L'Europe


1. LE LEVANT ET LE COUCHANT : le pathos et le logos.

L'Europe est, dans l'acception géographique grecque antique, la Grèce continentale qui s'étend au nord de la Méditerranée, en opposition donc au continent oriental.

Plus que géographique cette opposition entre l'occident et l'orient est très tôt affirmée, chez Eschylle par exemple (Les Perses 472), comme une " opposition culturelle ". L'autre côté de l'Europe ce n'est pas l'Anatolie (ou la Turquie comme on dirait aujourd'hui), dont les Grecs ont peuplé le littoral de toute antiquité, mais la Perse, un monde " qui se laisse gouverner par les affects " (le pathos) plus que par la raison (le logos). L'avancée impériale d'Alexandre jusqu'aux frontières du sous-continent indien restera sans postérité alors que Rome, l'héritière, va construire son empire tout autour de la Méditerranée.

2. LA MEDITERRANEE, tricontinentale.
Le monde grec est au cinquième siècle avant JC, au sommet de son rayonnement. Il s'organise à partir de la mer Egée et des îles, (ce qui a favorisé de toute évidence l'émergence de cités politiquement autonomes dans un univers culturel et économique commun) de part et d'autre de la mer Egée, en Anatolie et dans le Péloponnèse, mais également au sud de l'Italie, de la Gaule, sur les bords de la péninsule ibérique et sur les côtes de l'Afrique, où sera fondée bientôt Alexandrie.

Rome s'approprie l'héritage des Grecs et transforme leur zone d'influence en Empire. L'empire romain, puissance militaire et administrative, s'organise autour de la Méditerranée, c'est-à-dire sur trois continents pour cinq siècles environ.

3. LA DIVISION DE L'EMPIRE
L'intégration religieuse de l'empire romain, suite à la conversion de Constantin au christianisme en 337, marque l'achèvement voire la fin de l'empire proprement romain. La pression militaire sur les frontières va conduire l'empereur à dédoubler sa capitale et à installer à Byzance, ville grecque sur les bords du détroit du Bosphore, une Rome orientale : Constantinople.

Dès lors la séparation en deux entités va s'accentuer. A l'ouest Rome convertit à sa foi et à sa culture les envahisseurs venus du nord mais l'empire se défait peu à peu tandis qu'à l'est Byzance entretient et perpétue, pendant mille ans (chute de Constantinople : 1453), l'héritage des Augustes.

4. L'ISLAM ET LES CROISADES
Byzance hellénise son héritage pour mieux défendre son identité face à l'essor de l'Islam (622) qui conquiert en un siècle la moitié des rives de la méditerranée (Poitiers 733). Le Saint Empire Romain Germanique (962-1806) émerge, dans la continuité de l'empire de Charlemagne.

Byzance se sépare de Rome lors du schisme de 1054 tandis que les royaumes chrétiens d'occident se rassemblent pour mener les croisades. Le monde musulman, arabe puis ottoman, couvre l'est et le sud de la méditerranée avant de pénétrer profondément en Europe centrale (Siège de Vienne 1683).

5. LA CONQUÊTE DU NOUVEAU MONDE
La reconquête de la péninsule ibérique sur les Sarrazins s'achève au moment même (1492) où Colomb découvre l'Amérique. La conquête de l'Amérique ouvre une nouvelle ère transocéanique à l'Europe. L'Espagne et le Portugal connaissent leur siècle d'or. Le pillage des cultures amérindiennes va, semble-t-il, fournir le métal précieux nécessaire à l'accumulation de capitaux nécessaires à l'industrialisation.

6. LE DEVELOPPEMENT DE L'IMPRIMERIE

Alors que l'Eglise a longtemps constitué, en Europe, le lieu de la mémoire, de l'entretien du patrimoine, de la conservation des richesses et de la perpétuation de la tradition, dans la perspective de la parousie chrétienne, l'invention de l'imprimerie (qui propose désormais un usage profane du texte) et la diffusion du livre favorisent l'essor d'une société de scribes et d'une culture laïque à côté de l'héritage religieux.

L'essor des universités, l'usage des langues vernaculaires et la constitution d'une bourgeoisie de robe, que l'aristocratie tient à l'écart du clergé et des monastères, accompagnent la Renaissance et précipitent le clivage entre une Europe du nord protestante et une Europe du sud catholique romaine.

7. L'EUROPE DES LUMIERES
Le 18è siècle est le siècle de l'Europe des Lumières. Constant, De Staël, Rousseau, Goethe appartiennent à un même monde européen. Voltaire est intime de Catherine de Russie. Beethoven se sent révolutionnaire avant de rejeter Napoléon. Il existe alors une intelligentsia européenne qui perdra son identité lors de l'émergence des nationalismes consécutif à la révolution française.

8. L'INDUSTRIALISATION
La production en série et bientôt l'abondance accompagnent le développement des transports et des communications. Le marché franchit les frontières et l'expansion industrielle favorise le mouvement de colonisation et de mondialisation.

9. LES GUERRES MONDIALES L'Europe n'a jamais été aussi puissante qu'en 1914. Elle se partage le monde mais s'effondre de l'intérieur. La première guerre mondiale consacre l'émergence des Etats-Unis et la deuxième le mouvement de décolonisation. Par-delà la guerre froide, se met en place un espace mondial de commerce et de communication qui ne respecte plus les frontières géographiques ou politiques.

10. L'EUROPE POLITIQUE
C'est alors que se met en route le processus politique de construction de l'Europe (CECA). Pour la première fois dans l'histoire du monde, les états européens renoncent librement à une part de leur souveraineté. La chute du mur de Berlin 89 et le traité de Maastricht, 1992, confirment le mouvement d'émergence de l'UNION EUROPEENNE.