suffisante),

- batteries (chargées et éventuellement chargeur),

- trépied,

- éclairage (si nécessaire),

- cassettes ou bandes magnétiques ou films.

8. Consignes de tournage

L’image

Installez votre matériel, prenez le temps de vérifier la qualité du son et de l’image. N’oubliez jamais d’enregistrer 30 secondes de mire (ou de noir) au début de votre cassette afin d’obtenir une bonne stabilité de défilement de la bande dès vos premières prises de vues. Pour la même raison, ne filmez jamais jusqu’au bout de la cassette.

Le son

Si votre interview doit se prolonger, utilisez le micro-cravate plutôt que la perche. Si vous voulez avoir une bonne qualité d’enregistrement des questions, utilisez un deuxième micro et une petite table de mixage. Mais ne vous compliquez pas inutilement la vie. Il est le plus souvent loisible de supprimer les questions au montage ou de les réenregistrer au mixage.

Place du journaliste

Prévoyez dès le début de l’interview les divers cadrages que vous utiliserez. Si vous travaillez  en équipe, installez-vous tout près de la caméra, à droite ou à gauche, en conservant toujours la même place. Dites à votre interlocuteur qu’il peut indifféremment vous regarder vous ou la caméra, l’idéal étant qu’il regarde alternativement l’un et l’autre.

Consignes à l’interviewé

Donnez à votre interlocuteur une indication du temps de réponse que vous espérez pour chaque question. une réponse trop longue est souvent difficile à monter. Informez-le que s’il n’est pas satisfait de sa réponse. il est toujours possible de recommencer la prise. Demandez lui de prendre son temps (quelques secondes) avant de répondre. Cela vous facilitera le montage.

Pendant l’enregistrement, si vous travaillez en équipe, ne quittez pas du regard votre interlocuteur et montrez de l’intérêt pour ce qu’il vous dit. N’hésitez pas cependant à l’interrompre s’il est trop long et à reprendre la prise s’il apparaît quelque défaut technique ou autre.

L’annonce

Après toute mise en route de la caméra, comptez mentalement ou à haute voix cinq secondes avant de poser votre question. Si vous travaillez en équipe, laissez ce soin au caméraman. De même à la fin de chaque prise laissez tourner la caméra cinq secondes après la fin de la réponse.

Ces précautions facilitent le montage en assurant une bonne stabilité de défilement de la bande et une sécurité pour la coupe.

Si vous arrêtez le moteur de votre caméra (vidéo) n’oubliez pas de vous recalez à la fin de la prise avant toute nouvelle prise vues. Méfiez-vous du retour de bande qui peut mordre sur l’enregistrement précédent. Pour éviter ce désagrément, travaillez avec la touche pause aussi souvent que possible.

L’utilisation de la claquette pour l’annonce des prises est particulièrement utile lors d’un tournage sur support film. Elle permet en effet la synchronisation des plans sonores et visuels.

Le principe en est simple. Au début de chaque prise, vous présentez devant la caméra une ardoise, munie d’une claquette, sur laquelle sont inscrits l’intitulé de l’interview, le numéro du plan et le numéro de la prise. Vous actionnez alors rapidement la claquette afin d’obtenir un son ponctuel qui vous permettra, lors du montage, la synchronisation des plans.

L’utilisation d’un caméra vidéo supprime le problème de la synchronisation mais il est souvent utile de posséder un repérage visuel du défilement des plans. Nous vous conseillons donc de réaliser, en tous cas, une annonce pour chaque prise en utilisant un petit carnet à spirale sur lequel vous noterez les plans et les prises successives. A chaque mise en route, vous présentez à la caméra une feuille du carnet sur laquelle sont inscrits le numéro du plan et le numéro de la prise engagés.

9. Plans de coupe et plans d’ambiance

Une fois l’interview terminée, demandez à votre interlocuteur de se prêter à l’enregistrement d’une prise muette, c’est-à-dire de poser quelques secondes sans parler. Cette image pourra vous être utile lors du montage.

C’est le moment également de filmer des plans de coupe sur d’autres membres de la famille ou sur des détails du décor et de réaliser un enregistrement d’ambiance sonore d’une trentaine de secondes. Pour cet enregistrement d’ambiance, demandez le silence...

10. Le micro-trottoir

Si vous interviewez des gens dans la rue, préparez votre matériel et vos questions avant de les aborder. Il faut savoir dans ces cas-là limiter le temps de mise en route sans sacrifier la qualité de l’enregistrement.

Abordez franchement vos interlocuteurs. Lancez la caméra (que vous aurez préalablement mis en pause) tout de suite. Présentez-vous de façon très brève, posez une question simple, courte, facile à comprendre. Ayez toujours deux autres questions prêtes pour poursuivre éventuellement.

Evitez d’enchaîner plusieurs interviews. Prenez le temps de remplir votre bordereau de tournage puis de choisir une nouvelle personne à interroger.

Méfiez-vous de ne pas interroger toujours le même genre de personnes (celles qui vous attirent). Vous devez en principe avoir prévu dans votre plan de tournage les divers types de personnes que vous voulez interroger. Mais ne cherchez pas non plus systématiquement la difficulté. Il y a des gens dont on devine qu’ils refuseront de répondre et il faut éviter de se faire éconduire trop souvent...

Vérifiez fréquemment que l’enregistrement se déroule de façon correcte : le stress de le micro-trottoir conduit parfois à des erreurs techniques irréparables... Respectez votre plan de tournage. Si vous avez prévu d’interroger dix personnes, n’en interrogez pas vingt.

Enfin, dès que le tournage est terminé (et cela vaut pour toutes les interviews vidéo) vérifiez rapidement à l’œilleton (ou au moniteur) que ce que vous avez enregistré est intéressant et utilisable. Le lendemain, c’est trop tard...


V. Le montage

Le reportage est terminé. Vous disposez maintenant des rushes. Dans chaque cas le montage possède ses contraintes propres mais il existe quelques principes généraux à observer.

1. Le dépouillement

Si vous avez établir un script précis, le dépouillement sera facilité. Commencez par vérifier que chaque bobine et son enveloppe portent l’ensemble des indications nécessaires. Ecoutez ensuite (et/ou regardez) chacune des bobines attentivement, en ayant votre script à portée de main.

Vérifiez que les indications du script sont pertinentes. Corrigez éventuellement et ajoutez les annotations qui vous semblent judicieuses. Ces annotations peuvent être de deux types :

Annotations techniques

Il s’agit essentiellement de la qualité du son ou de l’image. Ces indications ont déjà dû être portées sur le script mais le visionnement ou l’écoute permettent un contrôle plus précis. Il s’agit en particulier de noter les prises inutilisables soit parce que l’image est floue mal cadrée, surexposée etc. soit parce que le son est trop faible, trop fort, couvert ou perturbé par un bruit d’ambiance, etc.

Annotations de contenu

Il s’agit là de faire un résumé simple du contenu de chaque réponse en mentionnant les passages qui vous semblent particulièrement intéressants, les répétitions, les longueurs, les propos hors sujet.

Une fois ce travail fait, on ne saurait trop vous recommander d’écouter et de regarder une nouvelle fois l’ensemble des documents mais cette fois-ci sans prendre de notes, en essayant simplement de vous imprégner du contenu de l’interview réalisée.

Le temps passé à écouter, à plusieurs reprises, l’enregistrement n’est pas du temps perdu. Il vous permet de mémoriser et de mettre, plus ou moins consciemment, en ordre les divers centres d’intérêt de l’interview.

2. Le plan de montage

Lorsque vous pensez avoir une idée claire sur le contenu de votre enregistrement, vous pouvez passer à la phase du montage.

Il s’agit tout d’abord, à partir de votre script annoté et corrigé, d’établir un plan de montage. C’est à ce moment que, selon le type d’interview choisi et le type de matériel collecté, vous ferez le choix entre un montage en continuité et un montage en parallèle.

  • Le montage en continuité

Si votre interview ne concerne qu’un seul personnage vous êtes amené à choisir l’ordre dans lequel vous monterez questions et réponses. Il se peut que vous ne respectiez pas l’ordre dans lequel les questions ont été posées. En effet il arrive qu’une question posée en fin d’interview mérite d’être présentée plus tôt parce qu’elle éclaire l’ensemble de l’interview d’une lumière particulière. Il faut en fait choisir le meilleur ordre possible de passage en fonction du projet de l’enquête et de la logique des réponses fournies.

Si votre enquête rassemble plusieurs interviews menées selon un même questionnaire il vous est également possible de monter chacune des interviews en continuité, soit en répétant chaque fois les questions, soit en aménageant le montage de telle façon que les questions puissent être supprimées.

Il vous est également possible de monter les interviews en parallèle.

  • Le montage en parallèle

Monter une série d’interviews en parallèle, c’est coller bout à bout l’ensemble des réponses à une même question. C’est un procédé fréquemment utilisé dans les micro-trottoir qui sont le plus souvent de type directif, à questionnaire fermé. Cela permet un montage rapide et vivant, très prisé dans les journaux télévisés qui ne peuvent consacrer que peu de temps à l’analyse d’un sujet.

3. Le bout à bout

— Si vous travaillez sur un support film, le plan de montage étant ainsi établi vous pouvez réaliser un premier bout à bout des éléments sans vous préoccuper des raccords. Dans cette phase d’élaboration, il est en particulier préférable de conserver toutes les questions. A l’écoute ou au visionnement de ce pré-montage, vous allez pouvoir affiner votre procédure : changer l’ordre des réponses, supprimer les longueurs, les répétitions, voire, parfois, renoncer complètement à l’une ou l’autre réponse qui vous semblerait n’apporter aucune information importante.

— Si vous travaillez sur support vidéo professionnel, il peut être judicieux d’effectuer une copie de vos rushes sur un support vidéo amateur et d’établir une maquette de votre montage en réalisant un assemblage sommaire de votre interview.

Vous aurez ainsi une première idée des qualités et des défauts de votre plan de montage et vous pourrez donc l’affiner avant de passer sur la table professionnelle.

4. Le montage

Une fois l’ordre de l’interview établi et les plans montés, il peut subsister, dans l’enchaînement des plans, des raccords visuels de qualité médiocre.

Il s’agit le plus souvent de l’enchaînement de deux plans de même valeur, dû à la suppression d’une longueur à l’intérieur d’une même prise de vues.

Ce type de raccord provoque une saute dans l’image. On peut souvent y remédier en insérant un plan de coupe ou une illustration sur la fin du premier plan ou sur le début du second plan concernés, l’interviewé poursuivant son discours en voix off.

Le plan de coupe utilisé est à choisir dans le stock de ceux que vous avez pris la précaution de tourner (voir précédemment) ou dans des images d’archives dont le contenu est proche du sujet de l’interview.


VI. Exercices

Exercice n° 1

Découpez une interview dans un magazine. Reconstituez les questions posées. Imaginez deux questions supplémentaires.

Exercice n° 2 

Etablissez une liste des interviews présentées dans un journal télévisé de vingt heures. Pour chaque interview, vous donnerez le nom et la fonction de la personne interrogée ainsi que la durée de l’interview. Rapportez ensuite la durée totale des interviews à la durée totale du J.T.

Exercice n° 3

Cherchez dans un magazine un exemple de fausse interview à vocation publicitaire.

Exercice n° 4 

A propos de bruit dans la rue, vous établirez trois questionnaires que vous pourriez soumettre à vos voisins :

- un questionnaire fermé (4 questions);

- un questionnaire semi-ouvert (4 questions);

- un questionnaire ouvert (4 questions).

Exercice n° 5

Vous proposez une enquête sur la réhabilitation d’un quartier HLM au maire de la commune concernée.

a) Définissez brièvement l’intérêt et l'objectif de votre enquête.

b) Choisissez 3 personnages-clé à interroger.

c) Etablissez un questionnaire de 2 questions communes aux trois personnages-clé et de 2 questions propres à chacun d’eux.

Exercice n° 6

Le maire d'une petite ville de la région parisienne vous charge de réaliser une enquête sur les préoccupations des jeunes de sa commune.

a) Rédigez un projet de micro-trottoir qui précisera en quelques lignes :

- les caractéristiques des personnes que vous désirez interroger,

- les lieux et heures où vous réaliserez vos interviews.

b) Elaborez six questions que vous soumettrez à vos interlocuteurs, en justifiant leur enchaînement et leur progression.

Exercice n° 7

Vous interviewez chez lui un acteur ou un chanteur célèbre. Imaginez cinq plans de coupe que vous pourrez insérer dans votre montage.

Exercice n° 8

Imaginez cinq plans de coupe que vous pourrez insérer dans le montage du micro-trottoir que vous avez conçu dans l'exercice n°6.