TV d'Europe


La télévision en Espagne

par Cristina Maeztu Hoyos


D'une façon générale, on pourrait affirmer que la télévision en Espagne constitue un " service publique essentiel ", de titularisation étatique et géré, de façon directe, par l'Etat, et indirectement par des concessions administratives à des particuliers. Ce statut risque d'être modifié à cause de la future Loi de l'Audiovisuel, en vertu à laquelle le service de radiodiffusion espagnol serait libéralisé, restant un service offert par des particuliers dans un régime de compétence avec des limites.
Le panorama télévisuel en Espagne présente un régime mixte qui combine une modalité de diffusion publique avec une modalité émanant du privé. De même, un service de Télévision Digitale Terrestre a été mis en place à travers différentes plateformes. Par ailleurs, on constate la prolifération de nombreuses chaînes locales, la plupart d'elles à caractère commercial.
Les transmissions de télévision en Espagne ont été sous le monopole du gouvernement jusqu'en 1991, où l'état donne les premières licences d'émission à des chaînes privées, plus précisément à trois groupes : T5 a3 et Canal +, aujourd'hui appartenant au domaine du digital.


Télévision Publique : TVE et les Télévisions Autonomiques

En ce qui concerne la télévision publique, il faut faire une distinction bien nette entre l'entité du gouvernement central, TVE, qui fait partie à son tour de la Corporation Espagnole de Radiodiffusion, et les télévisions dépendants des gouvernements des Communautés Autonomes (rappelons ici que l'organisation administrative espagnole se révèle assez particulière dans l'Europe, avec sa division en Autonomies qui ont pleine compétence exécutive pour s'autogouverner).


Televisión Española (TVE)

. On va commencer par TVE, qui apparait très tardivement par rapport aux pays voisins. Ainsi, il a fallu attendre l'année 1956, sous le régime de Franco, pour que cet organisme commence à émettre. Dans un premier moment, il n'y avait qu'un seul canal ; le deuxième, aujourd'hui connu comme La 2 apparait quelques années plus tard avec un niveau de couverture qui n'arrivait pas à l'ensemble du territoire espagnol.
Dans l'actualité, Televisión Española comporte plusieurs chaînes : La 1, La 2, Canal 24 horas, Teledeporte, Clan TVE, Docu TVE, TVE Internacional, Clásico TVE et Cultural.
Comme on l'a déjà évoqué plus haut, TVE est née en 1956 et constitue le principal groupe audiovisuel de l'Espagne. Branche télévisuelle de l'entité Radio Télévision Espagnole, propriété de l'Etat, TVE a une couverture mondiale via satellite -dans les cinq continents.

A différence de ce qui se passe dans d'autres pays de l'Europe, la télévision publique espagnole est complètement gratuite..
Le groupe public est aussi le principal promoteur de la Télévision Numérique Terrestre qui est en train de se développer en Espagne.
Quant aux chaînes, il faudrait signaler que les deux les plus importantes sont les deux premières : La 1 et La 2.

Quelques données historiques

La 1, premier canal à émettre de type généraliste date du 1956. Le 28 octobre la première chaîne de Télévision Espagnole a commencé son parcours, à 20, 30 avec une couverture restreinte à la ville de Madrid avec la retransmission d'une messe, des discours officiels, deux programmes NODO, des reportages préalablement filmés et des actuations musicales menés par des groupes appartenant à la Falange de Franco.
En février de 1959, le service télévision arrive à Barcelone et Saragosse à l'occasion d'un match qui opposait les équipes des deux villes. Et de cette manière, progressivement, les différentes régions de la géographie espagnole sont atteintes par le nouveau média : Bilbao, Valence, les 2 Castilles ; mais le processus est si lent qu'en 1960 la consolidation de la télé semblait toujours incertaine.
Un autre facteur qui posait des difficultés à ce processus dérive du fait que jusqu'en 1959 l'industrie espagnole ne produisait pas des appareils TV, de sorte qu'il s'agissait d'un article importé et très luxurieux qui n'était pas à porter de main de l'ensemble des familles espagnoles.
En tout cas, malgré les obstacles la télévision espagnole commence à se consolider et à partir de 1957 Télévision Espagnole commence l'émission du Telediario (Téléjournal), qui reste dans le présent un important signe d'identité du groupe.
À partir de 1975, le décès de Franco et l'arrivée de la Démocratie vont, substantiellement, modifier la configuration de la télévision publique. Ainsi, la télévision va rejeter explicitement les principes que la dictature avait légitimés et perméabilisés à la société espagnole. La censure explicite et systématique menée par les responsables franquistes de la télévision disparaît. À mode d'exemple, on se trouve dans une époque caractérisée par les adaptations au format de série de télévision d'œuvres de la littérature censurées par le régime de Franco. En avançant dans le temps, on 1986 l'horaire d'émission, avant de quelques heures à l'après-midi, s'élargit grâce à un espace d'actualité émis le matin.
La 2, qui a commencé son histoire en 1965, s'est imposé comme une option pour des " minorités " intéressées à la culture, à l'art ou à des sujets parfois oubliés des grands média. On oserait dire que c'est la seule chaîne qui reste hors des impositions de l'audience.


Les télévisions autonomiques

Les chaînes de télévision autonomique sont nées comme réponse à une tentative de loi du gouvernement de Felipe González qui suggérait la création d'un troisième canal de télévision offrant des informations plus proches des intérêts citoyens, avec une vocation de service public et sous la rubrique de la " télévision de proximité ". En plus, de cette façon, le monopole de TVE resterait intact. Toutefois, les gouvernements autonomes ont su réagir à temps en donnant naissance à leurs propres télévisions. En vertu à une prérogative de son Statut d'Autonomie, la première communauté à avoir sa chaîne a été la basque, en 1982 avec le surgissement d'ETB2. L'année suivant on assiste à la naissance de TV3 en Catalogne : ce sont les premiers chaînons d'une concaténation de canaux qui créent le tissu des télévisions autonomiques en Espagne. Ces entités ont pour tâche de diffuser la culture et dans certains cas la langue de chaque région ainsi que de privilégier l'actualité régionale et cerner les informations et contenus des espaces aux intérêts de la zone. Cela entrainerait un renforcement du sentiment d'appartenance à la communauté qui varierait, par contre, en fonction de l'idéologie du gouvernement autonome. En effet, les canaux autonomiques ont été à l'origine d'un phénomène sans précédent : la fiction locale de production propre, qui s'est révélée très efficace en vue à l'affirmation de l'identité de chaque peuple qui conforme l'Espagne. Les télévisions publiques autonomiques se regroupent sous l'abri de la FORTA -la Fédération des Organismes de Radio et Télévision-, qui pourrait être définie comme une association des entités publiques de radio et de télévision des Communautés Autonomiques créé en 1989. Cette fédération s'est consolidée comme une vrai troisième chaîne nationale de couverture presque totale où ses associés partagent l'achat de programmes tels que les droits des matchs de football, des séries américains états-unisiennes ou d'autres produits télévisuels appréciées par l'audience.


Les télévisions privées

L'événement le plus significatif dans l'histoire de la télévision en Espagne est sans doute le surgissement dans les années 90s des télévisions privées, ce qui a eu un grand impact non seulement dans la façon de concevoir le medium mais également sur le marché télévisuel. Dans un premier moment, il s'agissait de trois chaînes : Tele Cinco et Antena 3, généralistes à la façon de l'entité publique et Canal +, sous le modèle de l'abonnement. On a du attendre 2005 pour élargir le marché des télévisions privées avec deux chaînes en plus : Cuatro et La Sexta.
Suite à cette prolifération de chaînes, le tandem télévision-publicité fait son apparition et les taux d'audience commencent à intéresser les responsables des télévisions.
L'évolution des ses chaînes privées est quelque chose de notable, comme on constate chaque fois que l'on dirige notre regard vers elles.
Antena 3 a subit des changements de toute sorte depuis son surgissement en janvier 1990: actionistes, journalistes, animateurs, et, par la suite, ligne idéologique des informations. Le canal, pionnier dans les séries de production propre, a été le premier à organiser un débat entre les deux candidats aux élections législatives en 1993.
Tele 5, pour sa part, quand elle a donné ses premiers pas en 1990, était une filière de la chaîne du même nom italienne a connu d'une évolution énorme. Si au début les contenus de Tele 5 appartenaient quasi-exclusivement au ludique vers la fin des 90s, la chaîne a acquis un caractère informatif dans la ligne de TVE et d'Antena 3. Toutefois, un certain ton sensationnaliste ainsi qu'un excès de programmes sur les célébrités ont mené à une bonne partie de l'audience à abandonner Tele Cinco en faveur d'autres offres plus innovatrices.
Canal Plus fait aujourd'hui partie de la télévision digitale. La chaîne, version du canal français du même nom et intégré dans Sogecable, propriété du groupe multi PRISA (El País, Ser, …), nécessitait d'un abonnement pour pouvoir regarder ses émissions, la plupart d'elles, cinématographiques. Une fois passé vers le digital, Canal + a été remplacé par Cuatro, entièrement en ouvert et sous la tutelle de Prisa aussi.
La Sexta, la dernière chaîne à faire irruption dans le marché télévisuel espagnol, est surtout consacrée aux programmes d'humour. Dans les temps à venir La Sexta et Cuatro vont se fusionner afin de renfoncer leur liderat dans le secteur privé de la télévision.
A ces incorporations que l'on vient de mentionner il faudrait ajouter la prolifération des chaînes locales, destinées, en partie, pour l'insertion de publicité, surtout des annonceurs de la municipalité. Ce type de groupes est voué à l'information locale et peut conjuguer la diffusion publicitaire avec des espaces de service public.
Cela dit, il faut se rendre à une évidence qui s'impose : le panorama télévisuel en Espagne s'est indéniablement changé par rapport à celui des débuts. On a abandonné cette logique initiale de service publique, de contribution à l'information sur des questions d'intérêt général, tout en échappant aux lois du marché. Autrement dit, cette intention d'informer, éduquer et divertir, un peu naïf, certes, qui animait l'esprit de ce medium au moment de sa naissance, a complètement disparu. Ce qui prime aujourd'hui est de tenir l'équilibre entre le coût d'un programme et les revenus en concept de publicité, ce qui exige la consécution des taux d'audience élevés. Par conséquent, les émissions et ses créateurs vont se concentrer à répondre aux exigences du public en détriment de la qualité. On dire qu'il n'existe qu'un seul critère de programmation : faire tout le possible pour attirer le maximum de spectateurs et, par la suite, d'annonceurs.

 

En guise de conclusion


D'un côté l'offre d'émissions s'est inclinée vers les goûts en s'adaptant aux comportements de consommation des spectateurs. Ainsi, on observe une prédominance des émissions sportives, séries de production nationale, des reality shows ou des programmes où des célébrités racontent leur vie.

L'agressivité, de la part aussi bien des intervieweurs que des invités, propre à, cette tendance, tristement hégémonique dans la télévision des dernières années est cependant en régression compte tenu d'une baisse de l'audience...